La Francophonie vient de loin, de l’expansion mondiale de la langue française, de la littérature multiséculaire en français d’écrivains de nombreux pays qui ont choisi notre langue, d’une action culturelle mondiale de la France qui remonte à François 1er, de l’œuvre immense de soins et d’enseignement des missionnaires français catholiques, puis protestants, israëlites, des maçons et des laïques. Elle vient de la " fille aînée de l’Eglise " comme de la " mère des révolutions ". Aussi de la colonisation, des décolonisations tout autant, des mouvements d’émancipation de francophones du Nord, notamment au Québec, d’une " demande de France " un peu partout, et du besoin de contrepoids aux hégémonies et aux empires.
Cette Francophonie est une chance pour l’humanité, un grand défi lancé à tous ses membres, et d’abord à la France. Il ne faut pas que la période actuelle d’hésitation et d’aboulie, voire de démission de nombre de nos élites, fasse manquer ce train de l’Histoire. Dans la tradition française comme dans la ligne des résolutions du Forum Social Mondial en février 2002 à Porto Alegre sur la diversité culturelle et linguistique dumonde, le Sommet francophone d’octobre 2002 à Beyrouth, a affirmé unanimement la nécessité du dialogue des cultures. C’était au moment où la guerre américaine à l’Irak se préparait. Voix de la France et voix de la Francophonie se sont conjuguées pour condamner l’unilatéralisme. Le retentissement en fut mondial.
Il importe que le prochain Sommet francophone, en 2004 à Ouagadougou, transforme ce remarquable essai et donne cette fois enfin les moyens économiques et financiers, d’abord français, pour que l’espace francophone de solidarité et de coopération pour la développement entre pays membres soit une réalité bien plus tangible qu’elle ne l’est actuellement.
Dans le livre de MM. Gilder et Salon, ces raisons de donner sa pleine vie à la Francophonie, d’abord en France et dans tout l’espace de ses 56 membres, ces orientations s’imposent comme des évidences.
Mais les auteurs ne se contentent pas de déplorer l’aboulie, l’inconscience, les occasions manquées. Ils proposent un véritable plan d’action, complet et cohérent.
Les ouvrages descriptifs et les propositions d’action en matière de Francophonie ne manquent pas. Les auteurs eux-mêmes, qui sont des spécialistes - théoriciens et praticiens -de la langue française, de l’action culturelle de la France et d’autres pays, et de la construction de la Communauté francophone se sont livrés, séparément, à ces exercices. L’originalité du présent ouvrage réside dans cette cohérence des propositions qui découlent presque naturellement de l’analyse du passé, et dans le fait qu’ils situent l’action dans le contexte à la fois de la " globalization " à l’américaine et de l’altermondialisme, de la recherche vitale d’un véritable dialogue - et non d’un choc - des civilisations, et des difficultés que rencontre, notamment en Orient, la conception unilatéraliste de l’universalisme américain, fondamentalement distincte de l’universalisme de dialogue, de synthèse des différences reconnues et acceptées, plus caractéristique de la tradition francophone.
Les auteurs ne fuient pas l’interrogation sur la compatibilité du maintien de la voix propre de la France et de la construction de la Francophonie avec une Union européenne qui pousserait sa logique fédérale. Ils n’hésitent pas à répondre que la Francophonie, loin d’être incompatible avec une pleine coopération entre Etats européens souverains, peut en être largement complémentaire, mais qu’elle ne peut s’accommoder de la réduction de la France au rang d’une province fédérée de l’Europe, voire de l’Empire plus vaste qui semble se constituer à l’heure actuelle.
Plaidoyer et moyens d’actions Pour les générations futures
Tantôt décriée, tantôt surestimée, la Francophonie mérite d’être jugée pour ce qu’elle est, avec son passé tumultueux, son présent fragile et ses promesses d’avenir. En ces temps d ’hésitation, d’apathie, voire de démission collective, cet espace de 56 membres où vivent 600 millions d’habitants s’avère une chance en ce qu’elle permet d’échapper au choix entre le " tout Coca Cola " et le " tout Ayatollah "
Dans cet ouvrage exhaustif et rigoureux, les deux auteurs ne se contentent pas de décrire la genèse de la saga francophone, de dresser le bilan des forces et faiblesses de la Francophonie, de soupeser les enjeux et les risques de cette aventure collective. Ils tracent aussi des perspectives d’avenir en proposant un grand dessein qui se décline en un plan d’action audacieux, complet et cohérent, assorti de mesures concrètes.
Alfred Gilder, ENA 79, Contrôleur financier au Ministère de l’Économie et des Finances, et Albert Salon, docteur d’État ès lettres, ENA 64, ancien Ambassadeur, sont tous deux praticiens et promoteurs de la langue française et de la Francophonie. Leur profondeur de vue découle de leur analyse du passé, des incertitudes présentes et des forces mondiales en jeu. Cette mise en perspective les amène à faire le procès cinglant de la mondialisation à l’américaine. Ils lui préfèrent l’universalisme d’inspiration française, fait de dialogue, de partage et d’acceptation des différences, conforme à la vocation millénaire de la France.
