L’EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE
Nous allons d’abord nous intéresser à l’événement le plus remarquable de l’histoire de l’humanité événement dont la durée s’est principalement étalée sur celle du vingtième siècle et dont le terme n’est pas encore clairement perçu. Cet événement est évidemment ce que l’on a appelé Ajuste titre l’explosion démographique. Le tableau ci-dessous en rappelle les caractéristiques en milliards d’habitants. On notera que le premier grand accroissement de la population du monde, 1 milliard d’habitants, s’est étalé sur 650 années puis que les 50 premières années du vingtième siècle ont suffi pour le même accroissement et enfin que les 50 années suivantes ont vu une augmentation trois fois et demi plus forte. Le qualificatif d’explosion est d’autant plus justifié que le peuplement humain de la terre en l’an zéro de l’ère historique est estimé à simplement 0,25 milliard d’habitants. [1]
| ANNEE | 1350 | 1900 | 1950 | 2000 |
| POPULATION | 0,5 | 1,5 | 2,5 | 6,0 |
DESEQUILIBRES
L’appellation d’explosion démographique a été ultérieurement complétée par celle de révolution démographique car la caractéristique dominante de la transformation du peuplement humain de la terre a été et reste son hétérogénéité économique. Les écarts de richesse qui ont existé de tout temps entre les peuples se sont souvent aggravés au 51 des décennies de l’ère industrielle et ont conduit à introduire une distinction entre d’une part des pays dits développés (PD) et d’autre part des pays dits en voie de développement (PVD) dont le niveau de création de richesse par habitant était très inférieur à celui des pays développés.
L’expression de Tiers Monde désigna couramment les PVD durant la période de guerre froide qui opposa le monde occidental au monde d’obédience soviétique. La localisation particulière de ces deux ensembles de pays avait également permis de se référer à un regroupement géographique simple pour les désigner : les PD étant le plus souvent situés dans la partie nord du monde alors que les PVD se trouvaient le plus souvent dans sa partie sud. Mettant en relief les sentiments de frustration et de revendication qu’ils attribuaient aux PVD les médias n’hésitèrent d’ailleurs pas à broder sur le thème d’un antagonisme entre les pays du Sud et ceux du Nord. Une question se présente logiquement : les écarts de richesse par habitant atteignaient-ils réellement un niveau tel qu’un facteur de revendications pût être attribué aux PVD et considéré comme un futur ferment d’agressivité à l’égard des PD ? Nous simplifierons la réponse à cette interrogation en prenant comme exemple type le cas des États-Unis et du Mexique qui ont plus de 3000 kilomètres de frontière commune : en 2001 le produit national brut par habitant (PNB/H) des États-Unis atteignait 34 300 dollars alors qu’à 8 200 dollars celui du Mexique était en gros quatre fois moins élevé [2]. Si l’on considère le cas de l’Europe on constate que le PNB/H de ses pays riverains de la Méditerranée est généralement quatre fois plus élevé que celui des pays riverains du sud de cette mer. Une conséquence logique de ces déséquilibres est la formation de denses courants d’émigration des pays du Sud vers ceux du Nord. Notons que l’évolution démographique du monde telle qu’elle est prévue tend à encore accroître le poids relatif des PVD. Trois pourcentages l’explicitent : en l’an 1950 les PVD représentaient 68% de la population mondiale, en l’an 2000 ce pourcentage était passé à 80% et les prévisions pour l’an 2025 le placent à 85%. Il serait téméraire d’essayer d’évaluer l’effet que ce déséquilibre massif pourra avoir sur les relations internationales ; on doit cependant penser qu’il ajoutera des requêtes variées aux principales considérations politiques, économiques, et également psychologiques, qui déterminent les politiques étrangères.
BASES DES POLITIQUES
Les regards que les chroniqueurs jettent sur le siècle qui vient de commencer négligent couramment les enseignements de l’histoire et se limitent habituellement à des appréciations de pure circonstance reposant sur des idées simplificatrices qui dispensent de chercher à - percevoir les courants profonds de l’évolution du monde. Or, rien, absolument rien, ne permet de croire que le XXIème siècle pourrait être différent des vingt siècles qui l’ont précédé et en particulier de ce XXème siècle qui fut celui des plus massives tragédies humaines. Une phrase prémonitoire figurait dans l’avant-propos du livre ’’Le fi1 de l’épée’’ que le colonel de Gaulle publiait en 1932 : d’où voit-on que les passions et les intérêts d’où sortent les conflits armés taisent leurs exigences. . . que les hommes enfin cessent d’être des hommes ?". Un an plus tard Adolf Hitler accédait au pouvoir en Allemagne et mettait en application une politique de revanche sur la défaite de son pays en 1918, politique qui aboutirait, sept ans seulement après la prévision du colonel de Gaulle, au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale. Ce jugement garde une validité sans faille. Il a reçu une confirmation éclatante à l’occasion de l’attaque américaine contre l’Irak, attaque qui a été publiquement déclarée ’’illégale’’ par le secrétaire général de l’ONU et qui a donc été officiellement définie comme une agression dont il n’est pas niable qu’elle était déterminée par des considérations d’intérêts économiques et stratégiques de très haut niveau et non par les raisons de défense alléguées pour la justifier.


