Cette analyse étant posée, les gouvernements européens ont eu deux sortes de réaction. Les premiers, pragmatiques, considèrent que l’euro doit être maintenu à tout prix car il est le ciment de l’intégration européenne, ce qui est d’ailleurs largement illusoire puisque les règles de la concurrence imposées par la Commission s’opposent à toute véritable intégration industrielle de l’Europe. Pour maintenir l’euro, à condition que la Grèce s’engage à suivre un sévère programme d’austérité budgétaire, ils sont disposés à l’aider à refinancer sa dette en utilisant, soit de manière collective, soit de manière bilatérale, tous les moyens possibles allant de l’octroi de simples garanties à la souscription des emprunts émis par la Grèce au cas où ils ne trouveraient pas preneurs sur les marchés.
Les seconds, rigoureux, considèrent que le traité de Maastricht exclut très clairement que l’Union européenne puisse apporter son soutien à un Etat éprouvant des difficultés à refinancer sa dette. Ils font par ailleurs remarquer que la Grèce est membre du FMI et qu’à ce titre elle peut parfaitement recourir à son aide. Ils espèrent que cette aide, qui sera naturellement assortie de l’obligation de suivre une politique d’austérité très stricte, permettra à la Grèce de retrouver la confiance des marchés.
Ainsi, dans les deux cas, qu’ils soient pragmatiques ou qu’ils soient rigoureux, les gouvernements européens arrivent à la même conclusion. En appliquant un strict programme d’austérité, la Grèce parviendra à refinancer sa dette, soit avec l’aide des gouvernements européens, soit avec celle du FMI. La question grecque sera ainsi résolue et l’euro préservé.
Il est malheureusement permis de penser que les choses risquent de ne pas se passer aussi paisiblement. C’est que le raisonnement adopté par les gouvernements européens passe à côté de ce qui est au cœur de la question grecque. Pour les gouvernements européens, tout vient de la mauvaise gestion budgétaire de la Grèce. Il suffit donc qu’elle revienne à l’orthodoxie budgétaire pour que, à condition qu’on l’aide à passer cette mauvaise passe, tout rentre dans l’ordre.


