- Situation actuelle des (…), p1
- USA, p1
- Royaume-Uni, p2
- Russie, p2
- Israël, p2
- Inde, p2
- Pakistan, p3
- Iran et Corée du Nord, p3
- L’avenir des systèmes balistiqu, p4
- La deuxième composante, p4
S’agissant des SNLE et des MSBS, qui restent incontestablement la composante la plus discrète qui soit, il est intéressant de noter que seuls quatre pays dans le monde possèdent toute la compétence pour développer et déployer de manière autonome ce système d’arme complexe : les USA, la Russie, la Chine et la France. Nous pouvons être particulièrement fiers de figurer dans ce petit groupe d’élites, d’autant plus que nous ne possédions aucune expérience en la matière quand il s’est agi de diversifier dès la mise en service du Mirage IV, des trajectoires de pénétration des défenses adverses, en utilisant le domaine du balistique. C’est historiquement, ce qui explique la présence du système SSBS dont nous maîtrisions mieux la technologie et que nous pensions être en mesure de déployer avant la composante sous-marine. En fait nos ingénieurs de la SEREB (Société pour l’Etude et la Réalisation d’Engins Balistiques, qui sera intégrée à l’Aérospatiale lors de la fusion de Nord Aviation et de Sud Aviation en 1971) ont réussi à dominer tous les problèmes liés à la sortie d’eau, mieux et plus rapidement qu’ils ne le pensaient. C’est ainsi que la composante sol-sol s’est installée dans un provisoire qui devait durer presque 30 ans !
L’avenir des systèmes balistiques
Le missile M4, le premier à pouvoir emporter un chargement multiple, arrive aujourd’hui pour tout ce qui concerne la partie haute où se trouvent ses charges militaires, dans sa phase ultime d’évolution et de maturation. Il a connu dans sa prime jeunesse les sous marins dits d’ancienne génération de type Inflexible et a été armé des têtes nucléaires de type 70 puis 71 tout en conservant les mêmes étages propulsifs d’origine. Mais compte tenu de l’évolution des défenses, une nouvelle adaptation du système d’armes de la composante sous-marine a été rendue nécessaire. C’est le missile M45 toujours identique au M4 de base, adapté aux sous-marins de nouvelle génération, Le Triomphant et Le Téméraire, mais avec ses nouvelles têtes de type 75 plus furtives et accompagnées d’aides à la pénétration, qui assure aujourd’hui sa part de permanence à la mer. Un troisième SNLE NG, Le Vigilant, actuellement en cours d’essais préalables à son admission au service actif, prendra la relève d’un sous-marin d’ancienne génération, avec ce même type de missile. Aujourd’hui, cette composante représente plus de 90% de notre capacité globale de dissuasion.
Nous préparons bien entendu l’avenir avec une nouvelle génération de missiles capables de répondre aux exigences qui ont été formulées par le pouvoir politique : tout d’abord accroître la charge utile en masse et en volume ; ensuite, augmenter sensiblement la portée par rapport à celle du M45 ; enfin diminuer les coûts globaux du programme.
La première exigence est fondamentale, car l’arrêt des essais nucléaires dans le Pacifique et le programme de simulation qui doit être mis sur pied pour développer les futures têtes nucléaires, imposent à ces dernières des caractéristiques nouvelles de robustesse, de sécurité et de sûreté. Elles débouchent inéluctablement sur une augmentation sensible des dimensions et masses. Le doublement du volume offert en partie haute règle ce problème qui aurait été insoluble avec les missiles de la génération actuelle.
La deuxième est liée à notre stratégie de dissuasion tous azimuts. La distance entre un point de tir fictif situé à proximité de Brest et les objectifs potentiels fait clairement apparaître que nous devrions posséder un système dont la portée devrait, à terme, aller jusqu’à 11.000 kilomètres. Notons à cet égard, que les quatre autres grandes puissances nucléaires possèdent ou possèderont tous des missiles allant jusqu’à 14.000 kilomètres. Nul ne peut prédire ce que seront les intentions de tel ou tel pays autre à l’horizon du M51, même s’il ne détient aujourd’hui aucune arme balistique. Il n’est pas inutile de signaler que tous ceux qui ont déployé de tels types d’armes, sont également présents dans le domaine des lanceurs spatiaux commerciaux et maîtrisent aussi l’énergie nucléaire civile. Si le besoin s’en faisait sentir, il n’y aurait peut être qu’un petit pas à franchir pour ceux qui pour l’instant ont décidé de se cantonner exclusivement au domaine civil !
La troisième exigence s’attache à une recherche de diminution des coûts qui va de pair avec la diminution régulière des budgets de défense et en particulier de sa part consacrée au nucléaire. Cette recherche, commencée dès le début du programme en jouant sur divers paramètres d’organisation du développement, de technologie voire de performances, a permis de baisser les coûts du M51 de manière sensible par rapport à ceux du programme M4.
Cependant, la diminution des coûts ne se décrète pas de manière arbitraire et unilatérale. Il faut bien peser les conséquences des décisions prises sur les évolutions de financement de telle ou telle prestation, de modification de calendrier du programme, de la suppression d’activités ou d’essais, de vérifications et de contrôles divers. Ceci est aussi vrai pour l’effort constant qu’il est indispensable de consentir dans les études amont nous préparant à affronter les réalités du futur, que pour la conduite du développement d’un programme déjà lancé et bien installé sur ses rails. La probabilité pour que les impasses se paient un jour ou l’autre s’accroît avec le temps et l’ignorance des difficultés techniques potentielles se retrouve inéluctablement. Elles éclatent généralement au grand jour à l’occasion d’un des premiers essais en vol. A titre indicatif, je pense qu’il ne faut pas oublier l’échec du premier tir du lanceur Ariane V à un moment où, rassurés par une confortable série de succès avec Ariane IV, nous estimions posséder la maîtrise totale de l’accès à l’espace. Des dépenses jugées inutiles avaient alors été supprimées. Mais quelles conséquences dramatiques en terme de surcoûts, de retards dans les vols commerciaux et d’image de marque pour toute la communauté spatiale européenne ! Le programme M51, lancé officiellement en 1992, sera opérationnel en 2010 sur le quatrième SNLE, le Terrible. Sa partie haute sera constituée dans un premier temps des TN 75, avec un chargement identique à celui du M45 actuel. Il faudra attendre 2015 pour voir arriver les nouvelles têtes nucléaires TNO (Têtes Nucléaires Océaniques).
La deuxième composante
Pour terminer, j’évoquerai la deuxième composante aéroportée. Elle ne doit être considérée comme une composante complémentaire du système MSBS, venant corriger des insuffisances notoires, mais comme une composante à part entière qui possède des qualités qui lui sont propres. Outre ses capacités de diversification de trajectoire venant compliquer les problèmes posés à toute défense, elle présente un atout politique majeur de " gesticulation " en période de crise, pouvant montrer ainsi une détermination du pouvoir politique par diverses mesures de montée en puissance et de déploiement en s’offrant volontairement et ouvertement aux vues de tous les moyens d’observation. Elle évite aussi de mettre tous " ses œufs dans le même panier ".
Aujourd’hui, après avoir été adapté au Mirage IV P retiré du service en tant que composante pilotée après de longues années de bons et loyaux services qui ont contribué à hisser la France au rang des grandes puissances nucléaires, l’ASMP est emporté par le Mirage 2000 N et le Super-Étendard. Un programme de modernisation a été lancé sur la base d’une amélioration sensible des performances. Le CEA prépare bien entendu une nouvelle tête nucléaire dite TNA. Ce missile sera déployé à partir de 2008 et adapté d’abord au Mirage 2000 N et au Super Étendard, puis au Rafale.

