Cercle Nation et République (C.N.R)
Accueil du site > Thèmes et Débats > Europe et Union Européenne > Traité Constitutionnel Européen > La " Constitution européenne ", dernier avatar de l’esprit d’abandon, par F. (...)

Dernier avatar de l’esprit d’abandon

La " Constitution européenne ", dernier avatar de l’esprit d’abandon, par F. Renouard

M. Giscard d’Estaing n’avait aucunement la mission ni la légitimité d’établir une " constitution pour l’Europe "

samedi 7 mars 2009, par Administrateur (Date de rédaction antérieure : 1er juin 2004).

L’échec de la Conférence intergouvernementale de Bruxelles avait procuré un sentiment de soulagement chez tous ceux qui croient encore en la possibilité pour la France de reprendre la maîtrise de sa destinée et de retrouver ainsi la condition nécessaire de la grandeur et de la prospérité, pour elle-même et pour l’Europe.

Mais, en vérité, ce sentiment était fallacieux car il ne s’agissait là que d’un répit puisqu’il était évident que l’absurde " fuite en avant "- terme utilisé par M. Edouard Balladur, ancien Premier Ministre, lors du récent débat à l’Assemblée Nationale sur le projet de loi autorisant la ratification des traités portant adhésion de 10 nouveaux Etats à l’Union européenne ( séance du 26 novembre 2003 ) - pratiquée par nos gouvernants, de droite ou de gauche, depuis 30 ans dans le domaine de la politique européenne allait continuer. Telle était, en toute hypothèse, la volonté exprimée par les plus hautes autorités de l’Etat après le fiasco du 14 décembre 2003.

La " mascarade " - comme l’a déclaré le 16 juin 2004 l’orfèvre en matière de fuite en avant européenne qu’est M. Jacques Attali, conseiller et " sherpa " du président Mitterrand pendant plus d’une décennie - est désormais dansée : l’accord intervenu le 18 juin 2004 à Bruxelles sur la base de la proposition élaborée par M. Valéry Giscard d’Estaing confirme toutes les inquiétudes que pouvaient nourrir les citoyens français. Il est avant tout non démocratique dans son élaboration : M. Giscard d’Estaing n’avait aucunement la mission ni la légitimité d’établir une " constitution pour l’Europe " mais seulement de proposer des simplifications aux arcanes institutionnelles créées par l’accumulation de traités indigestes à un moment où se préparait " l’élargissement ", et les chefs d’Etat - en tout cas le président français !- ne disposaient pas non plus d’un mandat explicite de leurs peuples pour élaborer un texte a priori majeur pour leur avenir. Cela est si vrai que ce texte n’a pas même fait l’objet d’une consultation, sur son principe comme sur ses dispositifs, lors des élections européennes qui avaient lieu quatre jours avant la réunion de Bruxelles ! Il est vrai que l’oligarchie technocratique qui gouverne notre pays depuis 1972 trouvait sans doute nécessairement et comme à l’accoutumée la source de sa propre légitimité européenne dans le camouflet que venait de lui infliger un électorat conscient du mépris dont il fait l’objet ( 57,2% d’abstentionnistes - 3,36% de bulletins blancs ) et bien peu convaincu par les thèses fédéralistes ( si l’on veut bien prendre en compte les dissensions au sein de l’UMP et du PS tout autant que les vues des souverainistes de toutes sensibilités !).

La réaction à l’encontre de la " Constitution " européenne concoctée dans le dos du peuple est donc un impératif. Il faut poursuivre sans relâche auprès des élites et du grand public la campagne d’explication qui a marqué au cours des derniers mois quelques points non négligeables en raison du constat par les Français des graves échecs auxquels ont abouti tous les mécanismes institutionnels mis en œuvre sous l’impulsion de notre pays au cours des trente dernières années et qui se sont traduits par l’abandon de la capacité d’action française dans des domaines vitaux pour l’indépendance et le bien-être de la nation puisque, contrairement à ce qu’on a fait gober aux citoyens lors de la ratification des traités de Maastricht et d’Amsterdam, les décisions en matière économique et monétaire sont des décisions éminemment politiques ! Le droit de lever des impôts et de voter le budget sont la conquête et le pilier des démocraties…comme l’avait été auparavant le droit de battre seul monnaie pour l’affirmation de l’unité d’un Etat…

Les dispositions du texte de " Constitution " arrêté le 18 juin 2004 sont, pour la France, parfaitement vicieuses puisqu’il grave dans le marbre le principe de la prépondérance allemande dans les votes tout autant qu’au Parlement de Strasbourg, l’absence, par rotation, de commissaire français au sein de la Commission, l’adoption d’un grand nombre de décisions dans des domaines majeurs - et notamment sociaux - à la majorité qualifiée, la mise en place d’un ministre européen des Affaires étrangères et d’un corps diplomatique européen (avec en pratique la fin de l’usage du français par la diplomatie européenne).

Bel anniversaire, en effet, de l’appel du 18 juin 1940 , ce qui n’a rien de surprenant lorsqu’on a vu les députés " UMP " au Parlement de Strasbourg voter avec enthousiasme (et sans qu’une voix manque) en faveur d’un siège permanent de l’Union européenne à l’ONU et la caducité du " privilège français " ( voir Rapport Laschet - février 2004).

Cet accord de plusieurs centaines de pages parfaitement indigeste et incompréhensible pour le citoyen de base, exemple remarquable, au demeurant, de la " clarté " célébrée par le Président Giscard d’Estaing !, mérite donc d’être disséqué et que l’on en explique les conséquences directement ou potentiellement extrêmes pour notre pays.

Mais, en vérité, c’est le principe même d’une " Constitution pour l’Europe " qui doit être repoussé avec la dernière énergie si l’on veut, malgré tout, tenter de sauver l’idée même de la France comme entité jouant sa partie dans le concert des nations et capable de sauvegarder son unité et ses intérêts économiques et patrimoniaux, tâche qui est la mission unique, mais combien éminente, confiée par la Constitution et donc par le peuple français au Président de la République et au Gouvernement.

Il faut donc marteler et faire entrer dans les esprits de nos concitoyens le fait qu’une " Constitution " c’est le texte fondamental qui régit l’organisation politique et sociale d’un peuple selon des principes qui recueillent l’accord profond de tous et scellent la volonté de vivre ensemble des citoyens qui forment une seule nation unie par le même passé, les mêmes valeurs et la même vision de l’avenir commun. Il y a donc tromperie manifeste à prétendre imposer une " Constitution ", à valeur supérieure aux Constitutions des Etats-membres, à des peuples aussi divers que ceux qui sont désormais membres de l’Union européenne et dont le nombre est appelé à croître encore à 27 puis 29 en 2007 et 2009…nos dirigeants allant même à appeler de leurs vœux l’entrée de la Turquie dans le cercle européen !!Ces peuples n’ont - contrairement à ce dont on rebat malignement les oreilles de nos concitoyens - ni passé commun ( sinon des inimitiés solides de la part de nos partenaires à l’égard d’une France - la plus ancienne nation du monde occidental - souvent hégémonique et toujours arrogante depuis le XIIIème siècle ) , ni langue et civilisation communes, ni " communauté d’âme ", comme l’a avancé, par effet oratoire, le Premier Ministre devant l’ Assemblée Nationale, ni surtout, conséquence nécessaire d’un tel état de fait, aucune volonté commune pour construire cette Europe puissante, favorisant l’équilibre des nations et donc la paix dans le monde, qui est cependant la seule raison d’être d’une vraie construction européenne.


Répondre à cet article


Cercle Nation et République (C.N.R) (Cercle Nation et République) - 2009
Responsable éditorial : Jacques MYARD