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Intervention de M-C Lasnier Réunion du FPF le 08 juillet 2010 Assemblée Nationale

Deux géants aux pieds d’argile, par M-C Lasnier

ou De la difficulté d’être une puissance culturelle

mardi 13 juillet 2010, par Marie-Christine Lasnier

Introduction.

La puissance politique, la puissance militaire, la puissance économique permettent à un pays d’être un acteur sur la scène internationale. Cependant, le rayonnement de ce pays n’est pas tout à fait suffisant au regard de l’Histoire. On se souviendra de lui pour avoir eu un homme politique d’envergure, remporté une victoire décisive, trouvé des solutions à une crise économique. C’est déjà remarquable. Il y manque quelque chose de l’ordre du solaire, de l’ordre de la grandeur. Il y manque ce qui donne un sentiment d’appartenance, de fierté aussi à tout individu, fût-il « un déraciné mal guéri de ses racines », un délocalisé, un immigré : savoir qu’autrefois son pays fut un grand pays de culture et qu’on s’en souvient encore.

Apporter une contribution à l’histoire de la pensée humaine, ou à ce qu’on appelait jadis les Humanités ou les Belles-Lettres ; avoir une langue créatrice qui permette, parce qu’elle n’est pas devenue un simple outil, de moduler tous les rapports complexes qui agencent les pensées entre elles ; créer dans le domaine artistique, ce domaine énigmatique et silencieux, et permettre ainsi d’exprimer concrètement le génie d’un pays, de mettre en forme ses traits propres – voilà ce qui relève de l’excellence culturelle.

Donner naissance à des personnages (artistes, écrivains, philosophes, musiciens, architectes), à une pensée, à des œuvres, confère à un pays le titre de puissance culturelle.

Cela relève de réalisations concrètes. Ce n’est pas un vœu pieux émanant de quelques élites. C’est de l’ordre de la Création.

L’obtention de ce titre ne dépend pas de vous. Ce sont vos pairs, les autres pays dans le monde, qui vous reconnaissent comme puissance culturelle, parce que vous exercez une influence qui dépasse les frontières géographiques. Vous avez de l’attractivité, du charisme, de l’autorité. Vous êtes « respecté » et non pas simplement redouté. Deux critères entrent en jeu dans l’évaluation de cette influence : l’espace et le temps.

En termes de rayonnement culturel, il faut que l’attractivité de ce pays abolisse les frontières. Ce qu’il crée exerce une sorte de séduction aux quatre coins de la planète et suscite un désir d’imitation, voire de l’admiration.

Ce qu’il crée doit aussi résister au verdict du temps qui passe. Ce n’est pas une simple fulgurance.

Ce sont ces deux notions, l’espace (une influence qui dépasse les frontières) et le temps (le verdict de l’histoire) qui confèrent à un pays le titre de puissance culturelle.

Je pense à la Grèce de Périclès, à l’Italie de la Renaissance, à la Chine des Tang et des Song, à la Russie de Tolstoï, à l’Angleterre de Shakespeare, à l’Allemagne des philosophes et des musiciens, à la France des Lumières, aux pays d’Afrique dont les sculptures cultuelles offrent des solutions plastiques qui ont fertilisé l’art du 20ème siècle occidental – la liste n’est pas close…

Ce rayonnement ne s’achète pas contrairement à ce que croient les Américains. Cependant, le cinéma américain a une chance de rentrer dans la culture de l’humanité parce que certains films sont de très belles réalisations artistiques et qu’ils expriment en profondeur «  l’esprit américain ». En effet, une condition est nécessaire pour que le processus de création soit susceptible de s’enclencher au cœur d’un pays et que l’œuvre ne soit pas une copie ou un pâle reflet d’œuvres qui ont beaucoup de force et furent créées ailleurs : la fidélité à soi-même.

Lorsqu’un pays est fidèle à lui-même et qu’il s’aventure dans la modernité en plongeant ses racines dans les traditions, les conditions sont réunies pour permettre à ce pays de devenir (rester ou redevenir) une puissance culturelle à travers les œuvres créées par ses écrivains et artistes. Cela suppose que ce pays ait une riche Histoire et qu’il l’assume totalement. Aucun créateur n’a jamais créé à partir de rien. Une plante pousse dans une terre féconde, pas dans un désert.


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