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Par Gérard LAFAY, Professeur de Sciences économiques à l’Université Panthéon Assas,

L’euro cher menace notre industrie, par Gérard Lafay

Les Echos, 10 octobre 2005

mardi 24 mars 2009, par Administrateur

Introduction.

Nos compatriotes sont angoissés par le mouvement actuel de désindustrialisation, qui se traduit par le déferlement de délocalisations massives entraînant chacune des centaines de suppressions d’emplois. Que faut-il en penser ? En fait, trois phénomènes sont à l’oeuvre. Les deux premiers sont normaux, résultant des changements structurels de la production et de la concurrence des pays à bas salaires. Le troisième est anormal, car il exprime des distorsions monétaires.

Les changements structurels de la production se manifestent en longue période selon un processus analysé en son temps par l’économiste Colin Clarck. Lorsqu’un secteur économique se développe rapidement, il est le lieu de gains très importants de productivité qui exercent deux effets. D’une part, les coûts de production donc les prix relatifs s’abaissent fortement, ce qui permet à la consommation de s’élever en volume, tandis que son poids diminue en valeur. D’autre part, le secteur libère des emplois productifs qui vont pouvoir s’employer dans d’autres secteurs.

Ce premier phénomène jouerait tout aussi bien dans une économie fermée que dans une économie ouverte sur l’extérieur. Il est apparu d’abord dans les pays développés avec l’agriculture, qui représentait autrefois la majorité de la production en valeur et de l’emploi. Sa modernisation s’est traduite par une baisse graduelle de sapart depuis le XIXème siècle , descendant maintenant à 5% ou en dessous. Le même mouvement apparaît aujourd’hui pour l’industrie, lieu de la troisième révolution industrielle axée sur l’électronique, mais dont les services prennent le relais. Suivant la loi édictée par Moore, les coûts de production des microprocesseurs et des mémoires d’ordinateurs sont, à qualité égale, divisés par dix tous les cinq ans. Ceci se traduit par un effondrement des prix et une explosion de la demande.

Le deuxième phénomène, tout aussi logique, est la concurrence des pays à bas salaires, qui ont des avantages comparatifs dans les branches de main d’oeuvre intensives en travail, qu’il s’agisse de certaines industries ou de quelques services délocalisables. Cette logique a été le fondement de la théorie néoclassique d’Hechscher, Olhin et Samuelson. Les pays développés, à niveau de vie élevé, doivent alors trouver un nouvel équilibre de leurs échanges extérieurs. L’Allemagne et le Japon s’efforcent de conserver leurs industries de biens d’équipement. Le Royaume-Uni se concentre sur les services financiers. Les Etats-Unis essaient de garder la maîtrise du coeur de l’électronique pour le matériel (Intel) et pour les logiciels (Microsoft), profitant aussi d’une agriculture très performante. La France, quant à elle, est la première pour les produits de luxe, qu’elle tente de combiner avec l’aéronautique, les grands travaux, et un tourisme haut de gamme. Partout,l’industrie perd des emplois, qui ne peuvent être compensés dans les services que si la croissance globale de l’économie est suffisante.

Le troisième phénomène qui se produit aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation, est en revanche anormal. Il provient du fait que, selon les taux de change en vigueur, les écarts de salaires entre les pays sont de trois à quatre fois plus élevés que ceux qui résulteraient seulement des écarts de productivité. Ainsi les entreprises multinationales sont-elles incitées, de plus en plus, à délocaliser à l’excès leurs activités productives directement ou indirectement. Ce mouvement s’effectue au détriment de l’Europe de l’Ouest, profitant un peu aux Etats-Unis, davantage à l’Europe de l’Est, et encore beaucoup plus aux pays d’Asie du Sud-Est comme la Chine.

Les origines de ces distorsions monétaires sont multiples. Elles tiennent d’abord à la politique de l’euro cher dont la banque centrale européenne se glorifie : favorable aux consommateurs, cette pratique pénalise la production, et donc l’emploi local. Elles résultent ensuite de l’insuffisance d’épargne aux Etats-Unis, vivant au dessus de leurs moyens, car le rôle international du dollar leur attribue un financement automatique. Elles découlent enfin de la politique de certains pays asiatiques, comme la Chine, qui accumulent des centaines de milliards de dollars en contrepartie de leur excédent commercial, empêchant de la sorte leur monnaie de monter tout en évitant un effondrement de la devise américaine.

Les distorsions de taux de change sont une anomalie manifeste. Elles expliquent le maintien d’un chômage de masse dans l’Union européenne, devenue la zone de plus faible croissance dans l’économie mondiale. Pour y remédier, il convient de changer la politique monétaire de l’euro tout en instituant des "montants compensatoires monétaires" vis à vis des pays où la monnaie est sous-évalués. Le peuple français a manifesté le 29 mai son mécontentement face à la politique européenne. A défaut d’être écoutée par ses partenaires, la France n’aura pas d’autre solution que de sortir de la zone euro si elle veut éviter le déferlement d’une désindustrialisation injustifiée.


1 Message

  • L’euro cher menace notre industrie, par Gérard Lafay 22 octobre 2009 08:32, par Raoul louis CAYOL

    L’euro trop cher ! M. le professeur Gérard Lafay a entièrement raison

    Contre L’euro fou !

    " l’Europe et singulièrement la France sont la variable d’ajustement des désordres économiques mondiaux, ce dont se plaignent pourtant depuis des années Nicolas SARKOZY et son conseiller spécial Henri GUAINO" ( Nicolas DUPONT-AIGNAN, président de DLR). Source : http://www.debout-la-republique.fr/

    L’euro à 1,5 dollar, c’est encore moins d’exportations, encore plus de délocalisations, encore plus d’importations, encore plus de chômage, encore plus de déficits sociaux et de l’Etat.

    Courbe de l’emploi : http://dechiffrages.blog.lemonde.fr…

    Il nous faut un euro moins cher, plus compétitif avec, par exemple des taux de change comme 1 euro= 1 dolar = 1 yuan.

    Si nous ne pouvons pas obtenir une telle réforme monétaire internationale, il faut que la communauté européenne pratique le protectionnime à ses frontières pour défendre ses productions et le niveau de vie des salariés.

    Si l’Europe n’est pas même pas capable de mettre de l’ordre dans le système monétaire mondial, ne serait-ce que par le protectionnisme, à quoi nous sert-elle ?

    En outre, NDA propose que l’euro devienne une monnaie commune. Cela veut dire qu’il y aurait retour aux monnaies nationales liées à l’euro commun par un change fixe ( périodiquement ajustable ). Les taux de change entre la monnaie commune et les monnaies nationales devraient être calculés de façon à c e que tout citoyen d’un pays de la Communauté Européenne retrouve le même pouvoir d’achat de son heure de travail dans n’importe quel pays de la communauté.

    Avec une telle réforme, les délocalisations d’entreprises à l’intérieur de la communauté n’auraient plus aucun intérêt.

    On voit bien que la communauté Européenne dispose de tous les outils nécessaires pour équilibrer la vie économique intra européenne et que si elle ne le fait pas, c’est parce qu’elle ne le veut pas. La seule explication possible c’est la volonté des dirigeants européens de parvenir à une mondialisation sauvage avec baisse drastique des salaires et du social

    Raoul louis CAYOL

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