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Conférence prononcée devant le Cercle Nation et République, présidé par Jacques Myard,

Question afghane ou question afghano-pakistanaise ? par le Général Alain Lamballe

salon Mars, Assemblée nationale, 33 rue Saint-Dominique, Paris, 1er décembre 2009.

mardi 8 décembre 2009, par Administrateur

Introduction.

Les attentats suicides perpétrés à New York et Washington le 11 septembre 2001 avaient été commandités par le Saoudien Ossama ben Laden, chef d’Al Qaïda réfugié en Afghanistan où il était protégé par le régime taliban. Mais les frappes américaines qui ont détruit les refuges des membres d’Al Qaïda et des talibans les ont contraints à se disperser, y compris au Pakistan. De ce fait, il faut se poser la question : existe-t-il une question afghane ou n’existe-il pas plutôt une question afghano-pakistanaise ?

C’est à cette interrogation que je vais essayer de répondre. Mon exposé comprendra cinq parties. D’abord, je vous parlerai, brièvement, de l’histoire et de la géographie de cet ensemble régional comprenant l’Afghanistan et le Pakistan pour vous montrer sa relative unité. J’aborderai le théâtre afghan dans une seconde partie, le théâtre pakistanais dans une troisième partie pour définir, dans une quatrième partie, le théâtre afghano-pakistanais. En dernier lieu, j’analyserai dans une cinquième partie, les implications internationales.

 I) Une brève histoire des relations afghano-pakistanaises replacée dans son cadre géographique

Pour comprendre la situation d’aujourd’hui, il faut remonter le fil de l’histoire. Elle nous apprend que les territoires actuels de l’Afghanistan et du Pakistan, ce dernier étant alors inclus dans l’Inde, ont été soumis aux mêmes invasions. Parfois, l’Inde a été envahie et gouvernée par des envahisseurs afghans. Au XIXème siècle, les Russes venant d’Asie centrale et les Anglais partant de l’Asie du Sud, de l’Inde, se sont retrouvés en compétition pour le contrôle de l’Afghanistan sans jamais y parvenir. Plus près de nous, dans la décennie 1980, les Soviétiques ont tenté en vain de pacifier le pays.

Les uns et les autres ont échoué. Pourquoi ? Parce que les Afghans et tout particulièrement les Pachtounes, qui constituaient et constituent toujours l’ethnie principale, sont des gens fiers, des guerriers dans l’âme et de farouches défenseurs de leurs coutumes et traditions. Ensuite parce que la géographie de ce pays de 650.000 km² donc plus grand que la France favorisait et favorise toujours la guérilla contre des envahisseurs et étrangers quels qu’ils soient.

Méditons cette leçon qui doit nous rendre modestes. Les Britanniques ont subi en Afghanistan des défaites militaires cuisantes qui se classent parmi les plus sévères de leur histoire coloniale. Ils ont dû se contenter de contrôler plus ou moins ces tribus revêches. En 1893, ils ont imposé une frontière, la ligne Durand, du nom du négociateur colonial, qui sépare artificiellement les tribus pachtounes. Le vote négatif de l’Afghanistan lors du vote d’admission du Pakistan aux Nations Unies en 1947 s’explique par la non acceptation de cette frontière. Depuis, elle n’a jamais été reconnue par les divers régimes afghans. Il existe donc bel et bien un irrédentisme pachtoune même s’il n’est pas souvent proclamé.

Pour mieux tenir les zones frontalières, les Britanniques ont créé six zones tribales en concédant de larges pouvoirs aux chefs de tribus, les maliks. Celles-ci existent toujours. Ce sont du nord au sud, les agences de Bajaur, Mohmand, Khyber, Kurram, Nord-Waziristan et Sud-Waziristan. Une septième a été créée après l’indépendance du Pakistan, en 1970, l’agence d’Orakzai. Les sept zones tribales couvrent une superficie de 27.220 km² et forment la frontière sur 800 kilomètres, soit environ le tiers de la frontière totale afghano-pakistanaise, longue de 2.430 kilomètres. Leur population est évaluée de manière fort imprécise entre 5 et 7 millions d’habitants, tous pachtounes, majoritairement sunnites mais avec des poches chiites.

La géographie montre le caractère artificiel de la frontière. Le cours d’eau principal afghan, la rivière Kaboul qui a donné son nom à la capitale, fait partie du bassin de l’Indus. C’est même le principal affluent du fleuve de la rive droite. De plus, la rivière Kaboul est alimentée par un tributaire au débit plus important que le sien, la Kunar, qui prend naissance dans la partie nord-ouest du Pakistan dans la région de Chitral. La frontière actuelle ne suit pas de véritables lignes naturelles, sauf peut-être dans la région des cols de Nawa et de Ghakhi, dans l’agence de Bajaur et dans celle du col de Gawa dans l’agence de Kurram.

 II) Théâtre afghan

L’Afghanistan est un pays multiethnique fort complexe. Il est peuplé d’environ 40 millions d’habitants dans la mesure où on peut le savoir en l’absence de recensement. Les Pachtounes rassemblent 43°% de la population mais ils sont eux-mêmes très compartimentés en tribus et clans. Les Tadjikes, Ouzbeks et Hazaras représentent respectivement 27°%, 12°% et 10°%. Les Baloutches ne sont pas plus de 3°%. La plupart des Afghans sont sunnites, les chiites représentant 15°% de la population dont les Hazaras.

Depuis des décennies, l’Afghanistan est en guerre, contre les étrangers présents sous les prétextes les plus divers et contre lui-même, ethnies et factions idéologiques s’opposant en permanence. Le régime communiste n’a survécu que trois ans après le départ en 1989 des Soviétiques d’Afghanistan. En avril 1992, les moudjahidines qui, avec l’aide des Américains et Pakistanais avaient mené la guerre contre les envahisseurs, entraient dans Kaboul. S’en est suivie une véritable guerre civile, culminant avec l’arrivée au pouvoir en septembre 1996 des talibans, formés au Pakistan. Ainsi, ce pays disposait à l’ouest d’un pays ami, qui lui fournissait une profondeur stratégique face à l’Inde. Voilà le véritable enjeu pour le Pakistan. Les talibans devaient être chassés par l’intervention américaine qui a suivi les attentats aux Etats-Unis le 11 septembre 2001, attribués à l’hôte arabe des talibans, Ossama ben Laden.

Les talibans qui mènent aujourd’hui le combat contre les forces gouvernementales et alliées veulent reprendre le pouvoir et instaurer un régime islamique. Une bonne partie de la population les soutient car elle est profondément déçu par le régime. L’aide internationale ne profite pas au peuple à cause de la corruption généralisée. La misère règne, le chômage augmente de manière démesurée. L’administration fonctionne mal ou pas du tout. Les élections présidentielles de 2009 se sont déroulées avec des fraudes massives. La réélection de Karsaï est entachée de graves irrégularités. La population dans son ensemble n’attend plus rien. De plus, les étrangers sont accusés de ne rien comprendre à la mentalité locale, pire de ne pas vouloir la déchiffrer. Le mécontentement n’existe pas seulement dans les régions orientale et méridionale, peuplées de Pachtounes, mais partout ailleurs, y compris dans le nord.

L’armée et la police sont en sous-effectifs, peu entraînées, mal payées et peu motivées. Par ailleurs, la plupart des pays qui envoient des combattants en Afghanistan, que ce soit dans le cadre de l’OTAN ou non, ne possèdent pas d’expérience en matière de lutte contre des insurgés. Leurs armées n’ont pas été conçues pour cela et elles doivent donc s’adapter à des formes de combat nouvelles pour elles et sur un terrain qu’elles ne connaissent pas. De plus, les soldats de la coalition doivent obéir à des règles d’engagement qui diffèrent selon les nations.

Les militants islamistes et leurs modes d’action

Ces forces de sécurité nationales et internationales se battent contre un adversaire redoutable mais qui n’est pas sans faille. Si celui-ci renforce ses positions, ce n’est pas nécessairement parce que les Afghans veulent un régime taliban mais bien davantage parce que les forces de sécurité sont insuffisantes et ne se battent pas de manière coordonnée.

Faire un point sur la situation actuelle n’est pas chose aisée. Il est fort difficile de classer les combattants car ils se répartissent en de nombreux groupes. Néanmoins une distinction peut être faite entre les membres d’Al Qaïda et les talibans. Les premiers visent un objectif mondial, fort ambitieux, le rétablissement du califat tandis que les seconds poursuivent un but régional, l’imposition de la loi musulmane, la charia, en Afghanistan et au Pakistan.

La plupart des combattants sont des Pachtounes recrutés en Afghanistan mais aussi au Pakistan. On trouve également des insurgés non pachtounes, originaires de diverses provinces afghanes et pakistanaises. Des étrangers, d’Asie centrale surtout des Ouzbeks, des Arabes et en faible nombre des Européens, ont rejoint les combattants.

Les militants, qui seraient au nombre de 20 à 30.000, bénéficient de l’argent de la drogue et de donations en provenance des pays arabes. Ils n’ont aucun problème pour obtenir des armes et munitions. Ils obtiennent des renseignements sans difficulté auprès de la population. Leurs modes d’actions sont fort diversifiés : attentats-suicides dans les villes, embuscades et engins explosifs improvisés dans les campagnes. Bien qu’ils s’opposent parfois les uns aux autres, ce qui les affaiblit, ils savent aussi s’unir lorsque la situation l’exige et agir de manière décentralisée mais de concert. Ils contrôlent certaines régions dans le sud et désorganisent le pays en empêchant son développement.

Malgré la détérioration de la situation sur le terrain, certains parmi les alliés de la coalition regroupée autour des Américains, estiment qu’une victoire militaire est possible parce que les talibans et membres d’Al Qaïda ne bénéficient pas de l’appui d’une superpuissance, comme cela avait été le cas pour les moudjahidines dans la lutte contre les Soviétiques. De ce fait, les militants ne disposent pas de missiles sol-air et les forces alliées sont libres de leurs mouvements aériens. Les hélicoptères peuvent ainsi donner une grande liberté de manœuvre.

Mais l’Afghanistan est contigu d’un Pakistan, en proie lui-aussi à une montée en puissance des militants.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD