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L’EXPLOSION DEMOGRAPHIQUE

France et évolution du monde par Alain Faure-Dufourmantelle

REJET DU MATERIALISME

samedi 4 avril 2009, par Administrateur

Introduction.

Notre époque est couramment jugée sur la base de progrès techniques apportant aux conditions de vie des hommes des améliorations remarquables. L’importance prise par ces aspects matériels bienvenus au niveau des masses qui en bénéficient a permis au philosophe américain Francis Fukuyama d’écrire que nous sommes arrivés à ’’La fin de l’histoire". Une telle conclusion ignore les enseignements que l’on doit tirer de l’histoire. Le présent article vise à rétablir un plus grand réalisme dans la vue à avoir de l’évolution du monde, de ses dangers, et du rôle positif que la France pourrait y tenir.

Le plan de l’article est inversé par rapport à l’ordre des mots du titre. L’analyse des grands traits de l’évolution du monde doit évidemment précéder une déduction du rôle que notre pays pourrait être appelé à y jouer, rôle dont l’importance démontrée en conclusion de l’article justifie de placer le nom de la France en tête du titre. Il ne saurait évidemment être question de tenter de prédire des événements majeurs à venir tels que le conflit qui a éclaté entre les États-Unis et l’Irak. Mais alors qu’une telle tentative ne pourrait reposer que sur des hypothèses pleine d’aléas il est par contre possible de discerner dans l’évolution du monde des facteurs de conflits qui pourraient prendre place dans l’histoire future comme étant des conséquences inéluctables de la nature humaine. C’est en effet la nature de l’homme qui détient les clés de l’histoire de l’humanité Trois siècles avant que n’éclate la Seconde Guerre Mondiale, qui fut effectivement mondiale alors que la première a peu mérité ce qualificatif, le philosophe anglais Thomas Hobbes rappelait le jugement de Plaute selon qui l’homme est un loup pour l’homme’’ et affirmait que la nature humaine conduit à ’’la guerre de tous contre tous". Les événements qui se déroulent au Proche Orient confirment l’exactitude du jugement de Hobbes et l’immuabilité de la nature de l’homme. En ayant toujours cette pensée présente à l’esprit voyons quels sont les grands traits de l’évolution du monde.

Plus d’un lecteur aura jugé que cette analyse de l’évolution du monde est exagérément intellectuelle et manque par là de réalisme. La réponse à cette objection a déjà été donnée par deux personnalités dont la profondeur de jugement a été confirmée par l’histoire. Le premier fut le général de Gaulle, président de la République, qui déclara le 25 mars 1959 dans une conférence de presse : ’’En notre temps la seule querelle qui vaille est celle de l’homme. C’est l’homme qu’il s’agit de sauver". Quarante-deux ans plus tard, le 13 janvier 2001, le pape Jean- Paul II déclarait dans son discours de vœux aux ambassadeurs du corps diplomatique auprès du Vatican :"Sauvons l’homme ! Sauvons le tous ensemble ! ’’. Il ressort de ces appels que la pensée de ces deux parfaits connaisseurs de l’homme, de sa nature, de son âme, et de son histoire, est que ce qui a assuré sa grandeur par rapport aux autres créatures, l’intelligence et la spiritualité, est sur la voie d’une dégénérescence conduisant à un retour triomphant de son animalité, donc à sa chute. Telle était la vision de Nietzsche, décédé en 1900, lorsqu’il écrivait : ’’Ce que je raconte, c’est l’histoire des deux siècles qui vont venir. Je raconte ce qui va venir, ce qui ne peut pas ne pas venir, l’avènement du nihilisme. . . Toute notre civilisation européenne s’achemine de décade en décade vers la catastrophe, d’un mouvement inquiet, irrésistible, de plus en plus rapide, comme un fleuve qui court vers son terme, qui ne réfléchit plus, qui aurait peur de réfléchir". [7] Nombreux sont les signes qui indiquent que notre civilisation suit la pente destructrice prophétisée par Nietzsche, rejoint ultérieurement par Paul Valéry écrivant ’’Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles’’ [8]. Dès lors, l’objectif primordial de la politique est de défendre les valeurs qui avaient assuré la formation et l’essor de notre civilisation. Nous avons vu que le danger majeur qui la menace naît de la montée d’un matérialisme qui a déjà entraîné la révolte extrémiste de fanatiques d’une religion.

L’échelle stratégique à laquelle se place le concept de cette défense nous vient tout droit de l’histoire elle réunit de manière évidente un ensemble à la fois européen et méditerranéen dont les ascendances de natures culturelle politique et spirituelle sont héritées d’Athènes, Rome, Jérusalem, et Byzance, c’est-à-dire de la Méditerranée. Toute stratégie de défense exige que ses objectifs sur un très long terme soient définis avec précision afin que les actions à entreprendre en soient clairement déduites. Dans le cas présent nous avons vu que deux camps se forment, 1’un deux conduisant à l’effacement de ce qui a établi la supériorité de l’humain sur l’animal. De ce fait la défense de la dignité de l’homme devient l’objectif primordial à atteindre ; elle demande alors que s’allient tous ceux qui y sont attachés soit par spontanéité religieuse soit par réflexion philosophique. Ont donc à se rejoindre dans ce camp de l’idéal humaniste dont la dimension est universelle les fidèles des trois religions monothéistes et les libres esprits indépendants des rituels religieux comme le sont, entre autres, les membres des obédiences maçonniques [9].

Dès lors l’importance du rôle de la France, qui fut la fille aînée de l’Eglise et la patrie des Lumières, devient évidente. Puissance européenne et méditerranéenne, avec l’Espagne et l’envie qui ont logiquement vocation à s’associer avec elle, ayant des liens très étroits avec la plupart des populations de l’autre rive, même si ses liens avec l’Egypte sont anciens, disposant d’un organisme de concertation avec les fidèles de l’islam et ayant intelligemment su préserver une précieuse liberté de conscience durant l’agression américaine contre l’Irak, la France peut efficacement consacrer une grande part de ses efforts à un rapprochement et à une entente entre les différents courants spirituels des habitants de l’immense communauté euroméditerranéenne à laquelle se rattache aussi le Moyen Orient.

Ainsi se trouverait entendue et accomplie de manière positive la mise en garde inquiète du grand intellectuel, artiste, et homme d’action, au rayonnement mondial, André Malraux qui déclara dans la ligne de pensée du général de Gaulle et en anticipation sur celle du pape Jean-Paul II : ’’Le vingt et unième siècle sera spirituel ou ne sera passé. [10]

    • Le colonel (h) Alain Faure-Dufourmantelle est l’auteur de ’’L’Europe d’œdipe. Des guerres civiles en perspectives, paru au moment où éclatait la crise du Kosovo, couronné en 2001 par l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Dernier ouvrage publié : ’’Dieu maudira-t-il l’Amérique ?’’, préfacé comme le précédent par le général P-M Gallois ; ouvrage dont le dernier chapitre, ’’Demain, crépuscule ou aube d’une civilisations, est précisément consacré à l’avenir des relations à établir avec l’islam pour sauver notre civilisation.

Note : Faure-Dufourmantelle est le nom d’auteur employé par le colonel (h) Alain Faure, ancien officier de l’armée de l’air, pour signer ses articles et ses livres.

Texte publié par ’’Défense Nationale’’ de janvier 2005.


Notes

[7] Extrait de L’histoire de la littérature allemande (de. 1157 de l’histoire des littératures. La Pléiade. 1968.

[8] ’’Regards sur le monde actuelle. Gallimard 1988.

[9] A l’occasion de l’inauguration du salon du livre maçonnique le Grand Maître de la Grande Loge de France a publié un article évoquant la réponse apportée par la franc-maçonnerie au ’’besoin de spiritualité’’ (article paru dans le Figaro du 15 octobre 2004).

[10] André Malraux aurait dit ’’Le XXlème siècle sera religieux ou ne sera passé ; phrase contestée et remplacée par ’’Le XXlème siècle sera spirituel ou ne sera pas". Aucune trace de l’une ou de l’autre phrase ne peut actuellement être trouvée.

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Responsable éditorial : Jacques MYARD