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Constitution européenne

Au secours de la diplomatie française, par François Renouard

Ministre plénipotentiaire (h), Ancien Directeur des Archives diplomatiques

jeudi 2 avril 2009, par Administrateur (Date de rédaction antérieure : 1er juillet 2004).

Introduction.

Notre pays ne fait plus que commémorer, sans comprendre le sens de son passé et en ayant perdu celui de son avenir.

A-t-on oublié que l’indépendance est consubstantielle à la France et qu’il n’y a pas de France si elle n’est pas maîtresse de sa destinée et affranchie de toute suzeraineté ?

Bouvines (affirmation de l’indépendance de la France face à l’Empire et à l’Angleterre) et Agnani (affirmation de l’indépendance de la France face à la papauté) ont donné la ligne de la diplomatie que, depuis sept siècles, la nation la plus ancienne du monde occidental a menée opiniâtrement, malgré bien des traverses, jusqu’à ces dernières décennies.

C’est pourquoi tout au cours de sa longue et exceptionnelle histoire la France n’a pas connu de gouvernants qui acceptaient ou même revendiquaient sa vassalisation sinon celui dont on a commémoré récemment la liquidation…et encore la France n’était-elle pas à Vichy - mais bien à Londres et Alger où brûlait la flamme de sa liberté !

Et voilà que le ministre français des Affaires Etrangères déclare solennellement, le 25 août 2004, à l’ensemble des représentants de la France à l’étranger que l’Union européenne " est désormais le cadre naturel et démultiplicateur de notre influence ", qu’elle " doit prendre, va prendre, toute sa place sur la scène internationale " et, qu’au demeurant, " il y va de l’influence de notre pays, la France n’étant pas forte quand elle est solitaire "…

Ces propos - évidemment prononcés dans la perspective du référendum sur le " Traité constitutionnel " où, parmi les dispositions clés, se trouvent l’affirmation de la personnalité juridique propre de l’Union européenne et la nomination d’un ministre européen des Affaires Etrangères - mettent fin en filigrane mais de manière directe et non équivoque à l’autonomie de la diplomatie française. Ils touchent donc à mort l’identité française. Telle a bien été l’interprétation donnée au discours du chef de la diplomatie française par l’ensemble des chancelleries et des journalistes étrangers, ébahis ou ravis, tout comme par la presse française elle-même, comme toujours béate ou atone.

* * *

Ainsi est officiellement confirmée la démission de ceux qui auraient pourtant comme unique tâche, comme seul objectif, de raffermir le capital intellectuel et moral, la puissance économique, la force militaire, l’influence linguistique et l’ensemble des éléments qui permettaient à la République d’offrir espoir et fraternité à ses enfants tout autant que d’affirmer avec force et crédibilité ses idéaux dans le concert des nations.

Ainsi est relancé chez les citoyens, non encore anesthésiés par trente années de matraquage médiatique et de terrorisme intellectuel, le sentiment de l’extrême urgence du redressement national devant le péril mortel encouru par la patrie et que chacun ne peut plus feindre d’ignorer face à la dégradation rapide de la situation internationale de notre pays, reflet de l’étrange langueur qui l’a saisi dès lors justement qu’on lui retirait peu à peu la maîtrise propre de ses décisions dans les domaines économiques puis proprement politiques.

Qui peut nier, en effet, que la fuite en avant dans la création d’une organisation européenne intégrant tous les éléments qu’avait formellement rejetés le Général de Gaulle au moment où il permettait l’entrée en vigueur du Traité de Rome ( élection de l’Assemblée parlementaire au suffrage universel ; décisions prises à la majorité ; Commission considérée comme un exécutif ayant droit de légation actif et passif, etc. ) et formellement dotée de pouvoirs constitutifs d’une confédération, elle-même élargie sans mesure et dont les peuples aux intérêts nationaux divergents n’ont aucune identité commune (abandon de la souveraineté monétaire, de la politique du change et des taux d’intérêts, de la liberté budgétaire, de la capacité à planifier une politique industrielle et économique, de la politique du contrôle des mouvements migratoires, etc.), qui peut nier que cette fuite en avant n’a pas permis d’empêcher - contrairement aux affirmations péremptoires de ses partisans ! - la dégradation de la situation matérielle de la nation par rapport à ses partenaires et concurrents ( chômage - baisse relative du PIB par habitant, etc.) et a avivé le malaise moral de nos concitoyens qui, tout en sacrifiant les générations futures à leur relatif bien-être, sentent, dans leur tréfonds, avec mauvaise conscience, les coups portés à leur patrie et à son autonomie d’action ?

Qui, à l’inverse, ne voit et s’en réjouit, la fierté et l’unanimité retrouvées dans les moments où la France fait preuve de sa traditionnelle liberté d’allure que ce soit pour ce qui touche à la politique à mener en Irak et au Moyen-Orient ou pour ce qui a trait à ses conceptions propres de l’homme et des rapports entre l’Etat et les religions ?


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