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Entretien avec Marie-Christine Lasnier,

La Roseraie de Bagatelle par M-C Lasnier

présidente de l’Association Francophone d’Accès à la Culture (A.F.A.C.).

mardi 17 août 2010, par Marie-Christine Lasnier

Introduction.

Au cœur des jardins de Bagatelle se tient chaque année depuis 1907 un concours international de roses nouvelles. Le 17 juin dernier, la lauréate du Premier prix attribué par un jury professionnel était d’un coloris « rose tendre au cœur ourlé de blanc laiteux, délicatement parfumée, au feuillage vert foncé, » - les jardiniers de Bagatelle ont la grâce des poètes pour parler de leurs protégées… [1]

Graphisme : Christophe Scherler (Rose « Jardin de Granville »)

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au votre pareil.
 
(Ronsard, 1545)

Bagatelle, c’est la légèreté, la galanterie, la « folie » du comte d’Artois. Le petit château naquit à la fin du 18ème siècle, à cheval entre deux mondes, l’Ancien Régime finissant avec ses jardins géométriques à la française, et le romantisme balbutiant avec son désir de retour à la nature. La mode était aux jardins paysagers nés en Angleterre. Le château et son jardin furent le résultat d’un défi lancé par Marie-Antoinette à son beau-frère, le très jeune comte d’Artois, futur Charles X. Acquéreur du domaine en 1775, celui-ci aurait parié 100 000 livres qu’il pouvait y faire construire cette «  folie » en deux mois. Pari tenu pour le château, bien qu’il ait fallu plus de temps pour la réalisation du jardin et de la décoration intérieure [2].

« Comme le comte était surpris de me voir tracer ce jardin sans cordeau ni toise ! » nota le paysagiste écossais Thomas Blaikie lorsqu’il créa le jardin anglo-chinois du frère du roi Louis XVI.

Selon les hasards de la promenade dans cette partie du domaine, on peut aujourd’hui encore découvrir une grotte au détour d’un sentier, des enrochements, une pagode chinoise, les fausses ruines d’une abbaye gothique, la pièce d’eau des cygnes, un labyrinthe de sentiers tortueux. Il fallait du pittoresque, de la surprise et se donner l’illusion d’une nature enfin libérée de l’absolutisme et de ses perspectives axiales. L’Angleterre, « mère des parlements », avait donné le ton en créant un nouveau type de jardin irrégulier et dégéométrisé. Comprenez que les Anglais s’enorgueillissaient d’avoir extirpé l’absolutisme jusque dans leur cadre de vie [3]. Gardons-nous cependant de pousser trop loin le lien entre paysage et politique. Le grand mouvement qui avait géométrisé au 17ème siècle les jardins dits « à la française » nous venait d’Italie.


Portfolio

(La folie d'Artois, dessinée par l'architecte Alexandre (...) Rosier liane (Rosier Tête d'Or) (Rosier « Constance Spry ») (Rosier « Fanny Ardant ») (Rose « Arielle Dombasle ») (Cuisse de nymphe émue) Rosiers paysagers

Notes

[2] Le terme «  folie » vient de l’italien foglia, une maison dans les feuilles.

[3] Les Anglais s’amusèrent beaucoup à faire de la ligne droite le symbole même de la tyrannie. Dans un brillant essai du journal The Spectator, Addison décrivit le Rhône comme un fleuve aimable, déroulant ses méandres sinueux, tant qu’il est en Suisse, puis « dès qu’il atteint les régions où règne la servitude (on aura reconnu la France), il les traverse avec une rapidité incroyable et choisit le chemin le plus court pour se jeter dans la mer ». Cité par Michel Baridon, Les Jardins, Robert Laffont, p.812.

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