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l’Europe s’est jetée , tête baissée , dans l’imbroglio yougoslave

Europe puissance ou Europe vassale, par Gabriel Robin

OTAN / PESC

mercredi 25 mars 2009, par Administrateur

Introduction.

La Constitution européenne est peut-être toute neuve ; l’Europe dont elle se veut le couronnement ne l’est pas . Voici bientôt quinze ans que , de traité en traité , de Maastricht à Amsterdam et de Nice à Rome , ses bâtisseurs sont à l’ouvrage . De ses deux piliers , l’euro et la P.E.S.C. , (politique étrangère et de sécurité commune) l’un est en place depuis sept ans , l’autre a plus de dix ans d’âge .

On n’est donc pas obligé de croire les partisans sur parole comme au temps de Maastricht ; on peut juger sur pièces et méditer sur un bilan au lieu de rêver sur un projet .

Pour l’euro , les choses sont claires ; on les a sous les yeux : les Banquiers de Francfort y ont gagné les pleins pouvoirs sans partage ni responsabilité ; l’Europe , pour sa part , n’y a gagné que d’être lanterne rouge mondiale de la croissance et ruban bleu du chômage .

Pour la P.E.S.C. , le bilan n’est pas moins décevant mais il est plus facile à maquiller ; aussi mérïte-t-il quelques éclaircissements .

Tout a commencé par une erreur , ou un mensonge . Pour la première fois dans l’Histoire . à Maastricht , des hommes se sont cru le pouvoir d’ ’’instituer’’ une politique étrangère par traité d’un trait de plume . Ignorance ou présomption , ils ont pensé donner corps à une idée et n’ont réussi qu’à habiller un fantôme .

C’est au nom de ce fantôme , pourtant, que l’Europe s’est jetée , tête baissée , dans l’imbroglio yougoslave ; elle s’y enlisa si bien qu’après quatre ans , et toute honte bue , elle dut supplier les Américains de la désembourber , ce qu’ils firent mais qu’elle paya d’un humiliant antichambre à Dayton .

Cela ne l’empêcha pas , à quelque temps de là , de proclamer , par la voix inspirée de M. Kouchner que l’Europe était née à Pristina . C’était une hallucination . Elle se figurait être venue à bout du nettoyage ethnique et ne savait pas qu’elle n’en avait arrêté un que pour le remplacer par un autre de sens opposé ; en rêvant de démocratiser la Serbie , elle l’avait ravagée et en guise de paix , elle avait établi un protectorat militaire qui dure encore . La PESC en était à fêter ses dix ans quand vint pour elle l’heure de vérité . Avec la crise irakienne , le voile d’unité dont elle s’était couverte , tant bien que mal , jusque là se fendit du haut en bas , et par la déchirure béante , on ne vit que le vide . Manquait , en particulier , ce minimum de vision commune sans quoi il n’y a pas de politique étrangère . Il avait fait défaut à propos de l’Irak jamais il était absent partout , vis à vis de l’Amérique comme de l’Afrique , et de Moscou comme de Pékin .

Le bilan , convenons en , n’est pas brillant mais la Constitution ne va-t-elle pas tout changer ?. N’offre-t-elle pas cette fois une politique étrangère tout armée de pied en cap , avec ses principes et ses buts , son Ministre et ses services ? Voire Les Constituants n’ont pas lésiné sur les grands mots mais ce n’est que de la poudre aux yeux . La preuve , eux-mêmes ne les prennent pas au sérieux . Ils prescrivent à l’Europe de ’’ contribuer au strict respect du droit international’’ mais du concept central de ce dentier qu’est la souveraineté nationale , vous ne trouverez , sous leur plume , ni le mot ni l’idée . Bien mieux , l’Europe ouvre tout grands les bras à la Turquie dont chacun sait qu’elle est , depuis trente ans , en violation flagrante du droit international . L’Europe elle-même , qui se flatte d’honorer l’ONU , ne se gêne pas , à l’occasion , pour en ignorer la Charte et le Conseil de Sécurité .

Peu observée , cette Constitution , à vrai dire , n’était pas faite pour l’être . Les valeurs qu’elle énonce , les objectifs qu’elle propose sont trop multiples , trop divers , et trop contradictoires pour être d’un quelconque usage . Faut-il préférer les valeurs aux intérêts de l’Europe , le maintien de la paix à la projection de la démocratie , le respect du droit international à la promotion des droits de l’homme le droit d’ingérence au non-usage de la force ? La Constitution l’ignore et ne dit pas davantage s’il faut ou non lever l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine .

A quoi bon salons , ce bric à brac de valeurs hétéroclites ? Il est fait , avant tout , pour donner le change en détournant les regards de l’essentiel . Le grand secret , en effet , de la P.E.S.C. tient tout entier dans une petite phrase cachée dans un des replis de l’article 41 : ’’ la politique de l’Union est compatible avec la politique commune . . . arrêtée dans le cadre de l’OTAN ’’ . Avec ces quelques mots qui se sont pieusement transmis de traité en traité depuis Maastricht , tout est dit ; la politique européenne est le reflet , sinon la copie conforme , d’une autre politique faite ailleurs et autrement . Cet aveu , s’il n’avait du être dissimulé , aurait avantageusement dispensé de tout le reste . La Constitution , d’ailleurs , ne s’intéresse ni à la pièce qui se déroule sur le théâtre du monde ni au rôle qui pourrait y revenir à l’Europe . Ayant abandonné à d’autre leurs droits d’auteurs vies Constituants n’en insistent que davantage sur le choix des acteurs car c’est un sujet sur lequel ils savent précisément ce qu’ils veulent .


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