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Compte rendu de la réunion du CNR du 3 février 2010

Crise et après-crise par Alain Cotta

Audition d’Alain COTTA Professeur à l’Université Paris-Dauphine

lundi 8 mars 2010, par Administrateur

LA CRISE

Introduction.

La banque Goldman Sachs a été désignée comme bouc émissaire dans la crise. Or, il faut admettre que l’on est face à quelque chose de plus ample : c’est tout le système bancaire et financier américain qu’il faut incriminer.

Voyons quelques chiffres qui seront ici donnés en trillions de $ (1000 milliards de $) :

  • le produit mondial est de 50 trillions
  • le système financier -banques et assurances- a accumulé en 10 ans environ au moins 5 trillions de $ d’actifs douteux, pour ne pas dire toxiques ; ces actifs ne pouvant être remboursés.

2. Les ressemblances entre les crises de 1929 et actuelle

  • ressemblance de fond : cette crise a crée des modifications dans les politiques économiques qui ont des conséquences sur l’après-crise.
  • en 1929, on s’est enfoncé dans la crise en application des règles libérales. On peut, à l’instar des Marxistes dire qu’on est sorti de la crise de 29 par la guerre : le programme du New Deal en 38/39 n’avait eu aucune conséquence sur la sortie de crise.
  • aujourd’hui, on a une application massive des théories de Keynes et l’application de politiques keynésiennes : 2 ou 3 trillions de $ ont été déversés par les Américains et les Chinois en moins de 18 mois. Ces politiques keynésiennes conduisent à des déficits publics très importants et à des endettements considérables. Les Libéraux sont inquiets de la montée des endettements.
  • dernière ressemblance entre les crises de 1929 et de 2007, c’est qu’elles vont conduire à des profondes modifications de la société mondiale : en 1929, l’univers était borné aux pays occidentaux, aujourd’hui, tout est planétaire. Il va y avoir une identité, le monde ne sera plus comme avant.

L’APRES-CRISE

Il y a un certain accord entre une grande majorité des économistes.

 I- Certitudes

1. le déplacement définitif du monde vers l’Orient, l’Extrême-Orient, soit vers l’Asie

Chine et Inde, pays qui vont croître de 8 à 10% pendant longtemps, c’est une certitude.

  • l’Extrême-Orient va croître à 10 points par an.
  • plusieurs comportements s’annoncent : la Chine est fermement décidée à expulser les États-Unis de ce continent. Elle a les moyens de la 5è flotte mondiale et le temps joue pour elle.

2. l’Europe est condamnée à une quasi-stagnation longue (0,5 à 1% de croissance) pour des raisons démographiques et sociologiques.

  • les Européens sont assez satisfaits de cette quasi-stagnation ; les Français se sont adaptés. *cela vaut pour tous les pays européens : Allemagne, Angleterre.
  • la concurrence de l’Asie rend toute l’évolution de l’industrie locale presque impossible à moins d’un protectionnisme non durable.

L’industrie européenne représente en pratique les 20 plus grandes entreprises dans chaque pays. Ces entreprises sont nomades, notre élite s’exporte.

 II- Incertitudes

Comment les Américains vont-ils réagir à l’après-crise, c’est-à-dire vont-ils accepter ou non de perdre leur hégémonie ?

2 écoles s’opposent : les optimistes et les pessimistes.

1. les optimistes.

    • a. les Américains se sont toujours adaptés, ils le font aujourd’hui : ils s’adaptent. Cela signifie que si on saisit leurs maisons, ils achètent des roulottes.
    • b. les Américains ont abandonné leur industrie aux Chinois mais peuvent créer des industries nouvelles dans le secteur de la biologie, l’informatique ou la santé et ainsi pourront réduire un chômage qui atteint 10% de la population et 20% des hommes de 25 à 50 ans.
    • c. l’industrie financière américaine va pouvoir se réformer : le plan Volker sur la régulation du secteur financier américain existe (on revient au Stigel Act de 1999, abrogé par Bill Clinton). Noter, cependant, que les groupes de pression vont désormais ne plus connaître de limites.
    • d. Obama est président

2. les pessimistes.

    • a. les Américains d’aujourd’hui ne sont pas les Américains d’hier : il y a eu une profonde modification de la composition de la population américaine avec une montée de la communauté noire (taux de natalité élevé) et massivement de la communauté des latino-américains. Les évangélistes tablent déjà sur une population majoritairement catholique en 2050.
    • b. si tant est que l’on crée de nouvelles industries, la formation universitaire est surtout faite d’étrangers, notamment chinois. Le rapatriement des élites chinoises sur leur territoire guette.
    • c. le système financier américain est-il vraiment prêt à se réguler ? NON ! En effet, deux membres de la Chambre des Représentants ont dit déjà que le plan Volker est mort : refus du Stigel Act. La question se pose en terme de pouvoirs : Goldman sachs a proposé de combler par l’emprunt le déficit grec. Il semblerait que la banque Godman Sachs n’ait pas demandé l’aval du Département américain avant de faire cette proposition.
    • d. Obama a beaucoup parlé et rien fait ! Il est fort à parier que sa réforme de la santé ne passera pas ;
    • e. usage de la violence.

le pouvoir de l’armée américaine est très sérieux, c’est une armée en exercice dont les ressources ne sont pas comptées. Aussi, Barack Obama ne pourra pas vraiment se désengager.

 CONCLUSION

La crise marque la fin de l’hégémonie américaine, mais comment les Américains vont-ils accepter la fin de cette hégémonie ?

Selon le scénario optimiste, ils l’accepteraient facilement.

Selon le scénario pessimiste, ils l’accepteront très difficilement et cela pourra conduire à des tensions.

Une incertitude persiste entre ces deux scénarios.


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