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La stratégie arabe du refus

Problème palestinien, ou problème arabe ? par Francis Grimal

La « mollesse » des Européens

jeudi 2 avril 2009, par Administrateur

Introduction.

« Les Etats-Unis sont jugés responsables de l’impunité internationale dont jouit Israël » ; cette phrase apparue dans la presse est en cohérence avec une certaine pensée répandue dans les médias français.

A l’approche du 60è anniversaire de la création par l’ONU d’un Etat juif, on constate que la situation au Proche-Orient ne cesse de se dégrader (évènements récents au Liban et à Gaza).

Il apparaît opportun de présenter un point de vue sur le problème palestinien en « rupture » avec la pensée habituelle.

 1 Court rappel historique

Le propos n’est pas de détailler ici l’histoire de la Palestine, depuis le royaume juif dans l’antiquité, en passant par les empires romain et byzantin, la conquête arabe, le royaume chrétien de Jérusalem, l’empire ottoman, et la montée du sionisme au 19è siècle.

Commençons en 1917 quand Arthur Balfour [1] propose la création d’un foyer national juif en Palestine. Celle-ci passe en 1922 sous mandat britannique et il y encourage l’immigration qui s’accélère, occasionnant des troubles graves [2]. Après le drame de l’Holocauste, il apparaît légitime que l’humanité s’efforce de créer un Etat juif, et qu’il soit établi en Palestine plutôt qu’à Madagascar, en Ouganda, au Birobidjan ou dans n’importe quelle autre région du globe. Les Juifs accentuent leur immigration mais, cette fois-ci, contre la volonté des Britanniques [3]. En novembre 1947, l’ONU adopte un plan de partage, décision considérée comme injuste par les Arabes occupant les lieux et qu’ils refusent. La violence s’installe.

Le 14 mai 1948 l’Etat d’Israël est proclamé et les Britanniques évacuent le pays. Il s’ensuit une période de combats, d’exactions, d’actions de terrorisme des 2 bords [4] et l’entrée en guerre des Etats arabes. Ils sont battus et les Israéliens en profitent pour se doter de frontières élargies (77% de la Palestine), plus faciles à défendre que celles du premier découpage (55%).

Lors de cette guerre de 1947-1948, 800 000 arabes quittent leur terre et se réfugient dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, ou dans les autres Etats arabes (ils seraient 4 millions aujourd’hui). Environ 160 000 arabes restent sur place et deviennent des Arabes israéliens (ils sont 1 400 000 aujourd’hui). On estime à 600 000 le nombre des Juifs qui ont du fuir les Etats arabes au cours des 20 années suivantes. Ensuite, se succèdent : guerre du Sinaï en 1956, guerre des 6 jours en 1967 avec la conquête du reste de la Palestine, déclenchement puis expansion de terrorisme arabe, guerre du Kippour en 1973, voyage d’Anouar el Sadate à Jérusalem en 1977, invasion du Sud Liban en 1982, Intifada en 1987, accords d’Oslo en 1993, nouvelle Intifada en 2000, « feuille de route », victoire du Hamas aux élections en 2006, attaque du Hezbollah, combats Hamas-Fatah en 2007 ….

Malgré cela, les Israéliens ont construit un Etat moderne, peuplé aujourd’hui de 7 millions d’habitants.

 2 Les drames démographiques survenus depuis 1945

Ils sont hélas très nombreux :

  • 1945-46, 15 millions d’allemands et d’habitants d’Europe centrale expulsés des Sudètes, de Poméranie, de Silésie, de Prusse orientale, d’Autriche, de Hongrie, de Roumanie, du Danemark.
  • 1947 Partition de l’Union Indienne avec 10 millions d’indiens quittant le Pakistan nouvellement créé et 7,5 de musulmans le rejoignant.
  • 1949 2 millions de chinois se réfugient à Taiwan.
  • 1950 Nombreux réfugiés [5] fuyant la Corée du Nord vers le sud.
  • 1954 Nombreux réfugiés fuyant le Nord-Vietnam vers le sud.
  • 1953-1961 2,6 millions d’allemands fuient l’Est par Berlin-Ouest.
  • 1956 200 000 Hongrois fuient leur pays.
  • 1959 La Chine envahit le Tibet et serait responsable depuis cette date de 1,2 million de morts. 130 000 tibétains sont actuellement réfugiés à l’étranger. 1962 Un million de Pieds-noirs fuient l’Algérie et se réfugient en France, certains en Israël.

Années 1950-60 Quelques centaines de milliers d’européens (Français, Portugais, Belges, Britanniques, Néerlandais) expulsés des colonies d’Asie, puis d’Afrique [6].

1972 50 000 indiens expulsés d’Ouganda.

1975 1,5 million de réfugiés du Vietnam, Cambodge et Laos arrivés à l’étranger [7]

A ce stade de l’énumération, 1945 est vieux de 30 ans. Mais, poursuivons-la.

1979-1990 Invasion soviétique et guerre en Afghanistan. 3 millions de réfugiés en Iran et au Pakistan.

1991 Expulsion de 400 000 palestiniens du Koweït.

Depuis 1995 ; centaines de milliers les Nord-coréens réfugiés en Chine pour cause de famine.

1999 Timor occidental : 280 000 personnes réfugiées ou déplacées du Timor oriental.

1991-2000 ex-Yougoslavie : 5 millions de déplacés temporaires. Il reste 700 000 réfugiés serbes en Serbie.

2005 Sud Soudan, on estime à 3 millions le nombre de personnes déplacées et 600 000 celui des réfugiés en Ouganda, Ethiopie, Congo et Kenya.

2007 Darfour : on estime à 2,5 millions le nombre de personnes déplacées, dont 230000 au Tchad, (et à 200000 le nombre de morts).

Le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU mentionne également des centaines de milliers de réfugiés pour cause de guerre ou de famine au Sierra Leone, au Mozambique, au Libéria, au Malawi, au Rwanda…, et il estime aujourd’hui à 21 millions, le nombre des réfugiés dans le monde. Ainsi, depuis 1945, notre planète a assisté à des déplacements, expulsions ou fuites dramatiques de population sur trois de ses continents. Le nombre des personnes déplacées a été supérieur à 100 millions. Dans de nombreux cas, cet exode a été précédé ou accompagné de massacres volontaires, puis de famines.

Alors, pourquoi cette énumération d’évènements tragiques.

  • pour rappeler que le drame démographique palestinien n’a aucunement été une exception : la guerre de 1947-48, pour avoir été sanglante, n’a aucunement atteint les niveaux de férocité et de pertes en vie humaines atteints en Asie lors d’invasions communistes (Corée, Chine, Tibet, Viêt-Nam, Cambodge), ou en Afrique lors de guerres civiles (Ethiopie, Ruanda, Soudan) ;
  • pour souligner qu’après environ 3 décennies, dans la plupart des cas, le problème a été partiellement résolu, malgré les souffrances, les injustices et les longues périodes de désespoir, par l’installation du peuple déplacé dans des pays voisins, avec leur aide, leur générosité et une forte aide internationale, ainsi qu’une certaine émigration vers d’autres pays, souvent occidentaux. La cohabitation sur un même territoire des populations qui se haïssent depuis des décennies, le retour de la population émigrée en récupérant ses droits et ses propriétés, idées généreuses, se sont révélés utopiques. Les cas où des réfugiés ont pu être ramenés sur leur territoire d’origine avec l’appui du HCR et des ONG ont été rares et précaires, subordonnés à la bonne volonté aléatoire des nouvelles autorités en place.

Qu’il y ait eu de graves injustices est évident. Mais en général, pour la génération suivante, la vie a pu recommencer.

Alors, pourquoi le problème palestinien dure- t’il depuis 60 ans et en quoi est-il différent des autres ?

Proposons quelques éléments de réponse.


Notes

[1] Premier Ministre Britannique de 1902 à 1905, Ministre des affaires étrangères de 1916 à 1922.

[2] « Grande révolte arabe » 1935-39, et attentats juifs.

[3] Épopée de l’Exodus

[4] Dont les actions de l’Irgoun et du groupe Stern : massacre de Deir Yassin, assassinat du comte Bernadotte, médiateur de l’ONU.

[5] Nombre de réfugiés, et nombre de morts non disponibles

[6] Statistiques non disponibles.

[7] Mais combien morts en route et en particulier en Mer de Chine ?

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Responsable éditorial : Jacques MYARD