Cercle Nation et République (C.N.R)
Accueil du site > Thèmes et Débats > Europe et Union Européenne > L’Euro > La vérité sur l’inflation en Europe par Alain Cotta

Par Alain COTTA, Professeur d’économie à l’université de Paris-Dauphine

La vérité sur l’inflation en Europe par Alain Cotta

Le constat de la disparité actuelle des taux d’inflation

mercredi 25 mars 2009, par Administrateur

Introduction.

A se limiter à une seule nation, l’appréciation des effets de l’inflation, passée ou à venir, est des plus délicates. Pour y parvenir, une hypothèse préalable est à la fois nécessaire et inconséquente : la fameuse "toutes choses égales par ailleurs". Toute inflation se développe, en effet, à l’intérieur d’une conjoncture dont elle ne peut être isolée. Les choses ne sont jamais égales par ailleurs. Ce constat est d’autant plus fondé que les relations de mutuelle dépendance entre l’inflation, phénomène monétaire, et la croissance, phénomène réel, sont permanentes et peuvent, au gré de la conjoncture, changer de sens. L’inflation peut ou non accélérer la croissance qui, elle-même, peut accélérer ou ralentir l’inflation.

A ces difficultés s’ajoute, lorsqu’il s’agit d’évaluer l’éventualité d’une "inflation européenne" et ses conséquences, celle qui naît de l’espace en cause, tout à fait sui generis. L’Europe actuelle n’est pas une fédération, même pas une confédération mais une association limitée à certains objectifs, essentiellement économiques et monétaires, laissant à chacune des nations qui la composent un très large domaine propre, la diplomatie, la défense et, depuis peu, une politique économique qui redevient, pour partie, autonome.

Il n’empêche que dans cet espace tout à fait hétérogène, il n’existe qu’une monnaie : l’euro. Et, phénomène encore plus curieux et sans précédent dans l’histoire économique, non pas un mais plusieurs taux d’inflation, propres à chaque nation, c’est-à-dire, aussi, un taux d’inflation moyen, être purement statistique qui constitue cependant l’objectif unique du seul pouvoir central qui s’exerce dans l’Europe des 25 : sa Banque centrale.

Cette situation accroît les difficultés d’anticiper le niveau de l’inflation et ses effets. La résignation serait l’attitude la plus rationnelle s’il n’était deux petits espaces laissés à la réflexion. L’un est de s’intéresser quelques instants à un taux d’inflation européen ; l’autre est de revenir à la réalité première que sont les taux d’inflation nationaux.

Considérons d’abord les effets exercés par ce taux d’inflation "européen", très proche de ces 2% considérés comme l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE). Laissons de côté les deux questions tout à fait légitimes que se posent observateurs et responsables politiques : pourquoi 2% et pas 0 ou 3% ? Et, surtout, qu’en est-il des conséquences de la réalisation de cet objectif sur la croissance et l’emploi dans l’espace européen et ses composantes nationales ? Ne vaudrait-il pas mieux que cette Banque centrale en adopte sinon plusieurs, au moins deux, taux de croissance et stabilité des prix ?

Limitons la réflexion aux effets économiques de la réalisation de cet objectif (2%) en même temps qu’à ceux de son éventuelle accélération ou décélération. Pour artificiel ou, si l’on préfère, statistique qu’il soit, le taux de l’inflation européenne est une des variables qui influencent le taux de change de l’euro, en particulier contre les autres monnaies que sont le dollar, le yen et, demain, le yuan. Comme chacun sait, les taux de l’euro/dollar ou de l’euro/yen ne peuvent rester indifférents au différentiel des taux d’inflation de l’Europe avec ceux des États-Unis et du Japon. L’euro doit s’apprécier si ce différentiel est négatif pour l’Europe et se déprécier dans le cas contraire. Avant même d’apprécier les effets de cette évolution des taux de change consécutive à celle des différentiels des taux d’inflation, notons que la BCE ne peut absolument rien sur l’évolution des taux d’inflation aux États-Unis et au Japon et que ces deux pays ou zones monétaires n’ont aucun objectif déterminé en ce domaine. C’est donc dire que l’euro devrait évoluer sous la seule pression de la variation des taux d’inflation américain et japonais.

Ce constat serait quelque peu déprimant si cette sujétion européenne n’était finalement que de portée très limitée. D’une part, le taux de change euro/dollar dépend d’une foule de considérations dans lesquelles celle du différentiel d’inflation est diluée à un point tel que le dollar peut très bien s’apprécier alors que l’inflation aux États-Unis est supérieure à celle de l’Europe et inversement. D’autre part, le différentiel d’inflation entre l’Europe et les autres parties du monde a une intensité limitée sur le commerce extérieur. Comme on le sait, les échanges intra-européens, donc sans effet de change possible, représentent près de 60% des échanges de la totalité des nations en cause ; et les relations commerciales entre l’Europe et les États-Unis et/ou le Japon sont finalement tout à fait accessoires.

Reste, cependant, à tenir compte de la disparité des nations quant à ces flux d’échanges. Ainsi, l’Allemagne la plus exportatrice de toutes les nations européennes, en particulier vers les États-Unis, est pénalisée plus que toutes les autres nations par un euro fort. Sa conjoncture économique récente montre que cet effet négatif peut avoir des répercussions profondes et durables sur son rythme de croissance - et celui de la France.


Répondre à cet article


Cercle Nation et République (C.N.R) (Cercle Nation et République) - 2009
Responsable éditorial : Jacques MYARD