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Compte rendu de la réunion du CNR du 28 janvier 2009

les nouvelles relations franco-allemandes par Edouard Husson

Audition d’Edouard Husson Directeur de recherches à Paris-Sorbonne

mardi 16 juin 2009, par Administrateur

Audition d’Edouard Husson, Directeur de recherches à Paris-Sorbonne Co-directeur du département de recherche « Paix, liberté, société » au Collège des Bernardins.

Vient de publier, avec Norman Palma, « Le capitalisme malade de sa monnaie » (Éd. FX de Guibert).

Le capitalisme malade de sa monnaie : Considérations sur l’origine véritable des crises économiques

Auteur d’une chronique hebdomadaire « Ma semaine allemande » sur www.marianne2.fr

 3.L’attente d’une coopération européenne commune

L’Allemagne est en train de se fracturer socialement.

Le journal Die Zeit recensait 4 soupes populaires en Allemagne en 1994, aujourd’hui on en compte plus de 800.

Fait marquant, la carte de ces soupes populaires dessine majoritairement la carte de l’Allemagne la plus dynamique, celle de l’Ouest et du Sud. Il y a 5 ans, un enfant sur 7 grandissait dans une famille sous le seuil de pauvreté, aujourd’hui, phénomène galopant, on en compte un sur 5. L’inégalité en matière de salaire va croissante. Le taux de chômage des peu ou pas qualifiés au sein de la zone euro dépasse désormais les 15%. Ce n’est pas seulement les problèmes de l’Allemagne de l’Est qui peut expliquer ces mauvais chiffres car il y a autant un différentiel Nord/Sud qu’Est/Ouest. L’Allemagne du Sud-Ouest appartient au centre de gravité économique de l’Europe. Cette Allemagne est plus prospère et a une démographie légèrement plus dynamique que celle du Sud. Au Nord, seules Hambourg et Hanovre font exceptions.

Désormais, la classe politique allemande ne peut plus ignorer l’étendue de la fracture sociale.

L’agenda 2010 a laissé accroire aux milieux dirigeants allemands que le chômage était un problème d’adaptation à la mondialisation. Dès lors, il fallait moins de protection pour une meilleure adaptation. Les excédents allemands ont à voir avec cette rationalisation. Il est également certain que les excédents commerciaux allemands sont dus à la capacité de l’Allemagne de se servir de son Hinterland…Grâce à la réputation des produits allemands, les produits seulement assemblés en Allemagne avec une étiquette « made in Germany » ont pu se vendre à un prix bien supérieur. Bien sûr, cela a entraîné des conséquences au sein de la construction européenne.

 4. Avant de trouver l’équilibre, il faut instaurer un dialogue

Pour les milieux dirigeants allemands, l’Europe étant une chose acquise, l’attitude des Français a pu agacer.

Dans les milieux économiques allemands, cependant, l’Europe est dépassée car l’Allemagne se tourne déjà vers l’Inde et vers la Chine. Malgré cela, les chiffres du commerce extérieur allemand traduisent une autre réalité puisque plus de 45% des exportations allemandes sont absorbées par la zone euro et entre 58 et 60% absorbées par la zone UE. Lorsqu’enfin on considère la grande Europe, ce sont ¾ des exportations allemandes qui sont absorbées par cette zone géographique.

En ce qui concerne les importations, les proportions sont à peu près semblables.

On le constate, le commerce allemand est très largement intra-européen.

Une question se pose dès lors : quel est le sens de l’Europe si d’un côté la RFA attend que l’Europe absorbe les produits de ses exportations et de l’autre, d’un point de vue de l’équité commerciale, les allemands bloquent pour la préférence communautaire.

On constate donc qu’en matière de défense commerciale de l’Europe, les dirigeants allemands ont une réaction absolument différente. En cela, c’est la fausse conscience des Allemands pour qui l’Europe est quelque chose de naturel, d’acquis.

Un début de fracture politique entre milieux dirigeants et sa population apparaît. D’un point de vue politique, on assiste à un début de crise car les grands partis peinent de plus en plus à rassembler : le deuxième parti allemand est le parti des abstentionnistes. L’Allemagne va donc devenir de plus en plus difficile à gouverner, et la grande coalition probablement sera t-elle reconduite.

La crise économique n’est donc que le révélateur de cet environnement bouleversé.

Cela pourrait signifier la prise en main de l’Europe de son destin dans un monde bouleversé. On peut regretter que les dirigeants allemands et français n’aient pas un dessein plus global et cohérent.

Dans ce contexte, que signifie aujourd’hui que Madame Merkel reçoive seule les dirigeants chinois ?

La question de fond est donc bien celle de la dispersion de nos efforts face à des défis communs.


Voir en ligne : www.marianne2.fr

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Responsable éditorial : Jacques MYARD