On ne peut que constater que les relations personnelles entre les chefs d’État français et allemand ne sont particulièrement bonnes. Cela s’est déjà vu auparavant, on se souvient que les relations entre Jacques Chirac et Gerhard Schröder n’étaient pas très cordiales.
Gardons-nous, cependant, de personnaliser outre mesure les relations franco-allemandes.
Un chemin immense a été parcouru ces dernières décennies dans le sens d’un apaisement des deux sociétés, cependant des divergences persistent.
1.L’actualité récente montre des divergences
Le déclin de la puissance américaine.
Cet élément nouveau est tout à fait fondamental et il ne faut nullement s’illusionner face à l’attente déplacée mise dans l’élection de Barack Obama, car c’est le monde qui va devoir résoudre les problèmes de l’Amérique. Or, on constate déjà un déclin réel de la puissance américaine, l’Irak et l’Afghanistan ont montré les limites de la puissance militaire américaine. Ce déclin s’accompagne d’une baisse de prestige.
Enfin, la fragilité du dollar a été mise en lumière. La création inconsidérée de monnaie papier ne pouvait fonctionner que tant que la puissance américaine était effective : politiquement, le monde ne fait plus crédit à l’Amérique à long terme.
Questions de fond en ce qui concerne la France et l’Allemagne.
Les gouvernements de nos deux pays ont-ils pris la mesure de ce déclin ? Rien n’est moins sûr et implique une révision douloureuse des modes de pensée. On s’achemine vers un monde multipolaire, ce qui nécessite de contribuer à renforcer le multilatéralisme. Le contre-sens majeur de beaucoup de gouvernements européens est que nos pays aspirent au maintien et au renforcement de la paix. Il est impossible constubstantiellement à l’Europe de participer à un esprit de guerre, logique qui a culminé avec Georges W. Bush. L’élection de Barack Obama permettra-t-elle aux États-Unis de sortir de cette logique ? Rien n’est moins sûr quand on voit comme le président américain demande aux Français et aux Allemands d’envoyer plus de troupes en Afghanistans.
2.Les divergences héritées de l’histoire entre nos deux Nations
Les deux gouvernements ont eu des réactions différentes face à la crise ; des cas concrets ont montré des réflexes différents des deux côtés du Rhin.
En Allemagne, les résultats au Landtag de Hesse qui a vu le score spectaculaire du FDP montrent que -conformément à l’indignation du citoyen qui considère que la crise est liée à la très mauvaise gestion des banques et du gouvernement- le pays s’est tourné vers le parti qui prône moins d’État et plus de vertu dans la gestion. Cette tendance devrait durer. Aujourd’hui, Angela Merkel est décriée pour son ralliement en faveur d’un secours massif aux banques.
Cependant, si des divergences de fond existent, il ne faut pas les figer historiquement, tout en ayant à l’esprit ces différences : en France, globalement, c’est l’État qui structure la vie économique, alors qu’en Allemagne, on a souvent vécu sans l’État.


