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Compte rendu de l’audition de François Asselineau par le CNR

Les quatre clés de l’intelligence économique par François Asselineau

François Asselineau a été nommé Délégué général à l’Intelligence économique à Bercy

vendredi 27 mars 2009, par Administrateur

Avant-Propos

François Asselineau a été nommé Délégué général à l’Intelligence économique à Bercy le 12 octobre 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre d’Etat, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Il est venu devant le Cercle Nation et République le 26 avril 2006 afin de présenter les objectifs fixés à la Délégation Générale à l’Intelligence économique ainsi que ses principes d’action. Toutefois, cette Délégation générale à l’Intelligence économique a été supprimée par M. Thierry Breton quelques semaines après cette présentation, le 29 mai 2006. L’exposé qui suit n’a donc plus qu’une valeur rétrospective et sa conclusion acquiert une étrange résonance.

 III Anticiper

Le 3ème stade du travail de l’intelligence économique consiste à bâtir des hypothèses prospectives à partir du décryptage effectué au 2ème stade.

La prospective est évidemment une opération délicate, mais son caractère aléatoire peut être limité :

  • d’une part si elle s’effectue sur la base d’une « intelligence » préalable solide (cf. 2ème stade) ;
  • d’autre part si elle est très régulièrement confrontée à l’évolution des faits et des événements, selon une démarche itérative de validation ou de réfutation des hypothèses de travail.

L’analyse prospective nécessite de sortir des cadres mentaux habituels. Or notre cadre mental est borné 1°) par l’implicite et et 2°) par l’impensable. Pour faire de la prospective, nous devons donc commencer par remettre en cause l’implicite et l’impensable.

A quoi est dû l’implicite ?

1) à l’accoutumance à des faits et à des préjugés (« J’ai toujours fait, pensé, comme ça »)

2) à la mauvaise compréhension (« J’avais compris ça »)

3) à l’indifférence (« Je ne m’intéresse pas à ça »)

4) à une insuffisance d’information (« Je ne savais pas ça », « vous ne m’aviez pas dit ça »)

A quoi est dû l’impensable ?

4) à la mauvaise information ou la désinformation (« On m’avait pourtant dit ça »)

5) à l’intimidation (« Je n’ai pas le droit de penser ça »)

6) au manque d’imagination (« Je n’aurais jamais imaginé ça »)

1°) La remise en cause de l’implicite passe par 4 processus d’hygiène intellectuelle :

a) - Contrer l’accoutumance :

La question fondamentale à se poser est : Ai-je raison de faire toujours comme ça ?

b) - Contrer la mauvaise compréhension

La question fondamentale à se poser est : Ai-je vraiment parfaitement bien compris ?

c - Contrer l’indifférence

La question fondamentale à se poser est : Ne serait-il pas utile que je m’intéresse quand même à ça ?

d) - Contrer l’insuffisance d’information

La question fondamentale à se poser est : Quels sont les éléments que je ne connais pas ?

2°) La remise en cause de l’impensable passe par 3 processus d’hygiène intellectuelle :

a) - Repérer la mauvaise information et la désinformation :

La question fondamentale à se poser est : Suis-je certain que mes informations sont exactes et objectives ?

b) - Contrer l’intimidation

La question fondamentale à se poser est : Ne trouverais-je pas la solution si je pensais quand même autrement ?

c) - Contrer le manque d’imagination

La question fondamentale à se poser est : Et si les événements ne se passaient pas comme tout le monde le dit ?

Pour exercer notre imagination tout en la disciplinant, il faut avoir à l’esprit que le futur entretient un rapport particulier avec le Temps et l’Histoire. Pour tenter de l’anticiper avec la meilleure chance de probabilité, il faut donc éviter 3 pièges :

    • 1er piège : penser le futur comme le prolongement du passé sans modification.
    • 2ème piège : "faire du passé table rase" ; c’est l’inverse du risque précédent.
    • 3ème piège : succomber au verre grossissant de l’actualité.

3°) Borner les remises en cause par les résultats de « l’Intelligence »

La remise en cause de l’implicite et de l’impensable, si elle est absolument nécessaire pour faire de la prospective, doit cependant être disciplinée, sauf à déboucher sur un foisonnement inexploitable de scénarios les plus saugrenus et les plus improbables. Pour garder à la prospective un bon degré de réalisme et de probabilité, cette remise en cause doit donc être encadrée, au vu :

  • des forces et des faiblesses et des constantes à évolutions lentes qui ont été passées au crible lors du décryptage : structure anthropologique, démographie, histoire lente, facteur religieux, linguistique, traditions culturelles, intérêts géopolitiques, etc.
  • des faits porteurs d’avenir ou des signaux faibles repérés.

Ainsi disciplinée, la démarche prospective doit permettre d’aboutir à l’énoncé des scénarios les plus probables pour décrypter :

  • quelle est la stratégie probable de mes concurrents ?
  • quels instruments tactiques sont-ils susceptibles d’utiliser pour conduire cette stratégie ?

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Responsable éditorial : Jacques MYARD