A défaut les Européens continueront à se disperser au plus grand profit des industriels américains (ex : JSF).
Les européens au lieu de reproduire un modèle de consolidation importé des Etats-Unis, devraient davantage chercher à développer des coopérations européennes reposant sur l’optimisation de leurs compétences respectives, seul moyen d’être compétitifs à l’échelon mondial tout en préservant les intérêts nationaux.
Ainsi, dans le domaine de l’aviation de combat la situation présente où l’Europe a trois avions de combat avec le Rafale que la France développe seule, l’EF-2000 développé par 4 pays n’ayant pas désigné de maître d’œuvre responsable du programme et le Grippen développé par les suédois en coopération avec les Etats-Unis n’est plus reproductible à l’avenir.
La coopération sous le mode de l’expérience l’EF-2000, constitue selon nous un "business model" à ne pas renouveler : responsabilité étatique et industrielle éclatée et décalage calendaire pour des raisons budgétaires et techniques.
Le schéma de coopération adopté par les états européens dont les industriels sont engagés dans l’EF-2000 a eu pour finalité d’acquérir sur fonds public des technologies critiques au domaine aérien que les industriels ne maîtrisaient pas afin de renforcer le socle technologique de chaque partenaire.
Le bilan est désormais connu : au lieu d’optimiser la coopération et la dépense en fonction des compétences de chacun, ce schéma de coopération a conduit à fusionner les incompétences de tous et je le dis sans aucune forme d’arrogance, en entraînant des surcoûts substantiels pour un produit qui ne cesse d’être handicaper par des problèmes techniques :
- Coût de développement EF-2000/Rafale : 21,6G€ / 7,2G€
- Coût budgétaire par avion EF-2000/Rafale : 146 M€ / 89M€
Je voudrais que l’on me comprenne bien, cet échec technique et financier ne doit pourtant pas conduire à renoncer à toutes formes de coopération. Cet état des lieux que je viens de dresser devant vous m’amène à dire qu’il est indispensable tant au plan politique qu’industriel de tirer les leçons du passé et de faire en sorte de construire des schémas de coopération innovants qui soient effiaces et des logiques institutionnelles qui soient protectrices des intérêts européens.
Alors que tous les Etats et industriels européens étaient confrontés à la question du maintien des compétences dans ce secteur, la France en 2003 sous l’impulsion du Ministre de la défense, a pris une initiative majeure en annonçant qu’elle lançait un démonstrateur technologique d’avion de combat non piloté "UCAV-nEUROn" sous maîtrise d’œuvre Dassault Aviation
Ce projet obéit à un double objectif jugé par le Ministre français de la Défense comme stratégique pour l’avenir de ce secteur en Europe :
- Il constitue une étape importante pour maintenir et développer la maîtrise des technologies critiques au domaine de l’aviation de combat en Europe et contribue à combler le vide jusqu’au lancement du prochain programme vers 2020 /25.
- Il doit être le laboratoire d’une coopération européenne innovante reposant sur des complémentarités de compétences entre les industriels associés au démonstrateur.
Le ministère de la Défense a souhaité se démarquer des méthodes antérieures en lançant une initiative française, ouverte à la coopération européenne et qui réunirait autour d’un maître d’œuvre reconnu et accepté pour son savoir faire, des industriels européens soutenus, financièrement par leur Etat.
Il est essentiel, en effet, si l’on souhaite construire une Europe de l’Armement véritablement compétitive, que chaque pays accepte là où il n’a pas les compétences requises de s’en remettre au leadership d’industriels d’autres pays européens qui disposent eux du savoir-faire critique nécessaire à la réalisation de systèmes d’armes compétitifs afin de ne pas renouveler les erreurs du passé.
Cela implique aussi que le maître d’œuvre reconnaisse qu’il ne peut plus tout faire et qu’il accepte de renoncer à certaines de ces compétences qui seront dévolues à ses partenaires. Ce qui en retour suppose un engagement politique fiable sur l’effort financier qui sera consenti par les états pour que cette coopération ne se traduise pas par des disparitions de compétences chez certains industriels faute de soutien étatique. Ainsi seulement on créera de l’interdépendance.
La Suède, l’Italie, la Grèce, l’Espagne et la Suisse se sont joints à ce projet. Il faut noter qu’en moins de deux ans l’ensemble des acteurs industriels et étatiques de 6 pays européens ont réussi à se mettre d’accord et à dégager les moyens nécessaires au lancement de ce démonstrateur. Ceci constitue un signe très encourageant pour l’avenir.
Cette approche innovante et pragmatique doit permettre à terme de concevoir de meilleurs produits aux meilleurs coûts. L’ambition commune est que le consortium ainsi constitué préfigure une nouvelle méthodologie dans le domaine des coopérations applicables aux avions de combat futurs.
Pour conclure,
Dans un contexte marqué par de fortes incertitudes, tant sur la réalité de l’ambition des Etats européens en matière de défense, que sur le maintien de notre propre effort, il faut souhaiter je crois, qu’en France nous soyons d’abord et tout simplement pragmatiques.
Soyons enfin des pragmatiques de la construction européenne et de l’Europe de la défense et soyons-le sans angélisme, nos partenaires ne défendent eux que leurs intérêts. Ne perdons jamais de vue que les avancées européennes ne doivent pas être des sacrifices français mais comme je l’ai indiqué ils doivent résulter d’une ambition partagée. Neuron constitue à ce titre l’illustration qu’une coopération européenne peut-être tout à la fois française et européenne.
Oui à des coopérations
- quand elles se traduisent par des complémentarités de compétences,
- quand elles répondent à des besoins clairement identifiés,
- quand elles reposent sur des engagements clairs des Etats.
Nous croyons en de nouveaux modèles de coopération qui feront plutôt appels à des formes de coopération flexibles, à géométrie variable, afin d’utiliser les meilleurs compétences disponibles et qui pourront se reconfigurer en permanence en fonction des opportunités de marché, de la volonté et des moyens des différents Etats européens.
C’est ainsi en étant innovant et flexible que l’industrie aéronautique et de défense française et européenne sera un des moteurs de l’économie au XXIième siècle.
Les outils de cette flexibilité existent, ils commencent à irriguer le monde industriel :
- ce sont les outils logiciels et tous les moyens de télécommunication qui peuvent y être associés. Ils vont modifier profondément notre paysage industriel.
Il faut qu’en parallèle les Etats européens prennent conscience de cette menace de sénescence qui pèse sur leur industrie aéronautique et de défense, et qu’ils consentent les efforts nécessaires, s’ils veulent peser sur les affaires du monde d’un poids conforme à leur histoire et à leurs ambitions tant il est vrai qu’il n’y a pas de diplomatie crédible qui ne s’appuie sur un outil de défense efficace qui en soit le garant.
Mesdames et messieurs je vous remercie de votre attention et je suis prêts à répondre à vos questions.

