- 1. Généralités sur l’énergie (…), p1
- 2. l’énergie éolienne, p2
- 3. changement climatique, (…), p2
- 4. Tchernobyl, p3
- 5. Réacteurs à neutrons (…), p4
- 6. Réacteurs à haute température, p4
- 7. Prospective énergétique-hydr, p4
- 8. Déchets nucléaires, démantèle, p4
- 9. Nucléaire et terrorisme, p4
- 10. Radioactivité et santé, p4
1. Généralités sur l’énergie nucléaire
1.Quelles sont les principales caractéristiques de l’énergie nucléaire ?
- C’est une technologie jeune car le premier réacteur industriel fut mis en service en 1956, moins de 20 ans après la découverte de la fission. Il faut donc s’attendre à de grands développements comme ce fut le cas pour le charbon, la vapeur, l’automobile, les avions, etc…
- Avec l’énergie nucléaire on change de dimension en matière de puissance potentielle : un kilogramme de bois est capable de produire 2 kilowattheure, 1 litre de pétrole 6 kWh, mais un kg d’uranium naturel 50 000 kWh dans les réacteurs actuels, et 50 fois plus dans les réacteurs de l’avenir, dont Superphénix est un prototype.
- En conséquence, il est possible de produire de grandes quantités d’énergie d’une manière très compacte : une centrale de 1 million de KW (1 000 megawatts, MW) n’occupe que quelques hectares.
- Là où il faut 30 méthaniers par an ou 2 trains de charbon par jour pour une centrale de 1 000 MW, il suffit d’un camion par an de combustible uranium par an pour les centrales actuelles (20tonnes/an), et dix fois moins (seulement 2 tonnes/an) pour des réacteurs de type Superphénix.
- Le corollaire, c’est que le kWh fourni dépend très peu du coût du combustible. La croûte terrestre renferme de grandes quantités d’uranium naturel : en moyenne 3 g par de croute terrestre, ce qui constitute un potentiel énergétique immense. Il y a ainsi assez d’uranium disponible à bas prix pour alimenter les réacteurs actuels et futurs pendant des milliers d’années, voire dizaine de milliers d’années. L’énergie nucléaire participe donc du "développement durable" et permet d’économiser les ressources traditionnelles fossiles pour les réserver à des utilisations plus nobles (chimie, plastiques… en les recyclant autant que possible). Comme l’uranium est très répandu (à plus ou moins fortes concentrations) c’est un gage d’indépendance énergétique.
- Il est connu que l’énergie nucléaire "brûle" l’uranium en ne générant quasimment pas de CO2 ou autre gaz à effet de serre. Les 440 réacteurs nucléaires installés dans le monde économisent près de 3 milliards de tonnes de CO2 par an tout en fournissant 16-17 % de l’énergie électrique disponible. Chaque Allemand ou Danois génère par an environ 10 tonnes de CO2, un Français, 6,5 tonnes seulement, grâce à l’équipement nucléaire et hydraulique du pays.
Les avantages sont donc : puissance, compacité, indépendance énergétique à long terme, faible influence des variations de prix du combustible sur le prix du kilowattheure, pas d’effet de serre, bonne compétitivité et, nous allons le voir, grand propreté et grande sécurité.
Quels sont les inconvénients et les dangers de l’énergie nucléaire ?
On avance communément les problèmes des déchets, les dangers d’explosion et de contamination des populations, les dangers de prolifération, les dangers de la radioactivité, le fait que l’Homme n’est pas en mesure de maîtriser des énergies aussi gigantesques.
Les déchets nucléaires sont paradoxalement - contrairement à la croyance répandue - en faible quantité, bien conditionnés et protégés dans des sites peu nombreux, bien répertoriés et surveillés, et leur radioactivité décroît avec le temps, même si c’est parfois long, alors que bien des déchets chimiques au moins aussi toxiques restent éternellement dangereux.
Déchets en France :
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La France, pays fortement nucléarisé, produit 40 fois moins de déchets nucléaires conditionnés que de déchets industriels très toxiques dont la durée de vie est bien plus longue pour une grande partie d’entre eux que celle des déchets nucléaires.
Les dangers relatifs aux accidents du type Tchernobyl sont excessivement réduits après la leçon tirée de cette catastrophe. Il s’agit plus d’un accident " soviétique " que d’un accident nucléaire. Il suffit de comparer l’accident similaire de Three Mile Island en 1979 aux USA qui n’a pas fait de mort, alors que dans un contexte "Tchernobylien" il aurait eu les conséquences de Tchernobyl. Ceci est dû au type de réacteur, au dessin du réacteur, aux sécurités redondantes du système et à l’enceinte de confinement qui entoure le réacteur. Il est facile, en prenant les mesures appropriés tant au niveau de la conception que de la construction et l’exploitation d’un réacteur nucléaire, grâce à des précautions élémentaires de limiter grandement la probabilité d’un accident, ainsi que ses conséquences si jamais cet accident venait à se produire.
Les dangers de prolifération de l’uranium très enrichi et du plutonium pour les transformer en explosifs nucléaires sont le fait d’actions volontaristes et d’officines militaires, et non de l’industrie civile, surveillée par l’Agence Internationale de l’Energie Atomaique (AIEA) de Vienne. L’uranium peu enrichi est incapable de produire des explosifs sans un enrichissement très difficile à mettre en œuvre, et le plutonium "civil" généré dans les réacteurs les plus courants (réacteurs à eau sous pression ou à eau bouillante) est inadapté à la fabrication d’armes de destruction massives. Par ailleurs, le saupoudrage de populations par des déchets radioactifs est une entreprise hasardeuse pour qui l’entreprend et, comme on a pu le voir, il est plus facile et moins coûteux d’utiliser des microbes ou des gaz toxiques.
Les dangers de la radioactivité : l’industrie nucléaire contribue à environ 1 % de la radioactivité naturelle moyenne reçue par le public en France (2,5 millisieverts/an), mais encore bien moins que celle reçue en d’autres points du globe qui peut être 100 fois celle reçue en France (100 à 500 mSv/an) sans conséquences apparentes pour les populations qui y sont soumises (certains endroits du Brésil, de l’Iran, etc…).
Les "normes" de protection pour les travailleurs ou la population sont environ 10 à 100 fois inférieures à des doses qui ne causeraient pas de troubles dans l’organisme. Ce dernier est bien équipé dans ses cellules pour réparer à chaque instant les milliards de dommages journaliers causés à l’ADN de nos gènes par toute agression (toxique, chimique, radioactive…). On entend parler de " linéarité " c’est-à-dire de proportionnalité entre dose et effet : ceci n’est vérifié qu’aux fortes doses : ce n’est qu’à partir de 100 à 200 millisieverts reçus en une fois, que l’effet des radiations peut être perçu en proportion avec la dose reçue.
A noter que les conséquences de Tchernobyl, en France, ne sont pas mesurables, malgré certaines allégations concernant notamment des cancers de la thyroïde. A noter que l’augmentation de tels cancers en Europe date d’avant Tchernobyl. En Biélorussie, Ukraine, Russie, indépendamment des morts brutales des premières semaines après l’accident, on déplore environ 2 000 cancers de la thyroïde sur les sujet qui étaient enfants en 1986, dont moins de 10 décès. Il n’y a pas d’excès de leucémies, ni d’autres cancers, ni de malformations, causées par l’accident de Tchernobyl, contrairement à l’idée répandue. Les "15 000 morts" chez les liquidateurs depuis l’accident correspondent à une mortalité parfaitement normale et naturelle sur un nombre important de personnes (environ 600 000 liquidateurs).
En résumé, les dangers réels ou supposés de l’énergie nucléaire ne sont pas nuls, bien sûr, mais ils sont très exagérés. Il faut les comparer et les mettre e perspective avec d’autres risques : les accidents de voiture (environ 8000 morts par an en France) ou le tabagisme (environ 60 000 morts par an en France, l’équivalent d’un crash d’avion chaque jour). D’ailleurs l’étude européenne ExternE conclut dans ce sens et donne la palme des moindres nuisances "externes" (sociales, médicales, accidentelles) à l’énergie nucléaire et à l’éolien.
Pourquoi l’énergie nucléaire est-elle appelée à jouer un grand rôle ?
- La population mondiale est amenée à croître de 6 milliards d’habitants en 2000 à environ 8 milliards en 2050, mais 25 % seulement aujourd’hui de gens " riches " consomment 75 % de toute l’énergie produite, et plus de 2 milliards d’habitants de la planète n’ont pas accès à l’énergie "commerciale".
- On estime que l’énergie totale dont le monde aura besoin en 2050 sera le double d’aujourd’hui mais que les besoins en électricité vont tripler du fait de la souplesse d’utilisation de ce type d’énergie. Ceci principalement du fait des pays en développement ou émergents.
- Malgré le développement utile et nécessaire des énergies renouvelables, souvent amenées à jouer un rôle primordial dans les pays émergents, ces dernières ne pourront pas - et de loin - suffire au développement et besoins massifs requis. Le pétrole et le gaz verront leurs réserves plafonner d’ici peu d’années et l’effet de serre limitera le recours au charbon. On entrera peut-être dans une "civilisation de l’hydrogène" pour les transports terrestres (piles à combustible) et le nucléaire sera appelé là aussi à fournir l’énergie nécessaire, ainsi que pour produire de l’eau douce, d’irrigation, contribuer à des synthèses chimiques, etc…
C’est ainsi que les experts estiment que l’énergie nucléaire pourra couvrir en 2050 environ 20 % des besoins en énergie totale (6,5 % aujourd’hui)
- Il est peu probable que l’énergie de fusion soit déjà en mesure de remplacer l’énergie dite "de fission" actuelle, vu les énormes mises au point encore nécessaires, et leur coût.
En conséquence :
Nous devons être heureux et rassurés d’avoir à notre disposition une énergie globalement plus propre et plus sûre que celle de nos aînés, comme le reconnaît le célèbre écologiste, James Lovelock, père de la théorie de Gaïa.
Nous avons devant nous de longues années d’utilisation de cette énergie au sujet de laquelle il est nécessaire de poursuivre les progrès en matière de coût, de propreté, de sécurité, comme nous l’avons fait dans d’autres domaines qui aujourd’hui nous sont familiers.
Le nucléaire, une énergie écologique
L’Energie dans la monde
1. Vous avez dit énergie ?
L’énergie est l’essence même de l’univers, comme le montre la célèbre équation d’Einstein E=mC2 décrivant l’équivalence masse-énergie. L’homme, peu à peu, progresse dans la compréhension, puis la domestication et la maîtrise de l’énergie, à tel point que de nombreux besoins humains, notamment parmi nos besoins les plus fondamentaux (manger, se vêtir, se déplacer…) sont aujourd’hui tributaires, à des degrés divers en fonction des pays et du degré de développement économique, de la consommation d’énergie que nous puisons dans la nature.
Il faut distinguer l’énergie primaire (combustible fossile ou uranium ou énergie renouvelable) du moyen de transporter l’énergie là où elle sera consommée, qui est souvent l’électricité aujourd’hui. Dans quelques décennies, d’autres moyens de transport de l’énergie, en plus de l’électricité, pourraient être amenés à se développer, par exemple l’hydrogène dans le domaine des transports notamment.
L’énergie primaire la plus utilisée aujourd’hui, est la combustion de bois, de charbon, de pétrole, de gaz (combustibles fossiles, qui produisent du CO2 en brûlant), et l’utilisation de l’uranium (combustible nucléaire, qui ne produit aucun CO2). Cette énergie primaire sert à fabriquer de la chaleur, de l’électricité, ou de l’énergie mécanique.
On sait produire aussi de l’énergie de manière renouvelable, mais en bien moindres quantités, à partir de la force hydraulique (le flot des rivières, les marées ou les vagues), de l’énergie géothermique (sources chaudes), du vent (éoliennes) ou de la force animale, énergies qui ont l’avantage d’être " renouvelables " mais malheureusement souvent inconstantes et très diluées dans le temps et dans l‘espace, donc difficiles à domestiquer, sauf à installer d’immenses surfaces de capteurs bien peu élégants et très coûteux, le tout pour fournir une énergie inconstante.
On exprime l’énergie communément en tonnes-équivalent-pétrole (tep). A partir de l’énergie primaire on peut transformer la chaleur produite (quel que soit la source d’énergie primaire) en énergie électrique, en général par un alternateur.
l faut toujours un peu plus de 1 kilowatt d’énergie primaire pour fabriquer 1 kilowatt d’électricité en raison des frottements, des pertes d’énergie et du rendement thermodynamique, dit de Carnot, pour la transformation de chaleur (énergie désordonnée) en travail ou en électricité (énergie ordonnée). Ce rendement peut être assez bon, de l’ordre de 80 % pour l’hydraulique qui est déjà une énergie mécanique au départ. Il est rarement supérieur à 50 % pour la vapeur ou la chaleur transformée en électricité, sauf si on récupère la chaleur basse température produite par le système (cogénération), par exemple pour un process industriel ou pour du chauffage urbain.
Une transformation de rayonnement solaire en électricité par cellules photovoltaïques n’autorise guère aujourd’hui un rendement supérieur à 10 %. La recherche a pour but d’améliorer ce faible rendement. Ces rendements "intrinsèques" doivent être encore pondérés par des facteurs de charge : par exemple, une éolienne capable de 750 kW dans un vent de 20 m/sec, ne donnera plus que 28 kW à 5 m/sec. Un générateur solaire ne donnera rien la nuit.
Une centrale thermique ou nucléaire, au contraire, produisent l’électricité à pleine puissance au moment ou le consommateur en a besoin, car l’on peut programmer les interventions de maintenance dans les moments de plus faible consommation.
Il faut encore tenir compte de l’espace nécessaire à la production d’énergie : là où il faut une fraction de kilomètre carré pour générer l’électricité d’une très grande ville (1000 mégawatts ou 1 million de kilowatts) avec des combustibles fossiles ou du nucléaire, il faudrait des centaines voire des milliers de kilomètres carrés avec des énergies renouvelables, à cause de leur faible intensité énergétique. Les énergies renouveables étant très diluées dans l’espace, nécessitent en effet de grandes surfaces de capteurs, ce qui n’est pas sans impact écologique.
Un réacteur nucléaire de la génération actuelle a un rendement thermodynamique d’environ 33 %, mais la future génération de réacteurs à haute température atteindra environ 50 %, et avec cogénération, 75 %. Il faut savoir aussi que nos réacteurs nucléaires actuels ne brûlent que 1 % environ de l’uranium extrait des mines, mais on sait d’ores et déjà aujourd’hui fabriquer des réacteurs qui demain brûleront la quasi-totalité de l’uranium naturel.
Pour l’instant, les énergies les plus utilisées sont les combustibles fossiles (gaz, pétrole, charbon), qui sont malheureusement aussi les plus polluantes, et leurs réserves sont très limitées. Il faut donc apprendre à économiser ces ressources et leur substituer d’autres énergies partout où c’est possible. Les énergies renouvelables doivent être développées et encouragées, mais leur inconstance dans le temps et leur dilution dans l’espace ne permettront pas de fournir l’énergie de base de nos sociétés et de satisfaire les niveaux actuels de consommation d’énergie, même si l’on divisait notre consommation d’un facteur deux.
2. Le prix de l’énergie
L’électricité la moins chère à produire aujourd’hui vient du gaz, du nucléaire et de l’hydraulique. Il faut toutefois préciser que le gaz nécessite des investissements énormes pour le transport, les gazoducs et les stations de pompage, si, comme c’est en général le cas, ce gaz provient de régions éloignées (par ex. pour la France, de Sibérie, de Norvège, d’Afrique du Nord, dont nous dépendons pour la fourniture). Le prix du gaz suivant en gros le cours du pétrole, peut varier très fortement, comme on l’a vu récemment dans le cas de la Californie.
L’énergie nucléaire et l’hydraulique nécessitent de grosses mises de fond au départ, mais les installations une fois amorties, produisent ensuite de l’énergie bon marché car le combustible nucléaire compte peu dans le prix du kWh (il suffit de peu d’uranium pour produire beaucoup d’énergie), et l’eau est en principe gratuite. Le prix de vente de l’électricité nucléaire contient les provisions pour le retraitement, le stockage des déchets et le démantèlement des installations, ce qui n’est pas encore le cas pour les productions à base de combustibles fossiles, qui ne supportent pas non plus de taxes pour leurs émissions de gaz à effet de serre.
On remarquera aussi que les énergies fossiles dépendent essentiellement du prix (très variable) du combustible.
Une centrale au charbon de 1000 mégawatts, par exemple, a besoin de 2 longs trains de charbon par jour, ou (au choix) un pétrolier de type Erika par semaine, ou un méthanier de gaz par semaine, alors qu’une centrale nucléaire de même puissance ne consomme que le volume d’un camion de combustible chaque année.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens qui craignent les déchets nucléaires, ces derniers sont bien répertoriés et conditionnés, pas plus toxiques et en volumes nettement moindres par rapport aux autres déchets industriels toxiques, du fait du faible tonnage annuel d’uranium nécessaire à une centrale nucléaire. C’est ainsi que l’étude ExternE de la Commission Européenne (1998) sur les coûts sociaux dits " coûts externes " des différentes énergies (c. à d. les coûts à la société en raison des accidents, des maladies et des diverses nuisances) prenant en compte tous les facteurs environnementaux, trouve que ceux-ci sont les plus bas pour l’éolien, l’hydraulique et le nucléaire, même sans prendre en compte l’effet de serre, difficilement quantifiable et qui, si l’on en tenait compte, alourdirait fortement le coût des énergies fossiles.
3. Les besoins en énergie
Nous distinguerons, par simplification, trois cas typiques :
- a) Les pays avancés comme la France, où chaque citoyen consomme en moyenne 6 500 kwh d’électricité par an, toutes activités confondues (USA 15 000 kWh, soit plus du double), en légère augmentation chaque année. Si l’on considère l’énergie primaire, on voit qu’environ 40 % sert à produire l’électricité (en majorité nucléaire et hydraulique), 30% pour les transports (en majorité le pétrole) et 30% pour les besoins industriels, le chauffage hors électrique et les utilisations agricoles (bois, charbon, fuel, gaz, renouvelables). Ce qui, entre parenthèses, montre que la majorité des gaz à effet de serre, dans le cas de la France, provient des transports et du chauffage au fuel et au gaz, le nucléaire et l’hydraulique n’en produisant pas. L’effort majeur doit donc porter sur le chauffage et les transports, qui sont actuellement les principaux producteurs de gaz à effet de serre. Les transports doivent autant que possible être électrifiés avec une électricité "propre", c’est-à-dire sans production de CO2. Le ferroutage, par exemple, doit être encouragé, et pourrait remplacer une partie du transport par camions.
Dans nos pays il est raisonnable d’inciter les citoyens à faire des économies d’énergie dans un but de "développement durable", mais il ne faut pas se leurrer : on pourra gagner en gros l’incrément annuel d’augmentation de consommation, guère plus, c’est-à-dire que, chez nous, la consommation se stabiliserait au lieu d’augmenter, ce qui serait déjà un progrès. Le potentiel des économies d’énergie est sans doute plus important dans le cas des Etats-Unis ou de la Russie qui n’ont pas encore fait d’efforts dans ce sens pour essayer de réduire leur consommation en utilisant des méthode moins gloutonnes (USA) ou en réduisant leur pertes (Russie). On peut raisonnablement imaginer que la consommation d’énergie de ces pays, tout en maintenant un bon niveau de vie, pourrait converger en une ou deux décennies vers celle d’un pays comme la France.
L’utilisation d’énergies renouvelables comme les panneaux solaires pour l’eau chaude, la géothermie là où c’est possible, paraît une bonne idée. En revanche, dans nos pays à forte densité de population et fortement intégrés dans un réseau énergétique (électricité, gaz, pétrole), l’apport de l’éolien ou du photovoltaïque, à part pour des niches utiles, relève d’une aimable utopie et n’est aucunement capable de fournir la base de l’énergie dont notre société a besoin. On le voit dans le cas de la Californie ou du Danemark qui se sont pourtant équipés de milliers d’éoliennes, dont la production est à la fois irrégulière et très limitée, et qui finalement continuent à avoir recours aux énergies les plus polluantes (charbon, gaz, pétrole) ou à l’énergie nucléaire pour produire la quasi-totalité de leur énergie.
- b) Les pays à des stades de développement divers, parmi lesquels nous mettons, à titre d’exemple, le Brésil en haut de l’échelle, la Chine au milieu et l’Inde plus bas.
Ils sont caractérisés par une demande en énergie en forte croissance qui tient à la fois à la population qui augmente et surtout à une aspiration bien légitime à atteindre des niveaux de vie, de salubrité et de confort voisins du nôtre. Même si ces pays tentent, car c’est cher, de s’équiper de systèmes de production performants et modernes, leurs moyens les poussent à tirer le maximum de ressources de leur sol, le charbon dans le cas de la Chine et de l’Inde. L’Inde, avec son milliard d’habitants, est amenée à augmenter chaque année sa production de 500 millions de tonnes de charbon, qui rejetteront 1,5 milliards de tonnes de CO2 en plus, sans compter le SO2, les oxydes d’azote, le radon et les poussières radioactives. L’énergie hydraulique du barrage des Trois Gorges va permettre à la Chine de fournir de l’électricité pour des millions d’habitants, mais quid pour les autres qui seront bientôt 2 milliards ? Des barrages sont possibles dans l’Himalaya indien, mais où trouver les moyens pour des investissements gigantesques ? Ces dernières années, le grand barrage d’Itaipu au Brésil n’a pas pu fournir son quota par suite de la sécheresse et le Brésil frôle la crise électrique.
Comment faire ? Ecoutons le Gouvernement indien : " si nous voulons fournir 200 watts à chacun de nos concitoyens, en moyenne, pour s’éclairer, avoir un réfrigérateur et une télévision, il faut 200 Gigawatts (milliard de watts), et compte tenu de nos autres moyens de production, cela fait 200 centrales nucléaires de 200 à 500 mégawatts chacune ". Voilà le programme national indien pour les 20 prochaines années.
Bien sûr, l’éolien et le solaire ont leur place dans le dispositif, particulièrement pour les besoins domestiques ou les villages éloignés des réseaux électriques. On n’ose pas trop penser à la Chine ou à l’Inde avec une auto pour 4 à 5 habitants … !
Il en va de même pour les consommations d’eau par habitant qui vont croissant. Qui dit auto, dit énergie, et bien souvent, qui dit eau, dit également énergie (pour l’irrigation, éventuellement le dessalement….).
Notre tâche pour ces pays est de les aider à acquérir des équipement de technologie moderne, peu polluants, aussi économes que possible en énergie. Les énergies fossiles ne suffiront pas et les énergies renouvelables encore moins. Les réacteurs nucléaires qu’ils pourraient être amenés à utiliser doivent être équipés de systèmes modernes de sécurité et comporter si possible, comme le futur Réacteur à Haute Température (HTR), des caractéristiques de sûreté passive qui en augmentent la sûreté et la fiabilité.
Nous devrons aider à financer ces équipements, soit à travers les banques, soit plus directement en les construisant à nos frais en en les cédant à leurs futurs propriétaires après amortissement, sous garantie des Gouvernements (méthode dite BOT : Build, Operate, Transfer).
- c) Enfin, les pays encore peu développés sur le plan industriel comme le sont la plupart des pays d’Afrique ou Madagascar.
Dans bien des villages, la seule électricité provient d’une pile qui alimente le transistor, lequel permet de connaître la météo et d’éviter des catastrophes et la famine si le typhon survient. Toute l’énergie pour la cuisine et les industries familiales provient du bois et du charbon de bois, donc des forêts qui sont décimées ou brûlées. Là, les cuiseurs solaires, les petites éoliennes, les panneaux solaires sont un progrès remarquable, car ils permettront petit à petit d’améliorer la vie quotidienne de la population.
Pour les villes, il n’est pas exclu de penser qu’à côté de petites centrales thermiques ou de générateurs diesel (hélas polluants), on puisse installer dans quelques décennies des petits réacteurs nucléaires modulaires de quelques dizaines à 100 mégawatts, garantis pour marcher pendant plusieurs années sans interruption, surveillés par l Autorité de Sûreté d’un pays ami développé, qui s’occuperait de toutes les opérations d’entretien, de fabrication du combustible, de rechargement du combustible, de démantèlement, etc.
Mais pour tout cela, si nous voulons freiner des exodes inévitables vers nos pays, il faut changer de politique et "sponsoriser" ces pays, comme autant de filleuls, en prenant en charge des programmes entiers et en fournissant l’éducation adéquate. Souvenons-nous qu’une personne disposant d’un réfrigérateur, d’une ampoule électrique et d’un peu d’air frais verra la vie d’un oeil bien différent de celle qui n’a aucune de ces facilités. Voilà le challenge qui nous attend : apporter aide et technologie à des régions "filleules".
4. Pour terminer ce tour d’horizon
Les spécialistes estiment auourd’hui que, d’ici une cinquantaine d’années, la population mondiale passera de 6 à 8-10 milliards d’habitants, pour plafonner ou même décroître ensuite. En revanche, la demande d’énergie doublera et celle d’électricité triplera. A l’inverse, pétrole et gaz se raréfieront, deviendront plus chers, et seront l’enjeu de grandes tensions entre les nations.
Il est donc sage de se préparer à ces échéances, sachant qu’en matière d’énergie, les cycles de construction et d’exploitation sont longs et que les erreurs se paient très cher.
Dans cinquante ans, le pétrole et le gaz s’étant raréfiés, resteront le charbon (particulièrement polluant) et le nucléaire "renouvelable", c’est-à-dire le nucléaire permettant de brûler non seulement l’uranium enrichi, mais aussi l’uranium naturel et le thorium, soit des réserves pour plusieurs milliers voire dizaines de milliers d’années. Il est vraisemblable que l’énergie de fusion aura fait des progrès mais pas suffisamment encore pour prendre la relève, vu les redoutables défis technologiques de cette énergie. Quant aux énergies renouvelables, elles se seront développées mais on s’accorde à penser qu’elles occuperont une place encore limitée à quelques pourcent des consommations totales.
5. Les domaines d’action
Ils nous paraissent être les suivants, pour nous, pays développés :
continuer à travailler sur les transports propres (le développement des piles à combustibles, par exemple, nous paraît prioritaire) ; continuer à développer les énergies renouvelables et les économies d’énergie ; remplacer partout où c’est possible les énergies les plus polluantes, aux réserves les plus limitées et qui contribuent à l’effet de serre (c’est-à-dire les énergies fossiles) par des énergies renouvelables (lorsque c’est possible, mais sans fausses illusions sur leur potentiel limité) ou par des énergies plus propres (nucléaire, aussi respectueux de l’environnement que possible) ; aider les pays en développement à acquérir des moyens propres de production d’énergie en facilitant les prêts et financements ;
"sponsoriser" des régions pauvres pour les amener à se développer par l’éducation et leur permettre d’acquérir les moyens de disposer d’un minimum d’énergie pour décoller ; mettre au point des réacteurs nucléaires plus économiques, plus petits et à sûreté passive, utilisables en particulier pour alimenter en énergie les pays en développement, tels que les réacteurs à haute température qui présentent des caractéristiques intéressantes. Ces réacteurs seront capables de brûler la quasi-totalité de l’uranium naturel ou même du thorium et de fournir l’énergie nécessaire sans aggraver l’effet de serre qui réchauffe la planète. L’énergie est et restera sans doute pour de nombreuses années encore, le moteur de notre civilisation moderne. Il ne faut pas souhaiter ni le gaspillage de l’énergie et l ‘implosion rapide et chaotique de notre société qui pourraient résulter dans quelques années ou décennies de notre voracité actuelle en énergie et de notre manque de prévoyance, ni le retour au Moyen-Age et à l’éclairage à la bougie, mais plutôt l’évolution de nos modes de vie, de pensée et de production d’énergie vers des méthodes et technologies plus propres, plus économes et plus respectueuses de la planète.
Michel Lung et Bruno Comby


















