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Position de certaines personnalités françaises

Dissuasion nucléaire : fin ou pérennité d’une stratégie par le Gal. Jean Menu

Position officielle de la France

jeudi 21 janvier 2010, par Administrateur

Introduction.

Les récentes déclarations du Président Barack OBAMA, proposant en avril 2009 lors de son déplacement à Prague, de relancer les efforts contre la prolifération de l’atome en vue d’aboutir à un monde sans armes nucléaires, s’inscrivent dans la continuité d’un long processus de négociations et d’accords passés par ses prédécesseurs avec l’Union Soviétique puis la Russie après la disparition du Pacte de Varsovie. Elles semblent avoir réveillé des anti-nucléaires historiques ou encouragé de nouveaux adeptes.

 Position de certaines personnalités françaises

Peut être pour faire échos à l’effet d’annonce du président américain, des personnalités politiques françaises ayant occupé dans le passé des responsabilités du plus haut niveau dans des gouvernements successifs et soutenues par des voix issues du milieu militaire retraité, ont déclaré en octobre 2009, par voix de presse, qu’elles souhaitaient, non seulement assister à un désarmement nucléaire mondial dans le but certes louable d’empêcher toute prolifération, mais aussi demandaient que les puissances nucléaires s’engagent à retirer progressivement la totalité de leurs systèmes d’armes de dissuasion. En un mot, que la défense ne soit assurée que par des moyens conventionnels, ceux avec lesquels l’humanité entière s’est étripée allègrement par dizaines de millions au cours du vingtième siècle dans des conflits mondiaux.

 Situation dans le monde

Ces déclarations se situent dans un environnement international peu porté sur l’éradication complète de l’arme nucléaire. Cette volonté de l’acquérir et de la conserver, découle des enseignements tirés des effets des bombardements de Hiroshima et Nagasaki, qui ont à cet égard, marqué davantage les esprits par leur côté apocalyptique, que les cinquante millions de morts victimes des armes conventionnelles de la deuxième guerre mondiale. La peur qu’elle génère et le poids politique qu’elle confère, sont particulièrement recherchés par des pays soucieux de leur sécurité et de leur indépendance. D’abord objet d’une compétition entre les Etats Unis et l’URSS, rejoints par la Grande Bretagne, la France, la chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et peut-être à terme la Corée du Nord voire l’Iran ou le Japon, cette arme n’a cessé de remplir un rôle essentiel de dissuasion.

Les manœuvres incessantes de l’Iran pour accéder au club du nucléaire en dépit d’une opposition farouche d’une grande partie de la communauté internationale, les incertitudes qui pèsent sur la Corée de Nord, les questions que se pose en toute légitimité le Japon quand il tourne son regard vers la Chine, démontrent clairement que ces pays ont pris la juste mesure du poids que leur confèrerait la possession de cette arme.

Elle a sans aucun doute stabilisé les relations Est Ouest et évité le pire pendant toute la durée de la guerre froide. C’est le cas aussi de l’Inde et du Pakistan qui ont prudemment su gérer leurs différends sans jamais atteindre un seuil critique. Quant à Israël, il n’est nul besoin de souligner son poids prépondérant dans sa survie.

L’éradication totale des armes nucléaires parait donc particulièrement utopique à horizon visible. Aucun des pays qui en sont dotés ne veut y renoncer, surtout les petites et moyennes puissances, parfaitement conscientes du pouvoir égalisateur de l’atome, sorte d’assurance tout risque dans des contacts interétatiques tendus. Actuellement, seuls les Etats Unis pourraient éventuellement être favorables à un monde totalement dénucléarisé, car la supériorité de leurs forces conventionnelles est telle que personne ne serait en mesure de leur contester leur première place et leur volonté de faire régner la « Pax America ». C’est vrai aujourd’hui, mais pour combien de temps ? Alors, dans le doute, le Président Obama qui, souhaite un monde sans armes nucléaires, reste pragmatique et soucieux de la défense de son pays. Il préfère s’inscrire encore dans la logique des traités de réduction passés et futurs.

 Les traités de désarmement

De 1991, date de la signature du traité START1 (Strategic Arms Reduction Treaty) par les présidents Bush et Gorbatchev, à la date de son expiration au 31 décembre 2009, le nombre de têtes stratégiques chez les deux grands est passé de 10 000 à 6000. La Grande Bretagne, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël [1] n’ont pas été associés aux discussions et ne l’ont jamais souhaité. La France, en particulier s’est chargée elle-même de diminuer le nombre de ses composantes et de ses têtes, en les adaptant aux évolutions des risques et à ses contraintes budgétaires.

Les discussions entre russes et Américains se poursuivent lentement. Un nouveau traité SORT dit de Moscou (Strategic Offensive Reduction Treaty) a vu le jour en mai 2002 avec une phase d’exécution allant jusqu’en 2012 et un objectif de réduction du nombre de têtes compris entre 1700 et 2200 Chacun défend fermement ses positions, maintien ses forces nucléaires en bon état, voire les modernise. La Russie, pour cacher le piteux état dans lequel se trouvent ses forces conventionnelles, dans un contexte budgétaire tendu, vient de définir sa nouvelle doctrine militaire. Elle a décidé de développer des systèmes d’armes nucléaires offensifs pour remplacer ceux qui datent de l’époque de l’URSS. Elle se réserve le droit de les utiliser en frappe préemptive en cas de simple menace sur son propre territoire ou celui de ses alliés. De plus, les Russes subordonnent les avancées des discussions à des concessions accordées par les Etats Unis. Par exemple, gênés par le bouclier antimissiles américain de longue portée en Europe de l’Est, ils exigent et obtiennent satisfaction pour qu’il soit remplacé par un système plus flexible de courte et moyenne portée.

Enfin, les Présidents Russes et Américains souhaitent trouver un nouvel accord START FOLLOW ON TREATY qui diminuerait légèrement le nombre de têtes par pays entre 1500 et 1675, tout en limitant celui des vecteurs entre 500 et 1100. Ils se donnent rendez vous pour le début de 2010. Si le traité entre en vigueur cette année [2], son terme interviendra courant 2017, soit 5 ans après la fin de SORT.

En matière de réduction, la tâche restera encore immense et nous ne sommes pas encore sortis de l’ornière. Après le réexamen du TNP (Traité de non prolifération nucléaire) en mai 2010 et sous réserve que les accords sur les armes stratégiques aient abouti dans les délais annoncés (on peut émettre quelques doutes !), se posera alors le problème des armes tactiques dont les quantités restent encore dans un flou artistique savamment entretenu puisqu’ils n’ont aucune obligation de les déclarer.

Le plus difficile serait alors de passer d’un niveau de stricte suffisance à l’éradication totale. Les autres pays devraient donc être mis à contribution. Accepteront-ils de se retrouver en état de vulnérabilité et de faiblesse face aux grandes puissances de demain ? On peut en douter.


Portfolio

Notes

[1] Voir tableau ci-joint.

[2] A la date de la rédaction de cet article, rien n’a encore été décidé.

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Responsable éditorial : Jacques MYARD