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Défense nationale

La simulation des armes nucléaires, par le Contre Amiral Michel Picard

Conseiller Militaire du Directeur des Applications Militaires du Commissariat à l’Energie Atomique

samedi 4 avril 2009, par Administrateur

Introduction.

La responsabilité essentielle du Directeur des Applications Militaires du CEA est de garantir à l’autorité politique que les armes de la dissuasion ont le niveau de fiabilité et de sûreté qu’elle en attend.

Pour les programmes d’armes en service - TN 75 pour la composante océanique et TN 81 pour la composante aéroportée - cette garantie était obtenue par les essais nucléaires, expériences démonstratives en vraie grandeur.

Toutefois, en particulier en raison de l’évolution naturelle des matériaux nucléaires qui les composent ces armes vieillissent, ce qui conduit à en limiter volontairement la durée de vie à une vingtaine d’années. Cette limitation, définie par l’état actuel de nos connaissances, conditionne les échéances de renouvellement.

Une première solution aurait pu être une refabrication à l’identique. Mais, au-delà des évolutions technologiques qui interviendront inévitablement dans les processus de fabrications, les paramètres de fonctionnement peuvent subir des écarts dont l’innocuité sur le fonctionnement de l’arme étaient, par le passé, validés dans leur globalité par les essais nucléaires.

La pratique de ces essais étant maintenant exclue, il est devenu impératif de bâtir une stratégie alternative pour garantir la sûreté et le fonctionnement. Trois éléments composent cette stratégie :

· le concept des charges robustes, basé sur un fonctionnement peu sensible aux variations technologiques. Ce concept a été testé lors de l’ultime campagne d’essais ;

· la validation des écarts dus à la « militarisation » de la charge nucléaire ou susceptible d’apparaître au cours de la vie opérationnelle de l’arme ;

· la certification obligatoire des équipes qui auront à évaluer les conséquences de ces écarts sur le fonctionnement ou la sûreté de l’arme pendant toute sa durée de vie. Ces nouvelles équipes n’auront pas connu les essais nucléaires et seront formées à l’aide d’expériences réalisées sur les installations du programme Simulation et de réinterprétations des tirs passés. Elles devront obligatoirement être évaluées par des experts ayant préparé et réalisé des essais nucléaires. Un tel passage de relais entre générations conditionne le calendrier de réalisation du programme Simulation.

La simulation consiste à reproduire par le calcul les différentes phases du fonctionnement d’un système et, dans le cas qui nous concerne, celui d’une arme nucléaire. Les résultats de ce calcul, pour être totalement fiables, doivent être validés par des expériences. Afin d’atteindre cet objectif, le programme Simulation a été construit autour de trois volets.

· La physique

Valider numériquement chaque étape de ce fonctionnement nécessite, d’abord, de mettre au point des modèles physiques prédictifs. En effet, pour les essais nucléaires, l’utilisation de modèles physiques empiriques suffisait souvent à restituer le résultat d’un essai, la « validation » de ce modèle étant assurée dans l’essai suivant. En l’absence d’essais, il est impératif d’accéder à une modélisation fine de tous les phénomènes mis en jeu afin d’en évaluer précisément les conséquences. La mise au point de cette modélisation est un travail très important qui a débuté en 1995.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD