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Par Alain COTTA, Professeur d’économie à l’université de Paris-Dauphine

L’euro mystification par Alain Cotta

La situation créée par l’euro est aujourd’hui totalement contraire à celle qu’espéraient de bonne foi d’ailleurs ses adeptes.

mercredi 25 mars 2009, par Administrateur

Introduction.

L’euro devait tout nous apporter : croissance. investissement, emploistabilité monétaire. Quelque trois ans après sa création, quels constats peut-on établir sur les conséquences non pas prévues, mais réelles de son avènement ?

Le premier est que la promesse relative à la croissance et à tout ce qui va avec n’a pas été tenue. Encore est-ce là un jugement tempéré. Comme on peut le constater, non seulement la croissance n’a pas été au rendez-vous, mais la stagnation s’est imposée en France, et une véritable récession en Allemagne. Quelle est la responsabilité de l’euro dans la conjoncture la plus difficile que les pays européens -hors l’Angleterre - aient connue depuis 1975, c’est à dire depuis trente ans ? Comme toujours, lorsqu’il s’agit de déterminer le rôle spécifique d’un phénomène économique parmi tous ceux qui font la conjoncture, la mauvaise foi guette l’observateur. Aussi faut-il avant tout incriminer toutes les autres causes évidentes de ce recul.

La plus durable est propre à une évolution démographique qui s’impose à tous les pays européens dont on a souligné récemment le rôle particulièrement défavorable. Baisse du taux de consommation et accessoirement du taux d’épargne, modification de la structure de la consommation en faveur des services, charge croissante des inactifs sur les actifs. A cette contrainte pernicieuse, lente et durable, s’ajoute celle, plus visible, née de l’environnement mondial. L’Europe est, en effet aujourd’hui soumise à trois contraintes intimes aux modalités actuelles de la mondialisation. Le cours du dollar d’abord. qui à l’évidence n’obéit pas seulement aux fameuses règles du marché mais aussi à des considérations tout ce qu’il y a de plus tutélaires ; les préoccupations du gouvernement américain relatives au déficit extérieur des Etats-Unis, ainsi qu’à la concertation de grands pouvoirs financiers privés, qui trouvent certainement dans les mouvements du dollar l’occasion de conforter leurs bilans et leurs résultats d’exploitation.

Mais il y a aussi le prix du pétrole dont on sait que le niveau intéresse tout particulièrement l’ex-pouvoir mondial. L’ex-URSS, La Russie ne peut. en effet, reprendre une partie de son pouvoir perdu qu’en retournant à une croissance rapide, qui, elle-même, ne peut se financer sur un prix du pétrole élevé. On peut donc compter sur le gouvernement russe pour prendre toutes les mesures, y compris d’ailleurs celles qui impliquent un accord tacite ou officiel entre les grands pays producteurs et les grandes compagnies pétrolières américaines, pour atteindre cet objectif. Il faut enfin compter avec ce qui avait été annoncé avec autant de certitude que peul l’être une évolution démographique et qui avait été reçu avec la même superbe indifférence ; la concurrence exercée sur les niveaux de salaires des pays développés par l’émergence de pays pauvres. en particulier la Chine. L’avènement de ce pays au rang de Troisième puissance spatiale lavant l’Europe, bien que son produit national ne soit que de l’ordre du sixième, ne doit pas faire illusion. De même que la Russie financera sa croissance par le prix du pétrole, la Chine et. avec elle, les pays du sud-est asiatique vont financer la leur par l’exportation des biens de consommation qui commencèrent à être produis par L’Europe il y a deux siècles. Et on peut faire confiance aux Chinois pour en produire une gamme de plus en plus diversifiée à des coûts qui demeureront longtemps encore très inférieurs aux coûts européens.

Cet effet d’égalisation des niveaux de vie, ou en tout cas des réductions de leurs disparités, était l’un des arguments forts des partisans de la mondialisation Comment ne pas s’étonner qu’on paraisse aujourd’hui les découvrir avec stupéfaction ? Compte tenu de leurs informations, les entreprises européennes, en particulier les grands groupes. ne peuvent dès qu’elles n’excèdent pas un monopole technique avéré et durable, qu’adopter des stratégies de délocalisation.

Les pays européens de plus en plus vieillissants et de plus en plus gravement vieillissants puisque l’importance de leur population de double dépendance physique et psychologique (voir la canicule en France) augmente et augmentera inexorablement durant les quarante prochaines années, en s’accélérant d’ailleurs après 2025. connaissant cette triple contrainte extérieure, autrement plus grave que le déficit du choc pétrolier ne pouvaient que subir les difficultés qui expliquent le recul actuel, qui ne devrait d’ailleurs pas disparaître de sitôt, étant donné le caractère durable de ses causes.

Aussi y aurait-il une grande mauvaise foi à charger indûment la barque de l’euro, La question qui se pose à ce sujet est plutôt la suivante : l’euro a-t-il été un facteur adoucissant ou. au contraire aggravant de toutes les contraintes qui pèsent sur l’économie européenne ? A-t-il réussi à ralentir son recul ? Il ne semble pas. Tout porte à croire que c’est plutôt le contractuel que l’euro a, indiscutablement, joué en faveur de la récession.


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