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« l’armée de la Nation est-elle encore dans la Nation ? »

UNE EXPERIENCE : « 105 PERMIS POUR 2005 » Par le Général Emmanuel de Richoufftz

ou, plus exactement : « permis, emploi, citoyenneté »

samedi 7 mars 2009, par Administrateur (Date de rédaction antérieure : 1er janvier 2006).

Dans mes fonctions de général adjoint territorial (GAT) du Gouverneur Militaire de Paris (GMP), je me suis attaché à privilégier le lien armées-nation. En effet mon expérience militaire, ma vie d’officier ainsi que ma vision de notre société m’ont conduit à poser la question : « l’armée de la Nation est-elle encore dans la Nation ? ».
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En d’autres termes le lien armées-nation, dès lors que le pays s’est doté d’une armée de métier, devient un élément essentiel.

Il fallait donc imaginer, proposer, structurer des actions qui soient en phase avec la société, hors des sentiers battus que sont les commémorations et les manifestations militaires dont plus guère de nos concitoyens n’en comprennent ni le sens ni la portée. Connaître les autres (maires d’arrondissement, conseillers Défense,…), se faire connaître (« les Parisiens accueillent leurs soldats », les journées nation-Défense…) afin de se faire reconnaître comme un acteur incontournable dans la société : participer à la lutte contre le chômage.

Ainsi, en aidant l’association « Carrefours pour l’Emploi » à se positionner comme un partenaire crédible dans la recherche d’emplois avec les un ensemble de partenaires (entreprises, mairie de Paris, Région économique, etc.), c’est l’institution qui a vu son image se transformer : elle porte intérêt aux préoccupations de ses concitoyens.

J’ai bénéficié de l’aide et du soutien de quelques « acteurs », peu nombreux mais dévoués et d’une efficacité remarquable. Des militaires d’active ainsi qu’une partie de la réserve opérationnelle d’Ile de France, les réservistes citoyens - personnalités volontaires et bénévoles qui consacrent une partie de leur temps à aider les armées-, les réservistes locaux à la jeunesse et à la citoyenneté (RLJC) remarqués par le ministre de la Défense en raison de leur implication forte dans les quartiers.

Bien sûr les uns et les autres remplissaient des missions et des tâches au profit des armées mais il s’agissait bien, dans mon esprit, de mettre sur pied un projet fédérateur qui puisse véritablement associer l’ensemble des acteurs dépendant du GAT tout en étant dédié à ceux de nos concitoyens les plus en difficulté.

Aider les jeunes à aller vers l’emploi, particulièrement les plus démunis, est une priorité affirmée par les plus hautes autorités politiques en charge de l’Etat ou des collectivités territoriales. Sans attendre la crise des banlieues, la Défense en région terre Ile de France a donc entrepris d’intégrer, de la mi-avril 2005 à la mi-février 2006, ces jeunes en difficulté avec l’opération « 1 permis, 1 emploi » qui pouvait apparaître comme l’une des plus innovantes dans ce domaine.

Les armées ont ainsi confirmé toute la solidité du lien qu’elles ont tissées avec la Nation, en tant que vecteur d’intégration et de promotion sociale.

 1. Cadre général

L’opération « 105 permis pour 2005 » est avant tout un projet simple qui visait à permettre à un certain nombre de garçons et de filles, issus de banlieues et de milieux défavorisés, de se mettre dans les conditions d’accéder à un emploi tout en acquérant le permis de conduire ; permettre aux collaborateurs d’être disponible sachant que l’entreprise est confrontée aux impératifs d’une guerre économique sans merci qui s’affranchit des horaires comme des lieux de production ou des sites de travail. Pouvoir « rejoindre » en dépit des difficultés… Dans les faits il s’agissait de donner ou de redonner un sens à la citoyenneté : qu’est ce que c’est que d’être Français ?

Pour moi c’est un triptyque qui s’articule autour de la langue (sans une compréhension claire des mots aucune possibilité d’échanger), de l’insertion par le travail ( l’entreprise permettant l’ascension sociale sous réserve d’en accepter les règles) et d’ une référence forte à l’histoire de France ( qui conditionne une attache charnelle à sa patrie).

Cette opération n’a pas été pour l’armée de Terre une opération de recrutement. Toutefois, les jeunes qui le désiraient ont pu faire acte de volontariat pour souscrire un engagement comme réserviste opérationnel, exclusivement.

Ni l’emploi ni le permis n’ont été octroyés. Ils ont été gagnés dans le cadre d’un parcours de citoyenneté fondé sur le volontariat, le travail et l’effort. Des absences répétées, le non-respect des engagements pris dans le cadre de l’action citoyenne, une décision d’abandon à la préparation militaire ont entraîné d’office l’élimination du jeune.

Ce cursus s’est adressé à des garçons et des filles âgés de 18 à 30 ans domiciliés dans les départements 78, 91 et 93, qui ont satisfait aux critères suivants :

  • être de nationalité française,
  • être apte médicalement à suivre une préparation militaire,
  • avoir suivi la journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD),
  • avoir un niveau scolaire correspondant au 1er cycle de l’enseignement secondaire,
  • être sans emploi ou en situation précaire,
  • être volontaire.

 2. Acteurs

Pour mener à bien cette opération et assurer son succès, de nombreux partenaires ont été sollicités :

  • la réserve citoyenne qui a été au cœur de cette opération. Elle regroupe des hommes et des femmes bénévoles, bien implantés dans des entreprises, qui sont des relais dans la communauté nationale et qui oeuvrent ainsi au développement de la citoyenneté et de l’esprit de défense ;
  • des associations dont les préoccupations, rejoignant celles de ce projet, ont souhaité s’associer comme partenaires : missions locales d’Ile de France, JOC, VALDECO … ;
  • l’association « Carrefours pour l’Emploi », qui a organisé, entre autres « Paris pour l’emploi », a été le support juridique de ce projet ;
  • quelques réservistes et bénévoles expérimentés aux affaires apporte leur soutien pendant la durée du projet (équipe de 3 personnes) ;
  • les entreprises ou institutions (GMF, GEPSA, DMPA, Fondation RATP) ont financé les permis de conduire. D’autres ont accepté, en plus, de proposer des emplois (PLASTIC OMNIUM, UNIPROTECT, LA POSTE, SODEXHO). Toutes ont communiqué en interne et en externe sur leur engagement social et citoyen ;
  • l’association « Solidarité et Jalons pour le Travail » (SJT), opérateur de la formation professionnelle depuis 25 ans, qui s’est donnée pour mission d’accompagner des publics jeunes et adultes en vue de favoriser leur insertion professionnelle, a pris en charge la formation au code et à la conduite ;
  • enfin, le conseil régional d’Ile de France qui, à travers une convention, a financé les actions de formation des jeunes (291 heures en centre et 175 heures en entreprise) .

 3. Déroulement

C’est un programme éducatif qui s’est appuyé sur un véritable cursus structuré en 3 phases principales.

  • L’apprentissage du code de la route et de la conduite s’est déroulé au sein d’une plate-forme de mobilisation professionnelle (SJT) sur un dispositif du conseil régional d’Ile de France. Cet apprentissage, adapté au niveau de chacun, a été sanctionné par les examens du code de la route et de la conduite (possibilité de passer 3 fois les épreuves du code et 2 fois la conduite). Il comprend, en outre :

la réactualisation et l’appropriation des savoirs de base (lecture, écriture, calcul), la mise au point d’un projet professionnel (élaboration d’un CV, préparation à l’entretien d’embauche,…) une sensibilisation à la sécurité routière.

  • Le parcours civique comporte 2 composantes principales que sont l’action citoyenne de proximité et la préparation militaire. Il s’agit de développer le savoir être.
  • L’action citoyenne de proximité, d’une durée de quinze jours, sous contrôle et dans le cadre d’une association ou d’un service municipal, a permis à chaque jeune de consacrer une partie de son temps au profit d’un programme social, humanitaire, caritatif, tourné vers la notion d’entraide. Elle a permis également à ces jeunes de prouver qu’ils étaient capables de se comporter en adultes responsables et de se dégager de l’image parfois difficile qui est la leur.
  • La préparation militaire - stage de vie en collectivité (appellation préférable à celui de préparation militaire)-, qui s’est déroulée durant la deuxième quinzaine de juillet au camp national de La Courtine, a constitué une garantie pour les futurs employeurs de l’aptitude de ces jeunes à respecter la vie en groupe, la discipline, à être ponctuels et à fournir un effort physique. Une partie de l’encadrement a été fournie par des réservistes opérationnels montrant ainsi aux « jeunes » qu’être civil n’interdit pas de donner de son temps à la défense de son pays et de servir sous l’uniforme. Un certain nombre d’entre eux a même souscrit un engagement à servir dans le réserve opérationnelle.

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Responsable éditorial : Jacques MYARD