Cercle Nation et République (C.N.R)
Accueil du site > Thèmes et Débats > Europe et Union Européenne > L’Euro > Les Jours de l’euro sont-ils comptés ?

Par Anthony GRIBE, banquier et Laurent JACQUE, Professeur de Finance

Les Jours de l’euro sont-ils comptés ?

certains pays, notamment les plus petits, pourraient décider d’abandonner l’euro.

mercredi 25 mars 2009, par Administrateur

Introduction.

La pérennité de l’euro semble remise en cause par le récent rejet des Suédois et l’initiative des Britanniques de reporter une fois de plus le référendum prévu sur une éventuelle adhésion. Depuis le lancement de la monnaie unique, la zone euro traverse une période difficile - croissance anémiée, hausse rampante du chômage - alors même que le déficit budgétaire des deux principales économies de la zone dépasse le plafond de 3 % du PIB fixé par le pacte de stabilité.

Le contraste est saisissant avec les économies des pays dits ’’euro-sceptiques’’ - Royaume-uni, Suède et Danemark -, qui partagent des taux de chômage notablement plus faibles, des taux de croissance plus élevés et des déficits budgétaires très limités (quand ils ne connaissent pas un excédent budgétaire).

Conclusion : à ce jour, la monnaie unique n’a guère enrayé le malaise économique européen et l’on ne peut manquer de s’interroger sur son éventuelle responsabilité dans les difficultés économiques actuelles de la zone euro. Le lancement de l’euro en 1999 reposait sur une décision politique, et non sur la théorie économique de la zone monétaire optimale (ZMO). Un groupe de pays ou de régions peut constituer une ZMO lorsque leurs économies sont fortement imbriquées, à la fois au plan des échanges de biens et de services et au niveau de la mobilité des facteurs de production. Les EtatsUnis sont l’exemple le plus abouti de réussite d’une ZMO.

L’UE est-elle une ZMO ? Les échanges en son sein représentent environ 15 % du PIB de la zone, ce qui est très faible comparé aux Etats-unis. De même, la mobilité du travail en Europe est très limitée par rapport aux Etats-unis (sans faire référence au fait qu’elle reste faible même à l’intérieur des Etats).

Ignorant ces questions essentielles, l’euro a créé une politique monétaire unique gérée par la Banque centrale européenne, privant chaque pays de deux (de ses trois) outils de politique économique : une politique monétaire indépendante et la flexibilité des taux de change. Le troisième outil, la politique budgétaire, est lui contraint par le pacte de stabilité.

Du fait des différences entre les pays de I’UE, la diminution de l’autonomie de leurs politiques économiques est une question grave, notamment si un de ces pays subit un choc particulier qui n’affecte pas le reste de la zone euro. Si celle-ci était effectivement une ZMO, l’économie du pays traversant des difficultés s’ajusterait via :

  • 1) la mobilité de sa main-d’oeuvre avec le reste de la zone ?
  • 2) la flexibilité des salaires et des prix et/ou
  • 3) un transfert budgétaire depuis Bruxelles.
  • 4) Aucune de ces 3 conditions n’était remplie à la création de l’euro, et aucune réforme structurelle ne semble être prévue pour rapprocher la zone euro d’une ZMO,

La troisième condition - la plus simple à remplir - rend nécessaire une certaine dose de fédéralisme fiscal qui reste un objectif bien lointain. En fait, I’UE - qui ne dispose que de ressources limitées (environ 1,27 % du PNB de l’UE) - ne peut procéder à des transferts budgétaires pour amortir les chocs nationaux. L’essentiel de la politique budgétaire demeure entre les mains des gouvernements nationaux, Bruxelles représentant moins de 3 % des dépenses publiques de l’Union. Fort contraste avec la situation américaine, où 60 % des dépenses publiques sont réalisées au niveau fédéral, et où la mobilité du travail et la flexibilité des salaires sont bien supérieures à celles de l’Europe. Le calendrier électoral non synchronisé de I’UE accroît encore les difficultés, chaque pays tenant ses élections (présidentielle, législatives et municipales) indépendamment. Ces différences dans le calendrier electoral exacerbent l’asynchronisme des cycles economiques nationaux à l’intérieur de la zone euro dans la mesure où les élections s’accompagnent généralement d’une politique budgétaire expansionniste.

Malheureusement, la combinaison d’une politique monétaire centralisée et d’une politique budgétaire décentralisée aboutit à des différentiels d’inflation entre les pays de (’UE qui conduisent à des disparités du pouvoir d’achat de l’euro dans les Etats membres.


Répondre à cet article


Cercle Nation et République (C.N.R) (Cercle Nation et République) - 2009
Responsable éditorial : Jacques MYARD