Cercle Nation et République (C.N.R)
Accueil du site > Thèmes et Débats > Energie / Ecologie > Le risque radioactif environnemental : Mythe ou Réalité ?

Dr Claude PAYEN

Le risque radioactif environnemental : Mythe ou Réalité ?

Délégué ministériel pour l’Observatoire de la santé des vétérans

lundi 11 juillet 2011, par Administrateur

Introduction

Aujourd’hui, la moindre trace de radioactivité, quelques becquerels dans l’environnement, suscite dans la population des craintes importantes. Que faut-il en penser ? Pour sortir du débat plus idéologique que scientifique sur le risque sanitaire des faibles doses, regardons simplement quelle est notre exposition dans notre vie quotidienne.

En effet, nous sommes tous, en permanence, exposés à des irradiations d’origine naturelle, et aussi d’origine humaine.

 Irradiation d’origine naturelle :

Depuis que le monde est monde, nous sommes soumis à une irradiation d’origine naturelle, en provenance du ciel, de l’air, de la terre et de notre alimentation, pour une dose annuelle individuelle d’au moins 4 mSv1, mais parfois, comme nous allons le voir, beaucoup plus.

Le rayonnement du ciel, appelé rayonnement cosmique, en provenance du ciel et des étoiles, se trouve heureusement très atténué lors de sa traversée de l’atmosphère terrestre, et délivre, au niveau du sol une dose annuelle de l’ordre de 0,4 mSv.

Mais cette dose augmente un peu avec la latitude et beaucoup avec l’altitude : elle double chaque fois que l’on s’élève de 1500 mètres…

Le rayonnement atmosphérique est essentiellement le fait du radon, gaz radioactif provenant de la désintégration du radium, lui-même issu de l’uranium présent dans le sol.
Sa concentration varie de quelques Bq/m3 à plusieurs milliers en fonction de la nature du sol : les roches granitiques sont particulièrement productives en radon.
Dans ces régions, telle le Limousin, l’activité radon dépasse souvent 400 Bq/m3, et de nombreuses habitations 1000 Bq/m3, niveau où il est requis de réaliser des travaux d’assainissement dans les locaux accueillant du public.

la dose individuelle qui en résulte, du fait de la respiration, varie ainsi de 1 à 10 mSv par an.

Cela étant, le risque sanitaire du radon est celui du cancer du poumon, évalué par extrapolation à partir des fortes doses reçues autrefois par les mineurs d’uranium. Or, la Creuse, département le plus radioactif de France a un des taux de cancers du poumon les plus faibles de notre pays…

Le rayonnement du sol : dans les roches, les atomes d’uranium, de thorium et de potassium 40 se désintègrent, en émettant des rayonnements qui peuvent atteindre les êtres vivants.

En profondeur, l’énergie des rayonnements est dissipée sous forme de chaleur, la radioactivité étant ainsi à l’origine pour moitié de l’énergie géothermique..

L’activité du sol est de l’ordre de 1300 Bq/Kg mais peut atteindre des niveaux 200 000 fois plus élevés dans les zones uranifères.

Par érosion, le Rhône rejette en Méditerranée, chaque année, plus de 100 milliards de Bq d’uranium, soit environ 10 tonnes..

L’eau de mer a une activité de 12 000 Bq/m3, et on estime à 5 milliards de tonnes la quantité d’uranium dissous dans les océans…

On peut aussi noter que les neutrons cosmiques interagissant avec l’uranium de la croûte terrestre y provoquent l’apparition de plutonium, d’origine tout à fait naturelle : un pot de fleur contenant 1 Kg de terre, contient aussi quelques mg d’uranium et quelques dizaines de millions d’atomes de plutonium, dont la masse est bien sûr insignifiante..

Ainsi, de ce fait, chacun reçoit au minimum 0,5 mSv chaque année, mais parfois beaucoup plus en fonction de la nature du sol, comme cela apparaît dans le tableau ci-contre.

Il est intéressant de noter que si un régime alimentaire équilibré européen apporte 100 Bq par jour de radioactivité, un régime végétarien en apporte 300…

Quelques réflexions relatives à cette irradiation d’origine naturelle :

-** nul ne peut y échapper. -** la dose qui en découle est au minimum de 3 mSv par an, mais elle peut atteindre des valeurs beaucoup plus élevées. -** l’Homme a toujours été irradié par le ciel et par la terre, sans que cela n’ait apparemment gêné le développement de l’humanité… -** aucune lésion significative n’a pu être rapportée à cette irradiation même parmi les populations soumises aux expositions les plus fortes.

Une autre façon d’évaluer le risque :

Notons qu’un Kg d’uranium 238 pur n’est que faiblement radioactif : environ 10 000 Bq, en tenant compte de l’auto absorption, soit une radioactivité équivalente à celle du corps humain.

On voit donc que du point de vue de la radioactivité, il n’est pas plus dangereux de dormir avec un Kg d’uranium 238 sous son oreiller qu’en tenant son conjoint dans les bras, car la dose d’irradiation reçue est du même ordre de grandeur dans les deux cas…

 Irradiation d’origine humaine :

Depuis une centaine d’années, à ce fond d’origine naturelle, nous ajoutons un complément d’irradiations générées par nos activités humaines, parmi lesquelles on peut citer : l’exploitation des ressources naturelles, les retombées radioactives, les activités industrielles, les loisirs, les centrales et les installations nucléaires, et enfin, les pratiques médicales.

La plupart de ces sources, à l’exception des actes médicaux, génèrent des expositions de très faibles niveaux, de l’ordre de quelques centièmes de mSv, même en ce qui concerne les retombées radioactives.

Celles-ci sont dues aux essais atmosphériques des années 50 et 60 et, à l’accident de Tchernobyl.

Les produits radioactifs entraînés dans l’atmosphère lors des essais ou de l’accident retombent lentement sur le sol.

La dose reçue par la population est due à l’apport de radioactivité via la chaîne alimentaire (eau de boisson, lait…)

Les iodes radioactifs disparaissent très vite du fait de leur demi-vie courte, et seul le césium subsiste au bout de quelques mois.

PNG - 531.2 ko

En ce qui concerne les doses consécutives à l’accident de Tchernobyl, leur niveau cumulé sur 60 ans représente en France moins de 1/100 de l’irradiation d’origine naturelle ; les conséquences sanitaires ne peuvent qu’être insignifiantes…

Il en va de même en ce qui concerne les cancers de la thyroïde dont le taux avait commencé d’augmenter 10 ans avant l’accident et dont l’incidence est plus faible dans les zones de plus fortes retombées..

On notera également le niveau particulièrement faible des expositions générées par les centrales et par les installations nucléaires, et qui proviennent des rejets réglementés.

PNG - 600.5 ko
Par contre, contrairement à ce que l’on pense généralement, les irradiations dues aux pratiques médicales, à visées diagnostiques (radiographies scanners scintigraphies…) ou thérapeutiques (radiothérapie, traitement à l’iode radioactif…) représentent la part la plus importante des expositions dues à nos activités, avec une dose annuelle moyenne de l’ordre de 1 mSv.
Quelques exemples de doses dues au radiodiagnostic, dans le tableau ci contre :
Nous constatons donc que chacun d’entre nous reçoit au moins 4 mSv par an, délivrés pour leur quasi-totalité par l’irradiation d’origine naturelle et médicale.
Quel effet peuvent avoir quelques centièmes de mSv de plus !

Cette perception exagérée du risque radioactif environnemental, avec une application inconsidérée du principe de précaution, n’est pas neutre dans ses conséquences pour la société :

  • elle conduit nos responsables politiques à effectuer des choix aberrants dans le domaine des énergies ce qui aura, à terme, un coût social important : énergie chère ou inaccessible, baisse de l’activité économique, chômage avec ses corollaires de souffrance et d’accès réduit aux soins médicaux, par exemple.

En outre, dans un cadre budgétaire contraint, le choix d’augmenter encore les protections pour se prémunir d’un risque inexistant, se fait au détriment d’investissements beaucoup plus opportuns qui pourraient contribuer à réduire des risques bien réels.

Il serait souhaitable que le bon sens retrouve sa place pour que notre société sache de nouveau effectuer des choix raisonnables et raisonnés. Mais il faudrait que la notion de progrès cesse d’être un mot inconvenant…

 GLOSSAIRE

  • la matière est constituée d’atomes composés d’un noyau entouré d’électrons.
  • quand le noyau de l’atome contient trop d’énergie, il est instable ; il se désintègre en émettant des rayonnements : c’est le phénomène de la radioactivité.

unités de mesure de la radioactivité :

  • le nombre de désintégrations par seconde s’exprime en becquerels (Bq)
  • la dose mesure l’énergie transmise par les rayonnements à un individu irradié. elle permet d’apprécier le risque pour la santé. elle s’exprime en sieverts (Sv), mais on utilise souvent le sous-multiple, à savoir le millisievert (mSv)

analogie avec un jet d’eau :

Le nombre de gouttes émises par seconde correspondrait à l’activité de la source (Becquerels), et la quantité d’eau reçue par un spectateur correspondrait à la dose. (mSv)

évaluation des niveaux de risques sanitaires en fonction de la dose reçue :


Répondre à cet article


Cercle Nation et République (C.N.R) (Cercle Nation et République) - (2009-2011)
Responsable éditorial : Jacques MYARD