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Du bon usage du français dans l’armée

Lettres au président Sarkozy

Défense de la langue Française dans l’enseignement supérieur.

lundi 20 décembre 2010, par Administrateur

Introduction.

Paris le 30 avril 2010

Monsieur le Président de la République ,

Nos associations soussignées ont l’honneur d’attirer solennellement votre attention sur les graves atteintes portées à la langue française par divers ministères et corps d’Etat qui devraient pourtant être garants de son respect sous votre autorité, dans le droit fil des orientations claires données dans vos discours du 9 mars à Caen, du 20 mars 2008 Boulevard Jourdan, et du 20 mars 2010 au Palais de l ’Elysée.

Seize associations, dont treize françaises, ont organisé le 30 mars 2010 au Salon du Livre une conférence de presse réussie. Nous joignons à cette lettre l’invitation justificative de la conférence dans laquelle vous pouvez trouver une liste des graves atteintes subies dans les principaux domaines de l’activité nationale. Nous y joignons aussi le communiqué de presse largement diffusé qui en a rendu compte, et la citation de son principal animateur : le grand linguiste Claude Hagège , Professeur au Collège de France : « Il faut nous battre, car il s’agit bien d’une guerre ».

Forts de cette annexe révélatrice de l’ensemble des dérives, nous nous contentons d’évoquer ici plus en détail, exemples concrets à l’appui, ce qui se passe dans des établissements prestigieux de recherche et d’enseignement supérieur, tant privés que publics, de notre pays.

Notre attention a été appelée par la multiplication récente de masters dispensés intégralement en anglais dans certaines de nos universités et grandes écoles. A titre d’exemple, nous avons relevé les cas suivants pour la région Ile-de-France, qui n’est pas la seule touchée :

  • 1. Université Paris XI, Institut d’optique, Ecole normale supérieure de Cachan : Nous citons ici le texte officiel : « Physics for Optics and Nanosciences (Master entirely taught in English), Academic year 2010 – 2011. Program director : Dr François Hache, e-mail : francois.hache polytechnique.edu, tel : (+33) 1 69 33 50 39 ».
  • 2. Universités Paris VI, Paris VII et Paris XI, CNRS et INSTN : Noyaux, particules, astroparticules, cosmologie : formation entièrement dispensée en anglais à partir de la rentrée 2010.
  • 3. Ecole polytechnique et HEC : « Quantitative Economics and Finance ».
  • 4. Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, Universités Paris VI, Paris VII et Paris XI : « Hydrodynamics » (M. Steven Balbus).

Ces masters ne portent pas sur des matières linguistiques. Ils concernent des disciplines telles l’économie ou la physique. Leur enseignement est assuré par des professeurs francophones (y compris M. Steven Balbus, pour le quatrième), de nationalité française (pour les trois premiers masters précités), et professeurs titulaires en activité dans ces établissements. Ils sont proposés sur le territoire national à une population d’élèves majoritairement francophones par des établissements poursuivant un objectif public national d’enseignement et qui, à l’exception d’HEC, sont des établissements publics, dotés d’un patrimoine d’origine publique et fonctionnant principalement grâce à des subventions publiques en provenance de notre Etat.

La loi n° 94-665 du 4 août 1994, dite «  loi Toubon  », nous paraît donc devoir s’imposer entièrement à eux (y compris à HEC). Nous vous rappelons en effet qu’en vertu de son article 1er, la langue française est «  la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics  ». De surcroît, son article 11-I dispose que « la langue de l’enseignement, des examens et concours, ainsi que des thèses et mémoires dans les établissements publics et privés d’enseignement est le français, sauf exceptions justifiées par les nécessités de l’enseignement des langues et cultures régionales ou étrangères ou lorsque les enseignants sont des professeurs associés ou invités étrangers ».

Nous ajoutons que ces établissements, constituant le nec plus ultra de notre enseignement scientifique national, représentent aussi, à leur manière, la France dans la communauté scientifique mondiale. De tels débordements linguistiques vont donc à l’encontre de l’esprit et de la lettre de l’article 13 de la même loi, qui s’attache à promouvoir le « respect de la langue française et le rayonnement de la francophonie ».

Nous rappelons enfin que ces masters conduisent à l’emploi dans des établissements publics nationaux de recherche tels l’Université, l’école polytechnique, le CNRS ou le CEA.

Il semble bien, au-delà des quelques exemples emblématiques que nous avons choisis, mais qui, en fait, prolifèrent, qu’il y ait une volonté qui s’étend, dans nos milieux universitaires et jusqu’au sein du Gouvernement, de multiplier à l’avenir les enseignements de master en anglais, et de viser leur généralisation à l’ensemble de l’enseignement supérieur français. Les propos de M. Pierre Tapie, président de la Conférence des grandes Ecoles, recommandant d’amender à cet effet la loi Toubon, qui permet pourtant déjà assez d’ « exceptions justifiées », nous paraissent devoir être condamnés avec la plus grande fermeté.

En se laissant glisser sur cette pente très dangereuse, la France se retrouverait bientôt dans une situation de dépendance de type colonial et d’effacement de son rang et de sa personnalité, la langue française étant fortement constitutive de notre identité nationale, comme cela a été réaffirmé avec force lors du récent débat organisé par le Gouvernement sur ce thème.

Il s’agit là d’un problème politique de toute première importance.

Nous l’évoquons donc à votre niveau, puisque, en vertu de l’article 5 de notre Loi fondamentale, vous êtes le garant de l’indépendance nationale et du bon fonctionnement des pouvoirs publics, et que la Constitution, clef de voûte de nos institutions, fait du français, en son article 2, la langue de la République. Cette disposition peut, du reste, être invoquée beaucoup plus largement en Conseil constitutionnel depuis la révision votée en Congrès le 21 juillet 2008 .

Nous vous demandons en conséquence de bien vouloir mettre un terme à cette évolution néfaste et illégale avant qu’il ne soit trop tard.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Associations signataires :


  • Forum pour la France (FPF) : secrétaire général Henri Fouquereau ;
  • Association France-Univers pour la promotion de la Culture française : présidente Jacqueline Mourlet ;
  • Association Francophonie Avenir (AFRAV) : président Régis Ravat ;
  • Agora francophone internationale (AFI) : Président Loïc Hervouët ;
  • Alliance Champlain (NC) : président Daniel Miroux ;
  • Avenir de la langue français (ALF) : président Albert Salon ;
  • Cercle littéraire des Ecrivains cheminots (CLEC) : pt Raymond Besson ;
  • Défense de la langue française (DLF) : vice-président Marceau Déchamps
  • Forum francophone international (FFI-France) : président Albert Salon ;
  • (ICEG) : président Yves Montenay ;
  • Impératif français (Québec) ; président Jean-Paul Perreault ;
  • La main tendue vers l’Ukraine (LMTU) : président Jack Petroussenko ;
  • Le Français en Partage (LFP) : président Denys Ferrando-Durfort
  • Union des Poètes francophones (UPF) : président Yves-Fred Boisset ;

Portfolio

1 Message

  • Bonjour,

    J’adhère totalement à votre prise de position et je me permets de vous adresser une note de ma part énumérant schématiquement quelques arguments supplémentaires à ce sujet :

    Faut-il généraliser l’emploi de la langue anglaise dans l’enseignement supérieur français ?

    Référence : Article de P. Tapie (directeur général ESSEC, président de la conférence des grandes écoles) dans Le Monde du 01/03/2011, préconisant d’« accepter qu’une partie significative de ces enseignements puisse être donnée en langue anglaise et (d’) abolir la loi Toubon dans l’enseignement supérieur », sous prétexte de pouvoir mieux accueillir en France une partie plus importante (estimée à 3 fois plus qu’actuellement en valeur absolue) des étudiants étrangers (dont le nombre total dans le monde devrait doubler dans les 10 prochaines années).

    Arguments :

    • rappel de l’existant : certains cours sont déjà en anglais (dispensés par des enseignants vacataires étrangers, en général très bien rémunérés, cela pouvant déjà peser sur le budget de l’école) ; certains masters ou dernières années de formation spécifiques se font, au cas par cas, en langue anglaise ; ces réalités semblent davantage présentes dans les écoles de commerce que dans celles d’ingénieur.
    • l’excellence de la formation doit cependant primer la facilité d’utilisation du medium (la langue) : c’est le renom de l’école, plus que la possibilité d’y apprendre en anglais, qui doit attirer les étudiants étrangers ; de même, profondeur et richesse du discours des enseignants francophones seront meilleures si ces derniers s’expriment dans leur langue
    • ne pas confondre rentabilité économique des écoles et prestige de la France : si les cours sont dispensés en anglais, cela peut intéresser les étudiants anglophones et contribuer à remplir des promotions parfois pas complètement saturées à l’issue des concours, mais cette démission face à la langue n’est pas propice à redorer le prestige national ni à garantir les retombées espérées de l’investissement fait en direction de ces étudiants étrangers (d’autant plus que certains pays francophones, dont le Canada/Québec, semblent plus vigilants que nous en ma matière).
    • même si l’anglais est effectivement la nouvelle lingua franca, la comparaison (implicite) avec le Latin s’arrête là (au Moyen-Age, ce dernier, véhicule d’enseignement dans toutes les universités européennes, était déjà une langue morte, alors que l’anglais n’est qu’une des langues vivantes de communication actuelles, en concurrence avec d’autres à la vigueur latente) : si l’on considère la concurrence des universités étrangères (non anglophones) pour se positionner, peut-on croire qu’elles sont toutes aussi prêtes à généraliser l’anglais (cf la Chine ou le Brésil d’ici à 40 ans) ?
    • de même, la réalité Internet relativise la puissance culturelle de l’Anglais, avec des possibilités de relais d’enseignement et de formation continue en langue française
    • sous un angle d’approche éthique aussi bien que pratique, quid des réelles retombées culturelles, voire économiques, pour la France, si les étudiants étrangers choisissent notre pays principalement pour la possibilité (pour la plupart) de continuer à parler anglais (donc sans faire d’effort initial, lors de leur période de scolarité, pour apprendre ou mieux pratiquer une nouvelle langue étrangère), ainsi que pour des facilités financières (universités un peu moins chères qu’ailleurs, avec pourcentage considérable de boursiers de l’ordre de 20 %, comme préconisé dans l’article) ?
    • il faut noter 2 risques majeurs dans notre communication culturelle vis-à-vis de l’étranger : o risque d’amplification du décalage entre, d’une part la formation d’une partie des élites étrangères dans le secondaire (cf l’Alliance française, avec son réseau étendu mais ses moyens limités) et d’autre part l’accueil en masse de nouveaux étudiants issus de pays à forte croissance scolaire mais de niveau de sélectivité et de motivation très variable d’un pays à l’autre : il faut veiller à la cohérence du rayonnement de l’enseignement français, via les moyens alloués (personnels et ressources financières) ainsi que via la continuité de l’accompagnement du parcours scolaire des élèves/étudiants étrangers o risque de message négatif envers tous les pays francophones (ou qui ont le français comme une de leurs langues officielles), si les perspectives d’études après le secondaire conduisent à pouvoir se passer du français.
    • de même, en France, cette généralisation de l’anglais dans le supérieur risque de conduire, par cascade anticipatrice classique, à une diffusion accrue de cette langue dans le secondaire, qui, combinée avec son introduction massive (préconisée par ailleurs récemment) en classes maternelle et primaire, achèvera de déstabiliser l’enracinement et la bonne pratique de la langue française chez nos jeunes concitoyens : reste à savoir si l’on choisit vraiment (en communiquant clairement ce choix et, mieux, en le faisant approuver par les Français) de considérer l’anglais comme un des « fondamentaux » de l’enseignement en France et d’inculquer dès le plus jeune âge la pratique de nombreuses matières scolaires en parallèle, au risque de n’en maîtriser que peu, ou bien de considérer que la quantité (en plus de la qualité) des matières enseignées ne peut que croître avec l’âge de l’élève, en privilégiant d’abord l’acquisition des données techniques et culturelles de sa propre langue maternelle.
    • le lien depuis la francophilie (comme préalable estimé au tissage de futurs liens commerciaux avec ces (futurs ex-) étudiants étrangers) vers la francophonie (compréhension de, sinon expression orale dans, la langue de Molière) n’est pas forcément à sens unique ni systématique comme estimé dans l’article : il suffirait en fait d’une volonté politique (comme suite à la loi Toubon, qui mériterait d’être mieux appliquée et respectée), pour renforcer le poids accordé au développement de la francophonie, afin notamment de bénéficier de l’arrivée en France des étudiants étrangers qui ont déjà pris goût à la culture française par l’usage de sa langue, en plus de ceux qui sont attirés par l’excellence intrinsèque (sans la béquille d’un habillage en anglais) de nos filières de formation. Pour ceux de ces derniers possédant peu notre langue, le stage de français préconisé dans l’article « en fin (sic) de formation » serait évidemment plus profitable en préalable à leur formation universitaire dans notre pays.

    Eléments de conclusion :

    • le rayonnement (économique et culturel) de la France passe certainement par un accueil plus important d’étudiants étrangers (sachant que le nombre total d’étudiants dans le monde est en forte augmentation)
    • il faut cependant rappeler les priorités que l’on convient d’accorder : o au fond (qualité de l’enseignement dispensé) par rapport à la forme (la langue d’enseignement) o à la cohérence de l’enseignement en langue française, par rapport à la quantité ou à la pérennité des formations supérieures actuelles en France.
    • la richesse de l’offre de formations des écoles dans notre pays doit permettre de proposer au cas par cas, comme actuellement, des cursus spécifiques partiellement dispensés en une langue autre que le français (pas obligatoirement l’anglais, d’ailleurs)
    • la politique de l’enseignement supérieur oriente profondément, à terme, le milieu de l’éducation secondaire et primaire : il faut prendre garde à bien définir les priorités et à ne pas envoyer des messages négatifs aux jeunes Français, ainsi qu’à tous les francophones du monde.

    Cordialement,

    Pascal MICHEAU

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Responsable éditorial : Jacques MYARD