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DEMOGRAPHIE ET MIGRATIONS EN EUROPE

L’Union Européenne, est devenue la première destination des migrants du tiers-monde par P. Bourcier de Carbon

La maîtrise des flux migratoires

samedi 7 mars 2009, par Administrateur

L’Union Européenne, constituée de 15 états membres (UE15), va intégrer le 1er mai 2004 en son sein dix nouveaux pays membres (5 pays d’Europe Centrale, 3 pays Baltes, Malte et Chypre). Sa population totale, va passer ainsi de 381 à 455 millions de personnes, toutes nationalités confondues, résidant dans cette Union Européenne à 25 états membres (UE25) [19]. Constituée ainsi, apparemment, en géant démographique, elle se hisse au troisième rang mondial par la taille, après la Chine (1,3 milliard d’habitants) et l’Inde (1,1 milliard), mais loin devant les Etats-Unis (295 millions), la Russie (142 millions) et le Japon (128 millions).

Cependant la population de l’Union Européenne à 15 états membres, dont la pyramide des âges accentue chaque année son inversion, se caractérise comme la population la plus âgée du monde, entrée déjà en récession démographique.

 L’Europe et l’Union Européenne sont à présent engagées dans le processus de l’implosion démographique

En raison en effet de l’effondrement de la fécondité des pays de l’Union Européenne qui, depuis les années 70 et dans l’inaction et le mutisme - à présent délibérés - des responsables politiques, a cessé d’assurer le remplacement des générations, la part des moins de 20 ans dans la population n’a cessé de régresser au cours des trois décennies passées, passant du tiers alors de la population au cinquième à peine à présent. La part des seniors, (personnes âgées d’au moins cinquante ans, qui, par ce fait même, ont dépassé depuis les âges de fécondité) dans la population de l’Union l’emporte de plus en plus largement, depuis déjà plus de vingt ans, sur celle des enfants et des jeunes qui n’ont pas encore vingt ans (et ne sont pas encore, de ce fait, entrés en âge de fécondité). D’ici à 2005, ces enfants et ces jeunes, âgés de moins de vingt ans, commenceront même à être moins nombreux dans l’Union Européenne que les personnes âgées d’au moins soixante ans. Cette inversion de la pyramide des âges qui procède de la persistance trentenaire d’une fécondité largement insuffisante pour assurer le remplacement des générations, est amplifiée depuis vingt ans par le recul de la mortalité après 50 ans.

Cette inversion a enclenché ainsi le processus de l’implosion démographique de l’Union Européenne : on démontre en effet rigoureusement [cf. 23-29] que, dans toute population fermée, et à niveau d’épargne donné, l’élasticité (négative) du taux brut de fécondité de la population par rapport au niveau de vie RELATIF des seniors, ayant dépassé les âges de fécondité (en proportion du niveau de vie des jeunes adultes en âge de fécondité), correspond au rapport du volume des consommation des seniors ayant dépassé les âges de fécondité (50 ans et plus) au volume des consommations des enfants et des jeunes qui n’ont pas encore atteint ces âges de fécondité (moins de 20 ans). Or cette élasticité, ce " bras de levier ", est sous-tendue par le rapport purement démographique des effectifs des premiers (les 50 ans et plus) à ceux des jeunes et des enfants (les moins de 20 ans).

Par conséquent, ce rapport de vieillissement démographique, ou rapport des effectifs des seniors qui ont dépassé les âges de reproduction (les 50 ans et plus) aux effectifs des enfants et des jeunes qui n’ont pas encore atteint ces âges (les moins de 20 ans), soit le rapport des effectifs des âges de post-fécondité à ceux des âges de pré-fécondité est déterminant pour caractériser aussi bien les pyramides démographiques, que l’avenir de la fécondité et de la dynamique des populations des sociétés vieillissantes : l’inversion de la pyramide démographique aura été réalisée dès que les effectifs des seniors y auront surpassé celui des jeunes de moins de 20 ans. Au sein de ces populations, un accroissement du niveau de vie RELATIF des seniors de 10% est susceptible, à niveau d’épargne donné, d’exercer une pression à la baisse nettement supérieur à 10% sur la fécondité de la population. Ce rapport de vieillissement est en outre un bon indicateur des décalages de l’entrée des populations dans le processus moderne de vieillissement-inversion des pyramides des âges qui induit l’implosion démographique.

Ce rapport s’échelonne aujourd’hui dans le monde entre les valeurs de 185 pour l’Italie à 19 pour le continent africain. Aujourd’hui en effet ce rapport atteint 185 pour l’Italie, 183 pour le Japon, 170 pour l’Allemagne, 155 pour l’Espagne, 150 pour l’Union à 15, 144 pour l’Europe, 130 pour le Royaume-Uni, 128 pour la France, 110 pour la Russie, 100 pour les Etats-Unis, 85 pour l’Irlande, 74 pour l’ALENA, 58 pour la Chine, 36 pour l’Indonésie, 34 pour l’Inde, 26 pour l’Afrique du Nord, 22 pour l’ensemble des pays musulmans, et 19 pour le continent africain.

Ainsi comprise, l’inversion des pyramides aura donc été réalisée dès 1965 en Suède, et dès 1970 en Allemagne, dès 1980, il y a déjà près de 25 ans, au Royaume-Uni, en Italie et dans l’ensemble de l’Union à 15, en 1985, en Espagne, en France et dans l’ensemble de l’Europe ainsi qu’au Japon, en 1995 en Russie, en 2000 aux Etats-Unis, en 2005 en Irlande, au cours de la décennie 2010 dans la zone ALENA ainsi qu’en Chine, vers 2020-2025 en Indonésie, cinq ans plus tard en Inde, au cours de la décennie 2030 en Afrique du Nord et au cours de la décennie suivante dans l’ensemble des pays musulmans. Seul le continent africain n’atteindrait pas ce seuil au cours de la première moitié du siècle qui s’ouvre. Selon ce critère, l’Allemagne présente une avance d’une quinzaine d’années sur la France, et cette dernière présente elle-même une avance d’une quinzaine d’années sur les Etats-Unis, dans l’entrée du processus d’inversion-implosion des pyramides des âges. Les considérations qui précèdent esquissent une géopolitique du vieillissement démographique au XXIème siècle, les décalages temporels dans l’entrée du processus d’inversion-implosion des pyramides des âges s’inscrivant désormais en toile de fond des rapports entre les puissances du monde développé.

Estimée à 726 millions d’habitants en 2003, la population de l’Europe dans son ensemble (les 142 millions de Russes compris) a déjà amorcé son déclin, puisque depuis plusieurs années l’excédent annuel du nombre des décès sur celui des berceaux dépasse largement le million d’âmes : ce déficit est de l’ordre de 1,3 millions personnes par an sur la période 2000-2005 selon la dernière révision de l’ONU [9], résultant d’une perte annuelle de 1,2 millions de personnes en Russie, Ukraine et Belarus, et de 200.000 personnes en Europe orientale, face au seul excédent du nombre des naissances sur celui des décès de 100.000 âmes subsistant encore en l’Europe occidentale. Ainsi, au total, 17 pays d’Europe, dont 13 situés en Europe Orientale et Centrale connaissent désormais des excédents de décès sur les naissances. L’Europe s’engage de la sorte sur le sentier de la variante basse des projections des Nations Unies, variante révisée à la baisse tous les deux ans depuis 1990. Depuis 1997 elle est moins peuplée que l’Afrique, qui rassemble près de 870 millions d’habitants aujourd’hui, où l’on compte moins de 20 seniors âgés de 50 ans et plus pour 100 jeunes qui n’ont pas atteint 20 ans d’âge.

Dans l’Union à 15, l’indice conjoncturel de la fécondité, inférieur au seuil de remplacement des générations depuis 1975, est tombé à 1,4-1,5 enfant par femme depuis le début des années 90, les records de sous-fécondité s’observant aujourd’hui en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Grèce. Le nombre annuel des naissances, supérieur à 6 millions il y a encore 30 ans dans la population du territoire de l’Union à 15 d’aujourd’hui, alors de 330 millions d’habitants, n’atteint à présent qu’à peine les 4 millions parmi les 381 millions d’habitants actuels de l’Union. Aujourd’hui, le nombre annuel des naissances issues des 295 millions d’habitants des Etats-Unis est équivalent à celui des 381 millions d’habitants de l’Union.

Les cinq états membres les plus peuplés de l’Union à 15 (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni) regroupent près de 80% de la population totale de l’Union à 15. De ces 5 membres les plus peuplés, seuls la France et le Royaume-Uni connaissent encore une faible croissance démographique endogène (33 p.10.000 en France et 16 p.10.000 au Royaume-Uni), quand les taux d’accroissement naturel sont négatifs en Allemagne (-11 p. 10.000) et en Italie (-3 p. 10.000), comme du reste en Suède (-3 p.10.000) et en Grèce (-2 p. 10.000). Le nombre des naissances annuelles en Allemagne, dont la population excède de plus de 22 millions d’âmes celle de la France, est par ailleurs devenu depuis l’an 2000 inférieur à celui de la France qui se trouve ainsi fournir le premier contingent de naissances dans l’Union.

Ainsi, les premières décennies du siècle qui s’ouvre vont être marquées par le déclin accéléré de la population de l’Europe et de celle de l’Union. C’est dans ce contexte d’inversion des pyramides des âges et de déclin des populations que l’Europe et les états membres de l’Union devront gérer la maîtrise des flux d’immigration qui explosent : alors que les générations ne sont plus remplacées dans aucun pays de l’Union, tous sont devenus des pays d’immigration, même les anciens pays d’émigration des pays du sud de l’Europe, devenus eux aussi des pays d’immigration.


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Responsable éditorial : Jacques MYARD