Ces dernières années, le conflit du Darfour a brutalement mis le Soudan sous les feux de l’actualité. Bouleversée par la révélation de l’ampleur des atrocités qui ont été commises aux confins du pays, la communauté internationale s’est fortement mobilisée au point d’y déployer la plus grande mission que les Nations Unies aient jamais engagée et de lancer une procédure devant la Cour pénale internationale qui vaut aujourd’hui au Soudan d’être le seul pays dont le chef d’État en exercice est sous mandat d’arrêt international. Crimes de guerre, crimes contre l’humanité, voire génocide, sont les accusations portées contre les autorités soudanaises qui ont placé ce pays au ban des nations.
Pour autant, ce n’est pas sous un angle exclusivement humanitaire que vos rapporteurs ont souhaité traiter de la situation du Soudan.
Car ce qui s’est passé au Darfour est loin d’être inédit dans ce pays. Tout au contraire : ce conflit n’est en fait que le dernier en date des épisodes d’une histoire sans fin, qui se répète de tragédie en tragédie. Les centaines de milliers de morts et de déplacés que cette crise a provoqués ont malheureusement été précédés de centaines de milliers d’autres, de millions d’autres victimes au cours de guerres successives qui ont ruiné les différentes régions du Soudan.
En d’autres termes, cette réalité justifiait que le regard porté sur le Soudan soit global pour espérer en appréhender toute la complexité. Il était donc essentiel de mettre en lumière que le gouvernement central, monopolisé depuis toujours par quelques tribus arabes de la vallée du Nil, s’applique à laisser hors du développement les périphéries du pays, à en déposséder de leurs terres et de leurs cultures les populations qui s’y trouvent. Il fallait aussi montrer la volonté imperturbable de mener à bien l’islamisation de la société soudanaise, alors même qu’une grande partie de la population n’est pas musulmane. Il fallait enfin prendre conscience d’une réalité : depuis plus de vingt ans, le gouvernement soudanais ne réagit jamais autrement que par la barbarie à la résistance des populations qu’il marginalise.
Mais le Soudan, au carrefour de tant de chemins et d’intérêts, est aussi l’objet de toutes les convoitises. Son histoire récente est en effet marquée par les prétentions fortes de la plupart de ses voisins immédiats qui n’ont cessé de s’immiscer dans ses rivalités et tensions internes. A son tour, la découverte de pétrole dans le sous-sol soudanais a avivé l’intérêt des grandes puissances. Cet aspect complémentaire et essentiel devait aussi faire partie de la grille d’analyse.
Vos rapporteurs ont tenté de mettre en perspective l’ensemble de ces éléments pour pouvoir analyser les causes des crises soudanaises, comprendre ce pays. Pendant près d’un an, ils ont rencontrés plus d’une centaine d’interlocuteurs, acteurs ou observateurs, universitaires, diplomates, responsables d’ONG et personnalités politiques, d’hier et d’aujourd’hui, à Paris, La Haye, Genève ou Bruxelles, mais aussi à Addis Abeba, Doha, Khartoum, Juba et El Fasher.
Au terme de ce périple, leurs conclusions ne sont pas optimistes. Le Soudan est aujourd’hui dans une situation particulièrement grave et la persistance des causes qui sont à l’origine de ces multiples conflits ne permet pas d’envisager qu’elle s’améliore durablement : les négociations de paix piétinent à régler le conflit du Darfour, et des échéances d’une importance majeure attendent désormais le Soudan au bord de la partition, qui jusqu’à aujourd’hui ne s’y est pas préparé comme il aurait dû. Il est désormais de la responsabilité de la communauté internationale, au chevet du Soudan depuis longtemps, de l’aider dès à présent à franchir ces obstacles.
La stabilité de l’Afrique en dépend.


