C’est pourquoi tout au cours de sa longue et exceptionnelle histoire la France n’a pas connu de gouvernants qui acceptaient ou même revendiquaient sa vassalisation sinon celui dont on a commémoré récemment la liquidation…et encore la France n’était-elle pas à Vichy - mais bien à Londres et Alger où brûlait la flamme de sa liberté !
Et voilà que le ministre français des Affaires Etrangères déclare solennellement, le 25 août 2004, à l’ensemble des représentants de la France à l’étranger que l’Union européenne " est désormais le cadre naturel et démultiplicateur de notre influence ", qu’elle " doit prendre, va prendre, toute sa place sur la scène internationale " et, qu’au demeurant, " il y va de l’influence de notre pays, la France n’étant pas forte quand elle est solitaire "…
Ces propos - évidemment prononcés dans la perspective du référendum sur le " Traité constitutionnel " où, parmi les dispositions clés, se trouvent l’affirmation de la personnalité juridique propre de l’Union européenne et la nomination d’un ministre européen des Affaires Etrangères - mettent fin en filigrane mais de manière directe et non équivoque à l’autonomie de la diplomatie française. Ils touchent donc à mort l’identité française. Telle a bien été l’interprétation donnée au discours du chef de la diplomatie française par l’ensemble des chancelleries et des journalistes étrangers, ébahis ou ravis, tout comme par la presse française elle-même, comme toujours béate ou atone.
Ainsi est officiellement confirmée la démission de ceux qui auraient pourtant comme unique tâche, comme seul objectif, de raffermir le capital intellectuel et moral, la puissance économique, la force militaire, l’influence linguistique et l’ensemble des éléments qui permettaient à la République d’offrir espoir et fraternité à ses enfants tout autant que d’affirmer avec force et crédibilité ses idéaux dans le concert des nations.
Ainsi est relancé chez les citoyens, non encore anesthésiés par trente années de matraquage médiatique et de terrorisme intellectuel, le sentiment de l’extrême urgence du redressement national devant le péril mortel encouru par la patrie et que chacun ne peut plus feindre d’ignorer face à la dégradation rapide de la situation internationale de notre pays, reflet de l’étrange langueur qui l’a saisi dès lors justement qu’on lui retirait peu à peu la maîtrise propre de ses décisions dans les domaines économiques puis proprement politiques.
Qui, à l’inverse, ne voit et s’en réjouit, la fierté et l’unanimité retrouvées dans les moments où la France fait preuve de sa traditionnelle liberté d’allure que ce soit pour ce qui touche à la politique à mener en Irak et au Moyen-Orient ou pour ce qui a trait à ses conceptions propres de l’homme et des rapports entre l’Etat et les religions ?

