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Par François Renouard - Ministre plénipotentiaire (h)

La victoire des vaincus : vers le retour au Saint-Empire grâce à l’européisme français ?

L’Allemagne, sérieuse et sûre d’elle, joue son jeu

mardi 22 novembre 2011, par Administrateur

Introduction>

Depuis ses origines la politique de la France a été déterminée, pour assurer son autonomie puis sa sûreté, par la nécessité de contrebattre l’expansionnisme allemand.

Sa lutte contre le Saint-Empire, engagée à Bouvines, se termina par la dissolution de ce dernier en 1806. Mais Napoléon n’avait pas brisé pour autant la puissance montante de la Prusse au service du nationalisme allemand… On sait ce qu’il advint au cours des 150 années qui suivirent !

C’est bien pourquoi, contrairement à ce que veulent faire croire nos « européistes » de tous bords, les politiques suivies par la France et l’Allemagne depuis 1945 en matière européenne ont été fondées sur des arrière-pensées jamais ouvertement exprimées mais fort divergentes : afin de remonter la pente, rétablir sa souveraineté et obtenir, un jour, sa réunification, l’Allemagne fédérale, écrasée et dominée, prit volontiers dès 1949 le parti de se baigner dans l’eau lustrale que déversait une construction européenne promue et contrôlée par les Anglo-saxons, dans laquelle elle voyait et trouvait, grâce à ses vertus, les moyens de son renouveau. De leur côté, une large part des Français, affaiblis par leurs malheurs, influencés par l’idéologie paneuropéenne développée depuis des lustres par une petite fraction de l’intelligentsia énervée par la Première Guerre mondiale, poussés par leurs alliés qui y trouvaient leur avantage face au danger soviétique et fondamentalement méfiants, n’ont vu leur salut, dès les années cinquante, que dans les garanties qu’ils pensaient tirer de l’équilibre apparent organisé par des mécanismes censés « ancrer l’Allemagne à l’Ouest ». Ils se satisfaisaient donc pleinement d’une division qui leur assurait la prépondérance politique.

C’est sur ces bases mais dans le cadre d’une vision généreuse et ambitieuse de la destinée des peuples européens que se développa la politique de réconciliation du Général de Gaulle. Mais le préambule apposé au Traité de Paris par le Bundestag sous l’influence directe de Jean Monnet – qui œuvrait une fois encore à l’étranger contre son propre pays – et des Anglo-saxons, démontra, d’emblée, le dilemme des Allemands et leur conception propre de la construction européenne : l’amitié franco-allemande existait bel et bien, mais ce n’était qu’une façade.

Après le départ du Général de Gaulle, les différences d’attitudes et de motivations devinrent évidentes. C’est pour, disait-il, ne pas se retrouver en tête-à-tête avec la République Fédérale que le Président ¨Pompidou invita la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Avouant déjà notre faiblesse, surtout intellectuelle et morale, il portait, ce faisant, un coup fatal à la politique étrangère menée avec une continuité admirable depuis six siècles…

Au lieu de favoriser avec cohérence et ardeur le développement des activités productrices et exportatrices du pays, les Gouvernements français successifs, toujours tentés par la facilité du court terme sous la caution de l’idéologie dominante, privilégièrent une politique économique conçue à Bruxelles et censée enserrer la puissance allemande dans les rets d’un fédéralisme déguisé. Par idéologie et faiblesse ils firent sauter les freins et limites imposés par le Général de Gaulle sur la base d’une interprétation rigide du Traité de Rome et de l’affirmation de la prééminence nationale (accord de Luxembourg).


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