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La montée en puissance de la Chine

Les enjeux chinois par Jean-Pierre Lafon

Ancien Ambassadeur de France en Chine

jeudi 2 avril 2009, par Administrateur

Introduction.

Quelques caractéristiques de la Chine.

1. La Chine est le pays le plus peuplé de la terre avec 1,3 milliard d’habitants, ce chiffre pourrait monter jusqu’à 1,45 milliard pour ensuite décroître.

2. Selon le mot du Général de Gaulle lors de la reconnaissance de la République populaire de Chine, c’est un pays plus ancien que l’Histoire. Cette grande nation a été la première puissance du monde jusqu’au 19ème siècle, tant d’un point de vue démographique qu’économique. Elle a été l’équivalent de l’Empire romain.

3. Une culture philosophique originale datant du Vème et IVème siècles avant JC : le confucianisme qui enseigne l’harmonie –notamment dans les rapports sociaux–, le taoïsme qui se veut proche de la nature. Lao Tseu disait : « La faiblesse l’emporte sur la force, la souplesse sur la dureté… ».

Pour comprendre la Chine, il faut se souvenir de ces préceptes qui au Vème siècle avant JC font dire à Sun Tse dans l’Art de la Guerre « N’engagez pas le combat si vous n’êtes pas dans une situation favorable, commencez par modifier la situation… ».

 I- La montée en puissance de la Chine.

Etonnamment, cela ne fait que 5 ou 6 ans que les Français ont pris conscience du développement de la Chine. Or, depuis 25 ans, elle connaît un taux de croissance évoluant entre 8 et 12% par an.

Cette lente prise en compte est à mettre au compte de la mauvaise image de la Chine dans les médias, notamment en matière de droits de l’Homme - image ternie avec Tien An men, puis par la crise asiatique, et par l’épidémie du SRAS. En dépit des prévisions catastrophiques du « [The] coming collapse of China », ouvrage écrit par un chinois, Gordon Chang, la Chine est toujours repartie.

Longtemps, on a écrit que la Chine ne se développerait que sur la côte. Or le développement irrigue en fait tout le territoire : à l’intérieur, dans le Sichuan (Chengdu)- dans le Sinkiang etc. On constate un développement généralisé qui s’appuie, entre autres, sur un réseau d’infrastructures : le téléphone mobile est partout, les aéroports sont neufs. A titre d’exemple, la ville de Lhassa est quadrillée en fibre optique depuis près de quatre ans. Cependant, il persiste des différences dans le rythme de développement.

1. Un développement original

a. Il repose sur les investissements étrangers et d’abord de Hong Kong (avant le rattachement) puis de Taiwan.

Ensuite, ceux des autres Etats asiatiques : le Japon, Singapour et la Corée. Enfin, ce sont des investissements occidentaux, américains et européens.

Cette politique remonte à Deng Xiaoping avec les zones économiques spéciales dont la première est celle de Chen Zen : en 1979, cette région était constituée de rizières, alors qu’aujourd’hui plus de 4 millions d’habitants la peuple. A l’image de ce qui se fait en Occident, on y trouve désormais des laboratoires de haute technologie.

En 2005, les investissements étrangers en Chine ont représenté 60 milliards de $, ce qui en fait le premier territoire d’accueil, soit à l’époque 10 fois plus que l’Inde.

b. La Chine a joué également sur l’attirance de son marché : c’est un marché qui fait rêver toutes les entreprises occidentales et celles de Taiwan.

Or, pour accéder au marché chinois les autorités ont ces exigences :

  • 1. il faut investir en Chine,
  • 2. il faut faire des usines de fabrication et non plus seulement d’assemblage,
  • 3. il faut investir dans la recherche,
  • 4. il faut faire de l’exportation à partir de la Chine en dehors.

Il existe une politique stratégique qui vise à faire de la Chine un Etat non seulement au niveau de ses concurrents, mais aussi un pays d’exportation.

Par exemple dans le secteur automobile, les Chinois mettent en concurrence les Allemands, les Français et les Américains avec General Motors avec des exigences très poussées afin de devenir demain eux-mêmes producteurs. c. Enfin l’abondance de sa main d’œuvre, son coût peu élevé du fait des réserves démographiques provenant des zones rurales et la qualification croissante de cette main d’œuvre.

  • L’essentiel des exportations de la Chine proviennent des entreprises étrangères qui ont investi en Chine

Les Chinois ont constitué grâce à ces investissements un lobby prochinois formidable. On le voit au Congrès américain lorsque les lobbies font pression pour faire obstacle à l’élévation de barrières à l’entrée de produits chinois. Les meilleurs défenseurs de la Chine ce sont les grandes entreprises américaines qui ont investi en Chine.

Ainsi ils ont remis en œuvre la stratégie de Sun Tse, ils ont réussi à modifier la situation sans que l’on s’en aperçoive et gagné le combat avant même de l’avoir engagé.

  • Le développement original de la Chine se traduit également par son pari dans l’OMC : elle s’est engagée à baisser ses barrières tarifaires et non tarifaires après avoir acquis les méthodes de gestion occidentales !

2. Les fragilités de ce développement.

  • la croissance chinoise dépend beaucoup des exportations vers des Etats-Unis et vers l’Union européenne, cette dernière étant le 1er marché pour la Chine. Une attitude qui élèverait des barrières protectionnistes vis-à-vis de la Chine risquerait de menacer la croissance chinoise. Mais cela aurait également des conséquences sur le renchérissement de nos produits de consommation !
  • il leur faut garder un levier sur l’autre La Chine a accumulé vis-à-vis des Etats-Unis les premières réserves de $ du monde. Chaque année, ces réserves de devises, notamment de $ augmentent, aussi la Chine aurait-elle les moyens de perturber le taux du $ si elle le souhaitait. Le but de la Chine est clairement d’acquérir le niveau économique, technique, scientifique des grandes puissances occidentales et ainsi de redevenir la première puissance économique du monde, les XIXème et XXème siècles constituant une parenthèse aberrante dans son histoire millénaire.

 II- Conséquences de cette montée en puissance économique de la Chine.

C’est un phénomène que l’on ne peut pas comparer avec le Japon compte tenu de la masse de la Chine.

1. Conséquences intérieures : bouleversements de la société chinoise

Cette montée en puissance économique modifie la société chinoise. Clairement, si le développement chinois s’arrête, demain c’est le chaos économique. La société chinoise actuelle est à 65% agricole. On va passer à une société où la population agricole sera minoritaire.

Dans les grandes villes chinoises, 110 à 120 millions de travailleurs (mingongs) sont dans une situation de précaires. Ils travaillent au jour le jour. Si l’explosion sociale ne se produit pas, c’est parce qu’ils ont l’espoir, grâce à la croissance, que leurs enfants soient dans une situation meilleure.

La Chine qui connaît depuis 25 ans sans interruption entre 8 et 11% de croissance annuelle a toujours craint le chaos qui a marqué certaines périodes de son histoire. C’est pour cela qu’elle reste un Etat autoritaire, sans être toutefois totalitaire car cela serait incompatible avec une croissance à plus de 10%.

Les décisions en Chine sont très décentralisées au niveau des provinces, des municipalités. Il n’y a pas de contrôle totalitaire possible. Des évaluations sont faites régulièrement pour voir si ces provinces concourent au développement de la Chine et surtout pour endiguer le phénomène de la corruption.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD