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Compte rendu de l’audition de François Asselineau par le CNR

Les quatre clés de l’intelligence économique par François Asselineau

François Asselineau a été nommé Délégué général à l’Intelligence économique à Bercy

vendredi 27 mars 2009, par Administrateur

Avant-Propos

François Asselineau a été nommé Délégué général à l’Intelligence économique à Bercy le 12 octobre 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre d’Etat, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Il est venu devant le Cercle Nation et République le 26 avril 2006 afin de présenter les objectifs fixés à la Délégation Générale à l’Intelligence économique ainsi que ses principes d’action. Toutefois, cette Délégation générale à l’Intelligence économique a été supprimée par M. Thierry Breton quelques semaines après cette présentation, le 29 mai 2006. L’exposé qui suit n’a donc plus qu’une valeur rétrospective et sa conclusion acquiert une étrange résonance.

 Introduction.

L’Intelligence économique (IE) est un concept polysémique et donc assez flou. Pour tenter d’y voir clair, nous pouvons le synthétiser en affirmant que l’intelligence économique consiste, pour l’entité qui la conduit, à analyser et à anticiper toutes les menaces qui pèsent ou qui peuvent peser sur elle, puis à prendre toutes les mesures défensives et offensives pour contrecarrer ces menaces.

Cette activité de suivi de la concurrence n’est pas nouvelle dans son principe. Elle est même vieille comme le monde. Mais elle est aussi singulièrement moderne dans ses modalités d’exécution :

  • d’une part parce que l’on assiste, depuis une vingtaine d’années, à une véritable explosion des « coups bas » et des manœuvres en tout genre dans la guerre économique qui fait rage. Cette évolution est elle-même corrélée à l’accroissement continuel de la sphère des activités marchandes, à la déréglementation mondiale des échanges de marchandises, de services et de capitaux (politique délibérée en dépit de son appellation de « mondialisation inévitable »), et à la perte d’un certain nombre de valeurs traditionnelles, dans la vie politique comme dans la vie des affaires.
  • d’autre part parce que l’on constate un développement fulgurant des moyens techniques et conceptuels qui donnent à cette guerre économique une acuité nouvelle. L’informatique, l’accroissement exponentiel du volume d’informations disponibles, notamment sur Internet, le progrès des sciences cognitives, permettent ainsi de développer des attaques d’un genre nouveau. Par exemple :
    • les attaques informatiques,
    • la multiplication des prises de contrôle inamicales,
    • la recherche d’informations de façon automatisée (moteurs de recherche spécifiques sur Internet) ou par des voies détournées (par des agents de sociétés de gardiennage ou de nettoyage par exemple),
    • l’orchestration de campagnes de dénigrement ou la systématisation de la désinformation. Des entreprises dites de « public relations » ou de « lobbying » sont devenues expertes dans cette guerre informationnelle et dans l’orchestration de la désinformation. Il suffit de se rappeler l’affaire du benzène prétendument trouvé dans les bouteilles de Perrier aux Etats-Unis, affaire montée de toutes pièces mais qui aurait pu être fatale à l’entreprise.

L’intelligence économique est donc une discipline nouvelle qui consiste à repérer toutes ces menaces proliférantes et à les contrecarrer, voire à en lancer pour son propre compte contre des concurrents indélicats.

Cette discipline est d’ores et déjà mise en œuvre, et depuis plusieurs années, par la plupart des grandes entreprises françaises. Mais quelques affaires qui ont défrayé la chronique (notamment le rachat de Gemplus par le fonds d’investissement américain TPG) ont conduit les pouvoirs publics, sous la pression de l’opinion, à annoncer en 2003 le lancement d’une politique publique de l’intelligence économique.

Cette annonce a entraîné une certaine confusion dans les esprits. Car, chose étonnante, la France est un pays où l’on semble considérer que l’intelligence économique est une discipline qui ne concernerait que les entreprises. A la différence de ce que l’on observe aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, au Royaume-Uni, etc., personne ne semble songer que l’Etat devrait d’abord en faire pour son propre compte avant de prétendre en faire pour le compte des entreprises.

Dès lors, l’Etat ne dispose pour lui-même, ni de cette vision stratégique, ni de cette détection systématisée des menaces, ni de cette réactivité qui constituent le cœur de l’intelligence économique… et qu’il invite les entreprises à adopter sans tarder !

Aussi ne faut-il pas s’étonner du constat dressé par le Rapport Carayon sur l’intelligence économique transmis au Premier ministre en 2003 et qui recommandait avant toute chose de « partir à la recherche de l’Etat-stratège ». Le meilleur service que l’on puisse rendre aux entreprises serait bien que l’Etat, justement, dispose d’une stratégie visant à les défendre et à protéger nos emplois.

Prenons-en pour exemple la situation des entreprises textiles françaises qui ferment les unes après les autres. La question stratégique à se poser est : comment en est-on arrivé là, c’est-à-dire à la destruction de ce qui restait de l’industrie textile française ? Qui, quand, comment, pourquoi et avec quelles contreparties a-t-on supprimé les derniers quotas sur le textile qui nous protégeaient de la déferlante chinoise ? Poser ces questions, c’est inévitablement s’intéresser au processus de prise de décision au sein des institutions européennes, étudier les oppositions d’intérêts entre les Etats-membres, le jeu trouble des lobbys et les options personnelles des différents commissaires européens.

Un tel examen au microscope de l’ensemble du processus de décision ne permettrait sans doute pas de rétablir une situation passablement compromise. Mais au moins aurait-elle le mérite insigne de pointer tous les dysfonctionnements internes de l’Etat, qui ont souvent pour effet que les gouvernements « laissent faire » des décisions plutôt qu’ils ne les prennent délibérément, sans avoir toutes les données du problème en mains. Or cette absence de vraie réflexion stratégique dans la prise de décisions peut conduire les pouvoirs publics à découvrir brutalement, plusieurs mois ou plusieurs années après, qu’elles créent un problème politique et social de toute première importance.

Un autre exemple est celui de la directive européenne dite Bolkestein. Si les responsables politiques français n’avaient pas réagi lors de son adoption par la Commission européenne il y a deux ans, c’est bien parce qu’aucune administration ne les avait dûment mis en garde sur les conséquences économiques très concrètes de ce texte et sur le problème majeur d’acceptabilité sociale qu’il risquait de poser.

C’est au vu de ces constats de carence que fut créée la Délégation Générale à l’Intelligence économique en octobre 2004. Car, jusqu’à cette création, le ministre de l’Economie et des Finances ne disposait pas d’une structure capable de faire de l’intelligence économique pour le compte de l’Etat. L’idée à la base de la création de la DGIE est donc que le ministre dispose d’une sorte de « think-tank », certes très discret, mais ayant une totale liberté d’action et de réflexion pour rechercher des informations, établir des scénarios, décrypter les stratégies adverses, même si cela doit déboucher sur des analyses et des mises en garde éventuellement contraires aux idées habituellement admises, voire politiquement incorrectes.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD