Depuis le début des années 1990 et jusqu’à ce jour, l’on annonce régulièrement, mais souvent sur des indices rétrospectivement assez minces, que l’Iran va acquérir la bombe, dans les deux ans pour les plus pessimistes, dans les quatre ou cinq ans pour les optimistes.
En 2002, intervient néanmoins un fait majeur nouveau : la certitude que l’Iran s’engage, avec un bagage de connaissances et d’équipements déjà significatif, dans la maîtrise de la technologie de l’enrichissement de l’uranium : technologie duale, puisqu’elle permet d’une part d’alimenter en combustible nucléaire des centrales électriques parfaitement pacifiques, mais aussi d’obtenir si l’on pousse jusqu’aux hauts enrichissements, la matière première d’un engin explosif. C’est le moment où le monde découvre avec stupeur que se construit en Iran, près de Natanz, une l’usine d’enrichissement d’uranium. S’amorce alors une première tentative de recherche de solution avec l’arrivée à Téhéran, en octobre 2003, de trois ministres européens des Affaires étrangères, Oskar Fischer pour l’Allemagne, Dominique de Villepin pour la France, Jack Straw pour la Grande-Bretagne. A leur demande et pour permettre le démarrage de la négociation, les Iraniens, en geste de bonne volonté, suspendent leurs activités d’enrichissement.
Mais cette négociation s’enlise et s’interrompt au bout de dix-huit mois. A l’été 2005, les Iraniens relancent leurs activités d’enrichissement. Et depuis, le dossier est prisonnier d’un bras de fer entre d’une part les Occidentaux, Européens et Américains, d’autre part les Iraniens. Les premiers cherchent par tous les moyens, pressions, sanctions et promesses, à convaincre l’Iran de renoncer à leurs activités effectivement sensibles d’enrichissement de l’uranium. Les seconds, au contraire, se montrent décidés à ne plus faire machine arrière sur ce programme devenu un symbole d’indépendance nationale, d’accès à la modernité, et de résistance à « l’arrogance » des grandes puissances. L’envoi du dossier au Conseil de sécurité n’arrange rien. Les Iraniens qui, comme on l’a vu, avaient suspendu leurs activités d’enrichissement pendant quelque dix-huit mois sans résultat, refusent obstinément de les suspendre à nouveau pour pouvoir accéder à la table de négociation, comme le leur demande le Conseil.



