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A l’aube du XXIème siècle

Les forces nucléaires en présence dans le monde par le Général jean Menu

Situation actuelle des systèmes de défense nucléaires

samedi 4 avril 2009, par Administrateur

Introduction.

La dissuasion nucléaire reste de nos jours et pour longtemps encore, un élément fondamental de notre défense. Le consensus apparent qui l’a accompagnée pendant les années de la guerre froide n’a pas empêché des divergences profondes d’opinions. Il faut en effet reconnaître que l’arme nucléaire a été de tout temps combattue pour des raisons idéologiques du fait même de son caractère terrifiant. Elle l’est encore aujourd’hui et le sera également demain. Mais n’est-ce pas cette vision apocalyptique aperçue à Hiroshima et Nagasaki, qui en fait pour la première fois dans l’histoire des conflits, une véritable arme de dissuasion ?

Sans entrer dans le débat philosophique qui oppose encore les deux camps, on peut tout de même penser qu’elle a été un moteur de stabilité pendant la guerre froide et qu’elle aura encore un rôle de même nature à jouer à une époque où la prolifération galopante des armes de destruction massive porte potentiellement en germe une menace de plus en plus perceptible sur les pays européens en général et la France en particulier.

Je me contenterai donc à ce stade, de brosser d’abord un tableau général de la situation dans le monde puis de présenter les forces nucléaires françaises actuelles, enfin de dégager pour notre pays, les principales tendances pour l’avenir en terme de grands systèmes d’armes dont le déploiement devra répondre aux enjeux posés par notre stratégie de dissuasion nucléaire tous azimuts, telle qu’elle a été définie dans le Livre blanc et réaffirmée dans la dernière loi de programmation militaire.

 Pakistan

Le Pakistan a lui aussi mené à bien ses premiers essais nucléaires en 1998. Son programme balistique s’organise suivant deux filières. La première est celle des missiles à propulsion liquide de la classe Ghauri, un dérivé du missile Nodong nord-coréen. Le Pakistan revendique une portée opérationnelle de 1.500 km pour une charge utile de 700 kg. D’autres évolutions pourraient suivre, avec à chaque fois une augmentation de la portée. La seconde filière est constituée par les missiles à propulsion solide de la classe Shaheen. Elle est le fruit de l’expérience pakistanaise en matière de fusées-sondes et des liens entretenus avec la Chine. Le Shaheen 2, qui a volé pour la première fois en mars 2004 a une portée de 2.500 km.

 Iran et Corée du Nord

Enfin, d’autres puissances se signalent par leur volonté d’accéder à une capacité de dissuasion. Les principales sont l’Iran et la Corée du Nord, mais d’autres pourraient apparaître. L’Iran, dont le programme nucléaire militaire fait l’objet d’une inquiétude croissante de la part de la communauté internationale, dispose de missiles balistiques opérationnels Shahab de 1500 km, qui sont dérivés du Nodong nord-coréen. Des versions améliorées pourraient aller bien au-delà et couvrir l’Europe. La Corée du Nord développe aussi un programme nucléaire et a depuis longtemps la capacité de développer des missiles balistiques : le Nodong mais aussi le Taepodong qui a survolé le Japon en 1998 en sont la preuve. D’autres missiles de plus longue portée sont en développement.

Les cinq grands pays nucléaires ont donc maintenu une politique de dissuasion nucléaire malgré l’effondrement du bloc soviétique et en dépit de toutes les pressions des opposants de toute nature. Deux d’entre eux, les USA et la Russie, restent incontestablement au-dessus des autres en terme de nombre de vecteurs et de têtes nucléaires. La Russie, bien que confrontée à d’immenses difficultés économiques et à ses désordres associés, en particulier pour ses forces conventionnelles, fournit toujours un effort substantiel pour maintenir des systèmes d’armes nucléaires stratégiques en condition opérationnelle, voire pour les moderniser. Trois pays ont conservé une triade, les USA, la Russie et la Chine, alors que la Grande-Bretagne a décidé de faire reposer sa dissuasion nucléaire sur les seuls MSBS (Mer Sol Balistique Stratégique) de fabrication américaine et embarqués sur des SNLE.

La France, quant à elle, a fait un choix intermédiaire, pour des raisons évidentes d’économies mais aussi de bon sens. Elle a décidé de maintenir deux composantes : le MSBS qui reste incontestablement l’épine dorsale de notre dissuasion et l’ASMP (Air Sol Moyenne Portée). Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour rappeler que le SSBS (Sol Sol Balistique Stratégique) a pendant presque 30 ans maintenu une alerte continue sans jamais faillir à sa mission avec un taux de disponibilité remarquable et que sa vulnérabilité supposée était beaucoup plus limitée que certains de ses détracteurs voulaient bien le faire entendre. C’est la raison pour laquelle, hormis l’aspect indiscutable de recherche d’allégement de la pression financière, les études conduites les années précédentes pour adapter un M45 au plateau d’Albion étaient tout à fait fondées.

Nos systèmes ont été développés puis modernisés en prenant en compte les défenses anti-missiles balistiques qui avaient été déployées dans le cadre du traité ABM signé en 1972 entre les USA et l’URSS. Seule cette dernière l’avait mis réellement en application. C’est la raison pour laquelle nous avons dû dimensionner, avec des contre mesures appropriées, notre aptitude à pénétrer ces défenses en intégrant l’efficacité de tous les senseurs adverses auxquels nous étions potentiellement confrontés dans toutes les phases de vol des missiles d’abord, des têtes nucléaires ensuite. D’où la nécessaire obligation de balayer tout le spectre des menaces allant des satellites aux missiles d’interception à très haute et à basse altitude, en passant par les radars de détection lointaine et les radars de conduite de la bataille terminale chargés de guider les intercepteurs vers les têtes nucléaires. Cette bataille titanesque devait bien entendu s’appuyer sur des systèmes de commandement, de contrôle et de communication très performants, sans lesquels il serait illusoire de bâtir une défense contre les missiles balistiques digne de ce nom.

Si le contexte budgétaire a été favorable dans la phase de montée en puissance de la force de dissuasion nucléaire, puisque la part du titre V consacré au nucléaire s’éleva à un peu plus de 33% dans les années 70, force est de constater, depuis, une diminution constante de l’effort financier qui a conduit à descendre sous la barre des 20 %. Il est en outre intéressant de noter que, si des intentions louables étaient affichées dans les lois de programmation militaires - même votées sous des sensibilités politiques très différentes - en revanche, sous la pression de Bercy, ces intentions ne se sont pas concrétisées dans les lois de finances votées annuellement et moins encore dans de leur exécution.

Les systèmes nucléaires, à l’instar de ce qui se passe pour les programmes conventionnels, s’inscrivent sur le long terme. Les choix d’aujourd’hui engagent un futur à moyen et long terme, sur des hypothèses d’évolutions géostratégiques qu’il n’est pas toujours facile d’appréhender. L’effondrement du Pacte de Varsovie est à cet égard révélateur d’un manque de visibilité même à court terme.

Il faut en moyenne une dizaine d’années pour développer un système d’armes complexe appelé à rester en service entre 25 et 30 ans. Il est donc impératif de donner à ces systèmes toute la souplesse et la capacité d’évolution et donc d’adaptation aux menaces auxquelles il devra faire face dans le demi-siècle qui suit une décision de lancement.

C’est ce qui a été régulièrement appliqué au nucléaire. Globalement, les porteurs des armes évoluent moins rapidement que ces dernières. Ce fut vrai d’abord pour les Mirage IV A et IV P armés successivement de l’AN22 puis de l’ASMP, ensuite des diverses générations de missiles balistiques à partir de 1971 avec les SSBS puis des MSBS du M1 au M20 et plus tard avec le M4 en particulier dans lesquels se sont succédées trois générations de têtes nucléaires de plus en plus performantes en terme de portée, de puissance et de furtivité, alors que les étages des missiles ne subissaient aucune modification majeure.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD