Graphisme : Christophe Scherler
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Sur une image de beauté préexistante dont l’homme aurait l’intuition Quel étrange pouvoir de séduction exercent les pierres de couleur ?
Ne pas oublier l’ivoire, l’or, le bronze, l’argent
Matière sensible, matière vivante qui a tenu captifs tant de collectionneurs
Rêveurs, dont la vision d’esthète l’a emporté sur le regard du numismate
Quel est le sens, quelle est la signification profonde d’une collection ?
La collection du musée du Cabinet des Médailles remonte si loin dans le temps.
Pour le meilleur ou pour le pire, les trésors artistiques du département des Monnaies, médailles et antiques, dit aussi Cabinet des médailles, seront mis en caisses durant la durée des travaux du site Richelieu. [1]
Peut-être n’aviez-vous jamais entendu parler de ce trésor national dont la BnF est le dépositaire ?
C’est le plus ancien musée de France, dont l’avenir suscite beaucoup d’inquiétudes. Une collection est bien autre chose que l’addition d’un certain nombre d’objets. Elle reflète la personnalité, les goûts, les aspirations ou l’histoire du collectionneur. Ainsi, ces milliers d’objets précieux et modestes sont-ils le reflet de l’âme de la France, de ses valeurs à certaines époques, des modèles culturels prédominants au fil des âges.
La présentation du Musée, héritier du Cabinet des rois de France, s’organise autour de l’histoire de ses collections et non de façon chronologique. De tout temps, les rois et les puissants de ce monde ont collectionné des objets précieux.
Luxe, image et pouvoir sont intimement associés.
L’histoire mal connue du Cabinet de France est une épopée pleine de rebondissements, de coups de théâtre, d’enrichissements et de catastrophes.
Formées à la Renaissance de bijoux, médailles et camées, les collections laissèrent dès le 17ème siècle une place de choix à l’archéologie. Le règne de Louis XIV fut particulièrement fructueux. Le roi s’intéressait de près à ses collections, les fit venir à Versailles. Il les étudiait souvent, les enrichissait et commandait aux plus grands joailliers, tel Josias Belle, de somptueuses montures d’or émaillé qui transformaient les camées antiques en bijoux de son siècle.
Bien que moins passionné, Louis XV sut mener une politique d’enrichissements active.
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans
dit le poète. [2]
Le célèbre vers de Baudelaire ne saurait mieux traduire l’étonnement que l’on ressent devant la collection : un univers ténu, fragile, précieux, un grenier de l’histoire de France… Ces œuvres qui sont souvent de petites dimensions sont belles.
Elles ont circulé ; beaucoup ont disparu mais d’autres ont été précieusement conservées, étudiées. Certaines ont réintégré le Cabinet par le biais des saisies révolutionnaires ou des collections privées.
L’époque troublée de la Révolution française enrichit paradoxalement le Cabinet grâce à la confiscation des biens des émigrés et la nationalisation des trésors ecclésiastiques. Certains objets provenant des trésors de la Sainte-Chapelle et de Saint-Denis, furent sauvés de la destruction grâce à l’intervention de l’abbé Barthélemy, archéologue, numismate, garde du Cabinet.
L’intense activité archéologique qui se développa au cours des 18ème et 19ème siècles donna lieu à des donations ou des achats d’objets provenant de France et de l’étranger. Le comte de Caylus fit don à Louis XV de toute sa collection d’antiques. Autre grande donation : celle du duc de Luynes qui enrichit le patrimoine national sous Napoléon III d’un exceptionnel ensemble de vases grecs.
C’est un peu de l’esprit de la France que ces œuvres recèlent.
Ce sont des témoins de l’histoire de France.
A leur valeur intrinsèque se superposent des liens très subtils tissés d’un objet à l’autre, des correspondances, comme dans toute collection. Chaque objet agit sur l’autre. C’est une collection vivante qu’une présentation régulière et monotone déshumaniserait irrémédiablement.
N’étant qu’amateur d’art, bien ignorante en matière de numismatique, de glyptique ou d’archéologie, je vous propose quelques coups de cœur… en dehors de toute histoire de l’art ou de chronologie.
Glyptique, L’Intaille de Julie [3]
Aigue-marine gravée (Rome, 1er siècle après J.C.) et monture d’or, de saphirs et de perles (Ecole du Palais de Charles le Chauve, 9ème siècle).
Au centre du joyau, le portrait de Julie, fille de Titus, signée du nom du graveur grec installé à Rome Evodos. L’intaille fut enrichie d’une monture et déposée dans le trésor de Saint-Denis. En raison de ses liens étroits avec le pouvoir royal, l’abbaye reçut un grand nombre d’objets somptueux et de manuscrits enluminés.
Lorsqu’un rayon de lumière frappe l’intaille, un accord très subtil se joue entre les reflets irisés des perles, le bleu des saphirs, le bleu clair évoquant l’eau de mer de l’aigue-marine transparente et l’or des cercles qui enchâssent les pierres.
Saint-Denis et son célèbre abbé… l’abbé Suger au 12ème siècle, perdu dans la contemplation des vases sacrés qui transportent « des choses matérielles aux immatérielles ».
Une esthétique de la lumière et des pierres précieuses, la même magie qui opère lorsque le soleil éclaire un vitrail et le fait vivre.
La lumière qui rend visible ce qui est beau.
La monture carolingienne, à couronne de neuf saphirs surmontés de six perles fut exécutée en France au 9ème siècle par un orfèvre de l’atelier de la cour. L’intaille était placée au sommet d’une grille d’or couverte de perles et de pierres précieuses, connue sous le nom « d’écrin de Charlemagne » qui fut offerte à l’abbaye par Charles le Chauve.
Cette intaille fut prélevée en 1791 et reste, avec une aquarelle d’Eloi Labarre, le seul témoignage du reliquaire, démonté et fondu dans la tourmente de la Révolution.
L’intaille est gravée en creux dans la pierre.
Le travail est long, minutieux, coûteux donc.
Ne pas oublier que l’aigue-marine ne mesure que quelques millimètres. Le graveur la présente contre un outil à pointe de métal sertie d’une pointe de diamant, tout en l’arrosant sans cesse d’un mélange d’huile et de poudre de diamant qui permet à l’outil de creuser la pierre. Il doit s’arrêter fréquemment pour contrôler son travail en prenant une empreinte. Chaque intaille nécessite plusieurs semaines d’un travail contraignant.
Dans la rencontre entre la pierre, l’outil et la main du tailleur de pierres fines s’est opérée une rare métamorphose : intervenir sur une matière belle en soi est une entreprise risquée.
Achille citharède
Il est une minuscule intaille
Il est une minuscule améthyste signée d’un graveur grec, installé à Rome vers le milieu du 1er siècle avant J.C., Pamphilos.
Achille est le héros grec par excellence, l’aimé des dieux, l’incomparable Celui qui vogua vers l’Asie lors de la guerre de Troie
Celui qui joua de la musique pendant que la guerre faisait rage parce qu’on lui avait dérobé celle qu’il aimait.
Vainement, les Grecs le supplièrent de leur venir en aide contre les Troyens
Quand les prières et les pleurs de Patrocle amollissent enfin son cœur.
Achille envoie Patrocle, couvert de ses propres armes, pour sauver les Grecs.
Mais Patrocle est tué…
C’est un moment de toute la tragédie grecque qui est évoqué dans la minuscule pierre. Une épopée sur quelques millimètres carrés.
Le pathétisme de l’expression, la finesse des détails (le bouclier est orné d’une course de chars et d’une tête de Gorgone) en font un chef-d’œuvre de la fin de l’époque hellénistique.
Quand on présente l’améthyste à la lumière, en la regardant par transparence, le relief accidenté qui renforce le dessin de l’arc sourcilier, par les rides du front bordées de bourrelets saillants, suscite une impression de tension intérieure qui capte le regard. Nous sommes dans l’infiniment petit.
La « Coupe des Ptolémées »
Etonnant vase-camée.
Cette somptueuse pièce du trésor de Saint-Denis aurait été offerte également à l’abbaye par le roi Charles le Chauve.
Elle est taillée dans un seul bloc de sardoine et frappe par sa virtuosité technique, l’équilibre de la forme dans l’espace, le jeu sur les différentes couleurs de la pierre. Sait-on encore de nos jours façonner la sardoine ?
La tradition rapporte qu’elle servait lors du sacre des reines de France.
Elle faisait donc partie de ce qu’on appelle les regalia.
Le décor en haut-relief évoque les préparatifs d’une cérémonie dionysiaque.
Sur chacune des faces, une table chargée de vases et les branches d’un arbre auxquelles sont étrangement suspendus des masques bachiques.
Datant du 1er siècle avant ou après J.C., ce canthare antique pourrait être l’œuvre d’un atelier d’Alexandrie. Il fut transformé en calice par une riche monture d’orfèvrerie, à l’époque de Charles le Chauve, fondue lors d’un vol en 1804.
On peut avoir une idée de la monture d’or ornée de pierreries en allant au Louvre où est conservée la patène sertie d’une monture d’orfèvrerie cloisonnée, qui accompagnait la « coupe des Ptolémées ». Les pierres précieuses enchâssées avoisinent les perles, les grenats, les verres de couleur.
L’art du camée est né vers le 3ème siècle avant J.C. dans les cours princières hellénistiques, et connut son apogée au 1er siècle, à l’époque d’Auguste.
Contrairement à l’intaille, la gravure de la pierre n’est pas en creux, mais s’apparente à la sculpture en bas-relief, utilisant les strates de couleurs des agates.
Il s’agit de donner du volume à la scène représentée.
Les camées exigent un temps de travail considérable, les outils étant plus appropriés pour creuser des sillons que pour donner du volume.
Cela signifie que l’art de la glyptique, l’art de la taille des pierres en creux (intailles) ou en relief (camées) est nécessairement un art commandité par des mécènes. Ces œuvres ont été au cœur des trésors laïcs ou ecclésiastiques. La beauté des pierres, l’incroyable difficulté du travail, le côté nécessairement unique de chaque pièce ont toujours engendré une fascination accrue encore de nos jours par le mystère qui enveloppe l’origine de ces objets.
Toute personne qui les a eues entre ses mains a dû se sentir le dépositaire d’une fibre vivante de l’Histoire.
Place à l’ivoire
L’art de l’ivoire est un cas extrêmement raffiné de l’utilisation par l’homme de matériaux d’origine animale. Sa couleur blanche, opaque, permet de faire vibrer la lumière par une certaine manière de tailler l’ivoire (taille dite « à facettes ») et de modeler les volumes. L’ivoire fait entrer dans un monde de silence et d’extrême beauté.
Un peu de temps est nécessaire pour être captif de sa magie.
Il est une œuvre d’une beauté exceptionnelle, qui mobilise tant de monde lorsqu’elle paraît dans une exposition qu’on ne peut l’approcher… et que beaucoup de musées nous envieraient.
L’ivoire Romanos
Plaque : le Christ couronnant Romanos et Eudoxie
Image sublime à la composition claire et simple, où figurent trois personnages debout : le Christ posant les mains, en signe de bénédiction, sur les têtes d’un empereur et d’une impératrice byzantins. La richesse des vêtements du couple impérial contraste avec l’austère simplicité du Christ vêtu d’un long manteau.
Perfection et équilibre des inscriptions gravées sur le champ vide de la plaque ; souveraine élégance des proportions et technique accomplie de l’ivoire profondément creusé au trépan.
La plaque Romanos a donné son nom à tout un groupe d’ivoires byzantins de la seconde moitié du 10ème siècle, répartis dans les différents musées du monde.
Une impression de grande sérénité émane du visage du Christ aux cheveux longs. De même, la grâce juvénile du jeune empereur chaussé de bottines perlées surprend.
Dans quel monde sommes-nous ?
Œuvre de très grand luxe, d’un extrême raffinement, comme il n’en existera jamais plus. Œuvre si difficile à conserver.
Le Christ couronne l’empereur Romanos II (mort en 963) et l’impératrice Eudoxie.
Inoubliable visage du Christ lorsque la lumière naturelle l’éclaire.
L’orfèvrerie
A qui a pu appartenir cet étrange bijou ?
Le vert profond de l’émeraude attire immédiatement.
L’émeraude, d’une grandeur exceptionnelle, est montée en or émaillé.
De quel lointain pays vient la pierre précieuse ?
Il est des émeraudes peut-être plus belles conservées au palais de Topkapi à Istanbul.
Mais celle du Cabinet des Médailles semble avoir fait l’objet d’un programme bien particulier.
C’est un bijou de la Renaissance, comme l’indique le motif des cuirs découpés, une émeraude à la monture d’or émaillé.
Deux putti flanquent la gemme et nous parlent d’Italie. Mais que symbolisent ces deux mains placées sous la pierre verte ?
Une lettre du 16 novembre 1571, conservée au département des Manuscrits, nous assure qu’il s’agit de la « foi et de l’amitié » :
« L’émeraude est pierre fragile qui se casse aisément et il y a deux mains qui signifient une foi qui enserrent l’émeraude, et il faut un mot qui dise que la foi et l’amitié que désire celle qui donne cette bague ne sont comme la pierre, mais comme les deux mains qui sont inséparables et la couleur de quoi est émaillée la bague qui est jaune qui est perdurable sans s’effacer… Du Jardin… pour ce que je désire bien qu’il n’y ait aucune faute que je puisse avoir à Noël ce que je vous ai baillé par mémoire écrit de ma main, je vous prie de faire diligence d’y besogner, et me mandez… le tout pour la fête de Noël, priant Dieu, Du Jardin, vous tenir en sa sainte garde. Ecrit le XVIème jout-r de Nov.bre 1571. »
C’est une femme qui a donné des ordres précis pour la monture et la couleur de ce pendentif et qui entend que l’on fasse diligence : Catherine de Médicis. L’Emeraude de Catherine de Médicis, par l’orfèvre François Dujardin.
Tout aussi surprenant en matière d’orfèvrerie du 16ème siècle est le « commesso » : une technique de camée selon laquelle on superpose des couches de pierres et matières différentes. Ces bijoux sont rarissimes sur le marché de l’art.
Le visage et la main sont des fragments d’un camée romain en sardonyx représentant Julie, fille d’Auguste. L’orfèvre de la Renaissance a complété la figure avec de l’or émaillé pour les cheveux. La coulure de l’or sur la bordure du camée en fait presque un bijou Art Nouveau !
Le bronze
Le portrait de Catherine de Médicis est évoqué par un grand médaillon attribué au sculpteur Germain Pilon, auteur également d’une médaille, datée de 1577, du chancelier René de Birague, un des instigateurs probables de la Saint-Barthélemy.
Nous conservons encore l’écrin en cuir au chiffre du chancelier.
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Dans les deux cas, le visage est d’une réalité saisissante : les cheveux ras, le nez busqué autoritaire, les pommettes proéminentes, les veines sur la tempe saillantes, les poches sous les yeux. |
L’Autoportrait d’Alberti
Médaillon sobre, net et distingué de l’architecte et éminent humaniste du Quattrocento (1404-1472).
Cette plaquette illustre l’image que l’humaniste voulait donner de lui-même. Le modèle est représenté de profil, avec autorité.
Atteindre le monumental sur une surface exiguë.
Pisanello
Ce type d’œuvre est un dérivé de la médaille. La médaille-portrait est une création de l’Italie de la Renaissance. Son ancêtre en est la pièce de monnaie.
L’originalité des médailles-portraits de Pisanello, célèbre créateur d’effigies en bronze, réside dans le fait que l’avers représente le profil, tandis que le revers reproduit une scène qui peut être une allusion au caractère du personnage représenté ou encore à l’événement qui a suscité la création de la médaille.
Ainsi la médaille fondue à l’occasion du mariage de Lionel d’Este (1444), marquis de Ferrare, est-elle ornée au revers de la délicieuse allégorie du lion apprenant à chanter auprès de l’Amour.
Le Grand Camée de France, Trésor de la Sainte-Chapelle
C’est assurément l’une des pièces les plus remarquables du Cabinet. [4] Il date du règne de Tibère, le deuxième empereur romain qui succède à Auguste en 14 après J.C. Tibère appartient à la dynastie Julio-Claudienne.
Œuvre insigne, image mythique du pouvoir impérial romain, le Grand Camée de France aurait été acquis en même temps que la couronne d’épines du Christ par Saint Louis auprès du dernier empereur latin de Constantinople. [5] Les deux objets furent déposés à la Sainte-Chapelle que le roi avait fait édifier pour abriter la vénérable relique du Christ. Dès lors, on peut suivre la trace du « camaïeu » dans les inventaires royaux.
1791, coup de tonnerre : l’Assemblée nationale décrète la vente des objets conservés dans le trésor de la chapelle royale. Ce fut Louis XVI, alors prisonnier au Temple, qui réussit in extremis à faire déposer le précieux camée au Cabinet des médailles.
1804, nouvelle catastrophe : le camée est volé, emmené en Hollande, reconnu, récupéré, puis réintégré au Cabinet. Au terme de cette histoire rocambolesque et après avoir changé plusieurs fois de montures en raison des changements de goût de l’époque, le Grand Camée de France semblait devoir mener une vie paisible et entretenir des liens secrets avec les rescapés du Trésor de Saint-Denis dans la vitrine d’à côté…
Quelles passions n’a-t-il pas suscitées !
Au fond, que se joue-t-il derrière une image si froide ?
Bien sûr, la pierre gravée est la plus grande agate taillée au monde, mais la gemme Auguste (Gemma Augustea), actuellement conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, est d’une facture peut-être plus belle encore.
Image et pouvoir, politique et culture : les empereurs romains se servirent des camées pour propager le mythe impérial au sein d’une élite politique cultivée (et donc dangereuse) et asseoir la légitimité dynastique des Julio-Claudiens, l’unité de la « famille » impériale.
Le camée présente trois registres illustrant la glorification de Germanicus.
| Au registre médian se trouve le monde des vivants : trois mères, trois fils…
Tibère, assis sur un trône, au côté de sa mère Livie (la veuve d’Auguste). La nudité héroïque ainsi que le sceptre qu’il tient de la main gauche font partie de l’imagerie officielle. Devant eux se tient Germanicus (le héros du camée) vêtu d’une cuirasse et portant un bouclier, à côté de sa mère Antonia. A gauche de la scène, Agrippine, assise et appuyée de la main droite sur un bouclier, regarde Germanicus (son mari) pendant que leur fils, Caligula, semble s’élancer vers son destin, lui aussi foulant une cuirasse et des casques. Il est difficile de présager en regardant cet enfant la violence et la cruauté qui allaient marquer son règne. La puissance militaire de Rome comme source de pouvoir est clairement affirmée par la présence des symboles de l’armée romaine. Germanicus devait mourir en l’an 19, peut-être empoisonné sur ordre du même Tibère, au cours d’une campagne en Orient. |
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Au registre supérieur, les morts héroïsés, l’Olympe des fondateurs de l’Empire au lendemain de la République. Au sommet, le divin Jules César portant le voile du pontifex maximus et une couronne radiée. Celui qui prétendait descendre de Iule, fils d’Enée, lui-même fils de Vénus, fut élevé au rang de dieu après son assassinat par Brutus. Il tient le sceptre impérial, comme Tibère au registre médian. A droite, Auguste couronné de laurier s’élance à la manière d’un conquérant vers le sommet de cet Olympe politique, sur le cheval Pégase. Toute idée de conquête se trouve ainsi justifiée par le fait même que César montre un visage empreint de gravité, d’expérience, de sagesse sous son voile de pontife : la paix romaine dépend de ceux qui sont représentés sur le camée. Une divinité présente le globe de l’univers à Auguste : l’expansion de la puissance romaine est le mot d’ordre des Julio-Claudiens. |
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Au registre inférieur, les vaincus écrasé par la domination romaine. Les têtes sont baissées, les bras repliés : nous comprenons qu’il n’est point de salut en dehors de Rome. |
En ces débuts de l’empire romain, alors que presque tous les protagonistes disparaissaient au combat ou assassinés, il était fondamental de diffuser l’image d’une continuité dynastique assurée au sein de l’Empire fondé par César, malgré les graves épreuves et les déchirements politiques.
Aucun pouvoir ne peut se passer d’images.
Le programme iconographique des camées qui s’adressaient à une élite était sensiblement le même que celui des bas-reliefs des arcs de triomphe que le peuple pouvait admirer. Il s’agissait de représenter les vertus de l’empereur : son courage physique et moral (virtus), sa clémence (clementia), sa piété (pietas), son sens de la justice (justitia) et surtout l’incarnation d’une certaine majesté ou autorité (majestas).
La projection de telles valeurs sur celui qui détient le pouvoir est rendue possible par la circulation des images.
Il semble qu’un tel programme iconographique soit réactivé lors de tout problème de succession aux responsabilités d’un pays.
Un thème plus complexe apparaît dans la Gemma Augustea de Vienne, plus petite et légèrement plus ancienne que le Grand Camée de France : la domination sur le monde (ce que nous appelons aujourd’hui « mondialisation ») répondant à un plan divin (ou « d’une nécessité absolue »).
La glorification d’Auguste en dominateur du monde en est le thème. Le Prince est assis sur un trône au côté de la personnification de Rome casquée (pouvoir + force militaire). Nous retrouvons la nudité héroïque et la lance tenue de la main gauche par l’empereur, les Barbares vaincus au registre inférieur.
Elément nouveau par rapport au Grand Camée de France : le signe astral du Capricorne se détachant de manière très visible entre les deux protagonistes. Nous comprenons ainsi que l’empereur était prédestiné à dominer le monde (on dirait aujourd’hui « sauver l’humanité »). Remarquons aussi l’aigle de Jupiter, le plus grand des dieux de l’Olympe, au pied du trône.
Le Grand Camée de France est une prouesse technique en matière de gravure sur pierre : la sardoine de grande taille (31 cm de hauteur sur 26,5 cm de largeur) est constituée de cinq couches de couleurs différentes (brune, blanche, rousse, blanche et roux foncé).
Ces cinq strates permettent des effets picturaux.
Le style d’Auguste s’y déploie d’une manière froide, limpide, virtuose, comme semblant craindre d’exprimer un quelconque sentiment. Ce camée éveille notre admiration, mais sans aucune émotion tant il est parfait.
C’est un art officiel d’une exécution éblouissante, un art froidement conforme à un programme préétabli qui n’admet aucun désordre, aucun manquement à la conformité.
Le camée conservé à Vienne est peut-être plus subtilement travaillé.
Bijoux mérovingiens
Où il est question d’abeilles…
C’est sous Louis XIV que les collections royales s’enrichirent du mobilier funéraire trouvé dans le tombeau du roi franc Childéric, père de Clovis, mort en 481 à Tournai.
Notre Childéric national est le premier roi de la dynastie des Mérovingiens. Outre des bijoux en or et décor cloisonné de grenats, on découvrit environ 300 abeilles d’or. Il n’en reste plus que deux (retrouvées dans la Seine où on les avait jetées à la suite d’un vol en 1831). Au 19ème siècle, un vif intérêt pour les Mérovingiens comme fondateurs du royaume franc, conduisit l’entourage de Napoléon à penser à Childéric en choisissant pour emblème les abeilles figurées sur le manteau du sacre de l’empereur.
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Argenterie
Le Trésor de Berthouville
Dans les œuvres luxueuses destinées à des commanditaires de rang élevé, l’art de l’époque d’Auguste atteint son apogée. Notamment dans l’art de l’argenterie. Ce que l’art augustéen produisit en la matière atteint des sommets d’excellence, ainsi qu’en témoigne le trésor de Boscoréale conservé au musée du Louvre.
Le Cabinet des Médailles conserve un trésor archéologique gallo-romain découvert en 1830 en Normandie par un agriculteur qui labourait son champ et dont le soc de la charrue fut bloqué par une tuile romaine protégeant le trésor. La plus grande partie de ce trésor d’une centaine d’objets en argent est d’époque gallo-romaine, datable du 2ème siècle. Certaines des pièces romaines datent du 1er siècle après notre ère.
Une centauresse (mi femme-mi cheval) est tourmentée par un putto lui jetant des glands.
Le trésor fut enfoui par son propriétaire probablement pour le protéger d’une invasion barbare. Pour un archéologue, ce doit être une expérience extraordinaire de mettre au jour un trésor au cours de fouilles, mais les choses sont encore plus étonnantes lorsque la découverte a lieu par hasard. L’argent s’oxyde. Qu’a bien pu penser l’agriculteur qui a déterré le trésor de Berthouville ? Est-ce en raison du matériau deviné qu’il a fait part de sa découverte fortuite à l’administration locale ou par une intuition de la beauté des objets ?
Quoi qu’il en soit, ce découvreur de trésor a eu la secrète intuition de la valeur (marchande et/ou esthétique) des objets qu’il venait de mettre à jour et en a permis l’invention ou révélation au public.
Aux antipodes de cette démarche, je ne puis m’empêcher de vous raconter ce qu’il advint à une œuvre d’art contemporain lorsqu’une personne tout aussi éloignée du monde des musées et du marché de l’art que notre agriculteur se trouva inopinément confrontée à un « objet d’art ». En 2004, une œuvre de l’artiste contemporain Gustav Metzger fit l’objet d’une destruction involontaire par une femme de ménage qui jeta par erreur un sac poubelle faisant partie d’une exposition d’art moderne à la Tate Britain. Heureusement « l’œuvre d’art » fut récupérée in extremis dans les ordures du musée londonien lorsque le conservateur s’aperçut de la disparition. L’artiste allemand avait appelé son œuvre « Nouvelle création de la première présentation publique d’un art auto-destructif », 1960.
Sans commentaires…
Trésor de Berthouville, art contemporain et deux découvreurs de bonne foi aux prises avec des objets non identifiés.
Le sac poubelle fait partie intrinsèque de l’œuvre.
Salon Louis XV
Comment les collections étaient-elles présentées au 18ème siècle ?
En 1741, le « Cabinet du Roi » avait réintégré la Bibliothèque royale à Paris, dans le quartier de la rue de Richelieu, à la demande des savants qui souhaitaient le consulter plus aisément. L’hôtel particulier où les collections se déployaient fut détruit au 19ème siècle. Cependant, le décor d’un salon subsiste, heureusement reconstitué rue Vivienne, avec ses lambris dessinés par l’architecte de la Bibliothèque du roi, Robert de Cotte et son fils, et son riche décor de tableaux de Boucher, Carle van Loo et Charles Natoire.
Ce salon sert aujourd’hui encore de bureau aux conservateurs des antiquités du Cabinet des médailles et mériterait d’être restauré et présenté au public en tant que partie intégrante du musée.
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700 magnifiques photos du Cabinet des médailles par Cédric / paris 2e
Qu’un ensemble Louis XV ait été préservé est chose rare.
Nous avons du style Louis XV une perception assez négative, peut-être parce que peu d’ensembles sont parvenus jusqu’à nous.
Les monnaies et médailles étaient présentées dans de beaux médailliers placés le long des murs. On s’asseyait sur des chaises cannées, estampillées Louis Cresson, toujours en place autour d’une grande table ou bureau du roi.
« Un heureux mariage des droites et des courbes » (Verlet) : certes, les courbes furent plus employées qu’elles ne l’ont jamais été dans l’art français, mais le style « rocaille » n’a jamais dégénéré en rococo au siècle de Louis XV.
Les quatre dessus-de-porte de Boucher, les compositions de Natoire et de Carle Van Loo nous parlent des Muses. Ces tableaux datent des années 1740-1745. Nous sommes à la veille de débats passionnés, d’une effervescence culturelle, autour de ce fameux retour à l’Antiquité gréco-romaine.
Mais il y avait bien longtemps que l’Antiquité était chose familière aux amoureux des médailles et des pierres fines qui avaient le privilège d’accéder aux collections du Cabinet. Parmi les tableaux de Boucher (rares tableaux à être présentés dans leur décor d’origine), d’un Boucher si injustement décrié de nos jours, Clio ou l’Histoire écrivant dans un grand livre supporté par une allégorie du Temps…
Le temps qui passe
La collection du musée du Cabinet des Médailles fonctionne comme un prisme.
Outre la valeur intrinsèque des œuvres, il y a le goût de chacun des collectionneurs qui sont les acteurs de la collection (y compris l’Etat qui a aujourd’hui un droit de préemption en ventes publiques). Il y a aussi l’histoire de ces objets qui sont liés les uns aux autres. D’autre part, le prisme n’est pas uniquement celui des différents intervenants ayant enrichi le Cabinet, il est également celui du visiteur qui se trouve dans différents angles de vue avec le temps qui passe, avec la sédimentation qui s’est opérée au fil des siècles.
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Il revient à la Bibliothèque nationale de France de savoir mettre en valeur son Musée et d’en faire partager toutes les facettes au grand public.
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