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Compte rendu de l’audition d’Alain Juillet

L’Intelligence économique par Alain Juillet

Haut responsable en charge de l’intelligence économique auprès du secrétaire général de la défense nationale

jeudi 26 mars 2009, par Administrateur

Introduction.

Alain Juillet 63 ans, diplômé du Centre de perfectionnement des affaires (CPA) et de la Stanford Business School (Etats-Unis). Auditeur à l’Institut des hautes études de défense nationale (1987) et à l’Institut des hautes études de sécurité intérieure (1990). Jusqu’en 2001, occupe différents postes de direction au sein de grands groupes industriels. 2002 : directeur du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Depuis décembre 2003, haut responsable en charge de l’intelligence économique auprès du Premier ministre.

 1 Rappel géopolitique

L’intelligence économique n’est pas un phénomène nouveau mais va occuper une position essentielle en ce début du XXIème siècle. Loin d’être uniforme tel que Fukuyama ou Huntington ont pu l’imaginer, le monde se divise en blocs structurés qui vont défendre leurs intérêts économiques avec acharnement.

Depuis 500 ans, l’Occident - à savoir l’Europe et ce qui deviendra les Etats-Unis -, a imposé ses idéaux et procédé à une véritable prise de contrôle du monde qui lui a permis de développer considérablement son niveau de vie.

A cette quinzaine de pays occidentaux qui en ont été les bénéficiaires s’ajoutent près de 200 autres qui désormais entendent prendre leur part du gâteau. Tous les pays veulent profiter de la croissance mondiale en utilisant leurs propres capacités. Or, l’Occident a formé les élites de ces nouveaux Etats qui sont à même de gérer et développer leurs entreprises. L’Occident n’ayant plus de possibilité de surprise, il va falloir se différencier et capitaliser autour de ses propres atouts.

Ainsi, des grappes formées de pays regroupés autour d’un pays leader se constituent en blocs. Aujourd’hui, quelques grands groupes de pays émergent autour de la Russie, de l’Inde, de la Chine, de l’Europe, de l’Amérique du Nord, du Brésil et d’autres vont y arriver comme l’Afrique du Sud et l’Indonésie.

Ces groupes de pays avec leurs caractéristiques spécifiques vont capitaliser sur leurs points forts, et tirer profit de leurs capacités. La possession et l’utilisation des matières premières est un de leurs atouts. Un autre réside dans leur main d’œuvre dont le coût est généralement beaucoup plus bas dans les zones émergentes. Il faudra compter des dizaines d’années avant que leur coût de main d’œuvre s’aligne sur le nôtre. De même, ces pays jouent sur leur capacité de copie de nos produits, puisqu’ils manquent encore de certaines technologies. Le jeu en valant largement la chandelle, ces pays ne respectent sciemment pas les règles.

Pour autant, la guerre n’est pas perdue si l’on admet que face à une concurrence qui s’annonce acharnée, il faudra à chaque fois apporter un plus pour se créer un avantage concurrentiel. L’époque où la croissance mondiale de 10% était à partager entre 10 ou 20 pays est révolue puisque nous sommes face à une exigence de partage de la croissance entre 200 pays. A ce stade on ne se bat plus pour avoir une part du surplus mais pour défendre ce que l’on possède.

Nous devons considérer la mondialisation comme offrant des opportunités formidables. Pour cela, il nous faut identifier ces opportunités, adapter nos produits et nos services, puis les livrer dans un délai réduit car il existe une véritable prime au premier arrivant sur le marché.

La France qui est la 5ème puissance mondiale est riche et constitue elle-même pour ses concurrents une opportunité. La France doit donc miser sur l’innovation et la recherche, accepter de se remettre en cause en permanence, s’informer de tout ce qui se fait et se passe ailleurs.

Cette analyse est communément partagée avec nos partenaires européens et plus largement occidentaux : l’intelligence économique est la seule réponse au défi de la guerre économique totale.

Pour cela, il faut maîtriser l’ensemble du cycle de l’information qu’il faut ensuite traiter efficacement afin de développer des stratégies.

Parallèlement, il faut être en mesure de se protéger, or, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), qui donnent accès à l’information, sont très vulnérables.

 2 Rôle de la connaissance

C’est l’inégal accès à l’information qui départage désormais de façon pertinente la ligne entre les personnes, tout comme le XXème siècle se scindait entre riches et pauvres. Aujourd’hui, les vrais pauvres sont ceux qui n’ont pas accès à la connaissance, ce que l’on constate dès l’école entre les enfants qui ont accès à l’Internet pour préparer leurs devoirs et les autres. Nous sommes sortis de l’ère de l’offre et de la demande, le marketing pratiqué par tous a montré ses limites, seul l’avantage concurrentiel fait sens. Or, cet avantage concurrentiel s’obtient par la connaissance.

Aussi faut-il donner aux entreprises les éléments dont elles ont besoin pour faire la course en tête, même si au niveau de la politique publique, l’Etat n’a pas à se substituer aux entreprises.

 3 Les temps de l’intelligence économique

A. Pour les entreprises

  • a) Les grandes entreprises du CAC 40 ont peu besoin de l’Etat et savent faire de l’intelligence économique, étant confrontées depuis longtemps déjà à une économie mondiale hyperconcurrentielle. Si ce n’est pas déjà fait, les 1500 grandes entreprises y viendront !
  • b) Les 189000 PME de 20 à 200 personnes vont prendre la mondialisation de plein fouet, aussi le rôle de l’intelligence économique est-il majeur : cela passe par la formation dans les écoles, par la formation continue.

L’Etat a identifié 15 secteurs stratégiques dans des technologies clé. Des contacts ont été établis avec les PME qui relèvent des 15 secteurs stratégiques pour les aider tant en France qu’à l’étranger.

B. La France fait partie de la zone européenne, zone la plus libérale du monde : il faut instituer le concept du « combat à armes égales ».

  • a) Le droit de réciprocité doit être exigé, les affaires Novartis/Suisse ; Alcatel/Lucent ; Mittal/Arcelor l’ont prouvé. Le réel déséquilibre entre les pays européens et le reste du monde doit être corrigé.
  • b) La lutte contre la corruption, louable en soi bien sûr, nous place en situation de désavantage face aux Etats qui ne se sont pas engagés à lutter contre ce fléau. En effet, seulement 38 pays de l’OCDE ont signé une convention pour lutter contre la corruption. Quid des 142 autres pays dans le monde ? Dans ces conditions, il ne faut pas s’interroger longtemps pour comprendre pourquoi la France ou l’Allemagne perdent de nombreux contrats à l’étranger…qu’ils n’auraient pas dû perdre ! En faisant trop bien, on finit par s’assassiner.

Il est temps de regarder ce qui se passe ailleurs : sans être le gendarme du monde, il faut être dans la moyenne du monde dans le traitement réservé aux entreprises.

 Conclusion : l’intelligence économique est une chance

En effet, en matière de technologies de l’information et de la communication, les Français sont à la pointe, au point que le monde entier cherche à nous acheter nos petites entreprises de recherche et débaucher nos chercheurs. La France est également en pointe pour ce qui concerne la linguistique, domaine de recherche indispensable dans la conquête des marchés de demain. Enfin, la France a été un des premiers pays à se mobiliser pour l’intelligence économique.

Il va falloir poursuivre ce travail de développement des outils de l’intelligence économique ; veiller à ce que le combat soit égal, et enfin sensibiliser l’ensemble des Français à cet enjeu majeur qu’est l’intelligence économique.


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