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A l’aube du XXIème siècle

Les forces nucléaires en présence dans le monde par le Général jean Menu

Situation actuelle des systèmes de défense nucléaires

samedi 4 avril 2009, par Administrateur

Introduction.

La dissuasion nucléaire reste de nos jours et pour longtemps encore, un élément fondamental de notre défense. Le consensus apparent qui l’a accompagnée pendant les années de la guerre froide n’a pas empêché des divergences profondes d’opinions. Il faut en effet reconnaître que l’arme nucléaire a été de tout temps combattue pour des raisons idéologiques du fait même de son caractère terrifiant. Elle l’est encore aujourd’hui et le sera également demain. Mais n’est-ce pas cette vision apocalyptique aperçue à Hiroshima et Nagasaki, qui en fait pour la première fois dans l’histoire des conflits, une véritable arme de dissuasion ?

Sans entrer dans le débat philosophique qui oppose encore les deux camps, on peut tout de même penser qu’elle a été un moteur de stabilité pendant la guerre froide et qu’elle aura encore un rôle de même nature à jouer à une époque où la prolifération galopante des armes de destruction massive porte potentiellement en germe une menace de plus en plus perceptible sur les pays européens en général et la France en particulier.

Je me contenterai donc à ce stade, de brosser d’abord un tableau général de la situation dans le monde puis de présenter les forces nucléaires françaises actuelles, enfin de dégager pour notre pays, les principales tendances pour l’avenir en terme de grands systèmes d’armes dont le déploiement devra répondre aux enjeux posés par notre stratégie de dissuasion nucléaire tous azimuts, telle qu’elle a été définie dans le Livre blanc et réaffirmée dans la dernière loi de programmation militaire.

 Situation actuelle des systèmes nucléaires

Il est utile de situer nos propres forces nucléaires dans le concert des autres pays dotés de tels moyens, afin de mieux appréhender la situation que nous serons susceptibles de rencontrer dans les 20 à 30 à venir. Près de quinze ans après la fin de la guerre froide, le monde bipolaire dominé par la course aux armements nucléaires s’est sensiblement transformé et les cinq puissances nucléaires officielles se trouvent à présent dans un contexte orienté et conditionné par plusieurs facteurs majeurs :

Le premier est celui des traités de réduction des armements,

Le second est celui des restrictions budgétaires : aux Etats-Unis, le budget du nucléaire militaire a été divisé par trois entre 1990 et 1999. En Russie, la crise économique perdure.

Le troisième résulte de l’éclatement de l’URSS et de ses conséquences sur le tissu industriel, en particulier dans le domaine des engins balistiques.

Enfin le dernier est l’émergence d’une part de l’Inde et du Pakistan comme des pays à capacité nucléaire, suite aux essais menés en 1998. Ces deux nouvelles puissances nucléaires développent à la fois les charges nucléaires et les vecteurs associés dont les portées pourront un jour être qualifiées d’intercontinentales. Leurs doctrines sont en cours d’élaboration avec des niveaux de maturité peut-être différents mais avec une volonté bien réelle. Le Pakistan semble plus préoccupé par son proche voisin. En revanche l’Inde vise de toute évidence à mettre en œuvre à terme une politique de dissuasion plus globale qui s’applique aussi à la Chine. De l’autre, la capacité d’Israël ne fait plus de doute et les efforts de l’Iran et de la Corée du Nord dans leur volonté d’accéder à l’arme nucléaire sont préoccupants

Du côté des deux superpuissances nucléaires que sont toujours les Etats-Unis et la Russie, l’évolution de leur FNS est régie, sur le plan quantitatif, par les traités de réduction des armements. Le traité START 1, signé en 1991 a permis de faire passer en l’espace de 10 ans le nombre de têtes nucléaires stratégiques de chacune des deux parties de 10.000 à 6.000. Le traité START 2 a été abandonné, mais il a été remplacé par le traité de Moscou, signé en mai 2002. Il vise à réduire d’ici 2012 ces deux arsenaux à une valeur comprise entre 1700 et 2200 TN (sans doute 2200 pour les Etats-Unis et 1700 pour la Russie).

Cependant, sur le plan qualitatif, des programmes d’amélioration et de modernisation ont été initiés depuis plusieurs années.

 USA

Du côté américain, les événements clés qui ont dicté la réorientation des forces stratégiques ont été successivement la Revue de la Posture Nucléaire, dite NPR, en 2001 puis la dénonciation du traité ABM antimissiles en juin 2002. La NPR a formulé une nouvelle conception de la dissuasion américaine qui comporte désormais : Tout d’abord des forces offensives stratégiques, aussi bien nucléaires que non-nucléaires,

Ensuite, des défenses antimissiles, matérialisées par le programme Missile Defense, dont les premiers intercepteurs sont opérationnels depuis septembre de cette année,

Enfin, un tissu industriel réactif.

C’est pourquoi les forces stratégiques américaines sont actuellement en pleine évolution. La portion nucléaire continuera de s’appuyer sur ses 14 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ,équipés du Trident 2 de 12.000 km de portée. Cette composante constitue le cœur de la dissuasion américaine. De plus, un programme d’extension de vie des Trident est déjà lancé et la production de 115 missiles supplémentaires est prévue entre 2008 et 2013. Les sous-marins actuels resteront en service jusqu’en 2042.

La composante sol-sol, constituée de 500 Minuteman 3, bénéficie elle aussi d’un programme de modernisation de 6 milliards de $ afin d’étendre leur durée de vie jusqu’en 2020. Pendant ce temps, le développement d’un nouveau missile balistique (le Minuteman Elite) s’amorce en vue d’un déploiement qui débutera en 2018.

Signalons que des études d’amélioration de la précision des missiles balistiques sont en cours pour leur permettre d’emporter des têtes non nucléaires, ce qui les rendra capables de frapper en 30 minutes un objectif avec une précision de l’ordre du mètre, sans pour autant avoir recours au feu nucléaire.

Les bombardiers actuels sont des B-52H et des B-2 équipés d’un nombre limité de bombes et de missiles de croisière nucléaires. Un programme d’étude vise à développer une nouvelle génération. Le début des travaux est prévu en 2013 pour une mise en service en 2037.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD