Graphisme : Christophe Scherler

Mignonne, allons voir si la roseQui ce matin avait décloseSa robe de pourpre au soleil,A point perdu cette vespréeLes plis de sa robe pourprée,Et son teint au votre pareil.(Ronsard, 1545)
Bagatelle, c’est la légèreté, la galanterie, la « folie » du comte d’Artois. Le petit château naquit à la fin du 18ème siècle, à cheval entre deux mondes, l’Ancien Régime finissant avec ses jardins géométriques à la française, et le romantisme balbutiant avec son désir de retour à la nature. La mode était aux jardins paysagers nés en Angleterre. Le château et son jardin furent le résultat d’un défi lancé par Marie-Antoinette à son beau-frère, le très jeune comte d’Artois, futur Charles X. Acquéreur du domaine en 1775, celui-ci aurait parié 100 000 livres qu’il pouvait y faire construire cette « folie » en deux mois. Pari tenu pour le château, bien qu’il ait fallu plus de temps pour la réalisation du jardin et de la décoration intérieure [2].
« Comme le comte était surpris de me voir tracer ce jardin sans cordeau ni toise ! » nota le paysagiste écossais Thomas Blaikie lorsqu’il créa le jardin anglo-chinois du frère du roi Louis XVI.
Selon les hasards de la promenade dans cette partie du domaine, on peut aujourd’hui encore découvrir une grotte au détour d’un sentier, des enrochements, une pagode chinoise, les fausses ruines d’une abbaye gothique, la pièce d’eau des cygnes, un labyrinthe de sentiers tortueux. Il fallait du pittoresque, de la surprise et se donner l’illusion d’une nature enfin libérée de l’absolutisme et de ses perspectives axiales. L’Angleterre, « mère des parlements », avait donné le ton en créant un nouveau type de jardin irrégulier et dégéométrisé. Comprenez que les Anglais s’enorgueillissaient d’avoir extirpé l’absolutisme jusque dans leur cadre de vie [3]. Gardons-nous cependant de pousser trop loin le lien entre paysage et politique. Le grand mouvement qui avait géométrisé au 17ème siècle les jardins dits « à la française » nous venait d’Italie.












