Un grand nombre d’économistes estiment qu’après la sortie de crise la croissance sera durablement faible. Qu’en pensez-vous ?
Avant même la crise, le potentiel de croissance de la France, à conjoncture normale, était déjà faible, de l’ordre de 1,7 % par an, en raison de la quasi-stagnation du volume de travail disponible, de l’insuffisance des investissements et du faible effort d’accroissement du progrès technique.
La crise aggrave cette situation. La consommation va se réduire avec la baisse de l’emploi et des revenus. La chute de la production va inciter les entreprises à réduire leurs investissements. Les exportations vont reculer. La seule demande qui peut se maintenir est celle de l’Etat, par le biais des plans de relance, mais elle est contrainte, notamment financièrement.
Que recommandez-vous ?
La France, dont l’économie est intimement liée à celle de la zone euro, ne s’en sortira pas toute seule. Elle doit peser en faveur d’une politique de change conforme aux réalités. Les industriels comme les organisations internationales s’accordent pour estimer que la parité convenable de l’euro est de 1,15 dollar. La Banque centrale européenne (BCE) devrait se fixer ce but. Mais l’euro est constamment surévalué depuis 2003 et la BCE ne s’en est jamais émue, sauf quand il atteignait le seuil de 1,60 dollar et qu’il gênait ainsi les industriels allemands.
Le deuxième axe serait de mettre en oeuvre, dans le cadre d’un plan de relance européen, un nouveau programme pour renforcer la compétitivité, moins ambitieux mais plus efficace que le précédent processus de Lisbonne en 2000.
Et en France ?
Il faudrait stimuler simultanément l’offre et la demande. Du côté de la demande, le pouvoir d’achat des ménages augmente trop faiblement. Le problème ne vient pas d’une mauvaise répartition de la valeur ajoutée, mais de la faiblesse de la croissance et du coût élevé de la protection sociale, qui réduit la hausse du salaire net. Des réformes sont indispensables, la plus évidente étant celle des retraites, qui doit retarder les départs.
Pour soutenir les investissements des entreprises, il faut améliorer leur situation financière en réduisant la pression fiscale, par la suppression de l’impôt forfaitaire annuel, de la taxe professionnelle sur l’industrie manufacturière, et éventuellement par la baisse de l’impôt sur les sociétés concentrée sur les petites entreprises.
D’autre part, la construction joue un rôle très important : un logement en moins, c’est deux chômeurs en plus. Les dispositifs d’aide et de crédits d’impôts doivent s’accompagner d’actions favorisant la disponibilité de la main-d’œuvre et d’un allégement des réglementations.
Du côté de l’offre, nous disposons d’un énorme gisement de main-d’œuvre inexploitée, en quantité et en qualité. Tout le système éducatif doit être réformé - enseignement général, enseignement technique et université -, avec l’instauration de la sélection et le relèvement des droits d’inscription, accompagnés d’une hausse des bourses. Il faut aussi améliorer les conditions de travail des chercheurs. Les inventeurs et les créateurs d’entreprises doivent être favorisés par la suppression de l’impôt sur la fortune et l’encouragement au retour des expatriés.
Les déficits actuels autorisent-ils de telles baisses d’impôts ?
Nous sommes sortis pour longtemps du cadre strict du pacte de stabilité, qui n’a d’ailleurs aucun fondement théorique. Vouloir respecter ces critères à toute force interdirait de retrouver la croissance. En fait, il faudrait stabiliser le ratio d’endettement public en pourcentage du produit intérieur brut, qui est le seul indicateur valide. Pour cela, les dépenses publiques devraient être restructurées et maintenues constantes en volume. Toutes les marges de manœuvre budgétaires doivent être consacrées à la baisse des impôts.

